L’invité de Mousset

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Nouvel épisode de son tour d’horizon de la politique locale : cette fois, Emmanuel Mousset rencontre Paul Gironde, un centriste qui, depuis 2007, a rallié le MoDem de François Bayrou. Conseiller municipal et vice-président de l’Agglo, l’intéressé est aussi patron de sa propre entreprise depuis une trentaine
d’années. Quel regard ce modéré porte-t-il sur son engagement politique ? Réponse…

Mais qui est Paul Gironde ? Mon premier invité à venir en cravate. A part ça, il est conseiller municipal et vice-président de l’Agglomération, chargé de la formation et de l’insertion professionnelle. Au sein de la majorité, il représente le MoDem. Son centrisme, il l’illustre par son signe astrologique : « Je suis Balance, symbole de mesure, de pondération et de juste milieu. » Quel âge a-t-il ? « Je suis de la génération de Juppé », ne précise-t-il pas, par coquetterie.
Paul Gironde est-il né sous une bonne étoile ? Son père, ingénieur électricien, votait De Gaulle. Le fiston s’engage à 14 ans : chef de classe, il commémore les martyrs de la Résistance, au lycée Buffon, à Paris. Lors de l’élection présidentielle de 1965, il assiste à un meeting du candidat d’extrême droite, Jean-Louis Tixier-Vignancour, pas pour les idées mais pour le tribun. En 1968, il est en Terminale : « Avec des copains, on fait du stop dans les voitures des bourgeois, pour aller manifester. » La France est bloquée et Gironde est séduit. Dans la cour de la Sorbonne, il feuillette le Petit Livre Rouge de Mao. A la Mutualité, il rencontre Jean-Paul Sartre. « Je n’étais pas de gauche, je découvrais », nuance-t-il. L’homme à la cravate se confie : « A l’époque, j’étais effilé comme un salsifis, avec une tête de cocker, des rouflaquettes et de grosses lunettes. » Quelques années auparavant, il s’échauffe au Golf Drouot, en allant aux concerts de Johnny Halliday.
Le début des années 70 est plus calme. Paul Gironde se sent proche du centriste Jean Lecanuet, il soutient Giscard. Mais ce n’est pas un politique dans l’âme : il faut attendre 1990 pour le voir adhérer à un parti, centriste bien sûr, l’UDF. En 1995, Pierre André lui propose de faire partie de sa liste municipale : il dit oui, à condition que ce soit à la fin. Voeu exaucé : il figurera à l’avant-dernière place, l’unique chef d’entreprise de l’équipe !
Au troisième mandat de l’ancien maire, il est élu, conseiller délégué aux relations avec les entreprises.
En 2007, il quitte l’UDF pour rejoindre François Bayrou et le MoDem, dont il devient vite le responsable départemental : Sarkozy est trop droitier à son goût, et Gironde ne veut pas de ce parti unique qu’est l’UMP. En 2012, il fait un choix pas facile : voter François Hollande au second tour. « Sarko, c’était le bling-bling ; il s’est autodétruit », justifie-t-il. A la primaire de la droite et du centre, il a forcément soutenu Alain Juppé. Quand il a appris que Bayrou rejoignait Macron, il a sablé le champagne avec ses camarades du MoDem. « Le candidat d’En Marche ! c’est la fougue de la jeunesse », s’exclame-t-il. Son rêve : une alliance des modérés, qui irait de Valls à Juppé. Est-ce que ses collègues au conseil municipal, membres des Républicains, voient ça d’un très bon œil ? « Pas de problème, ils respectent ma liberté de penser. »
Pas ambitieux, Paul Gironde ? S’il admire Henri IV pour sa modération, il apprécie Bonaparte pour son audace. Aux législatives de 2012, il est le candidat du MoDem et recueille 2 %. En juin prochain, il serait prêt à remettre ça. Mais en 2020, aux élections municipales, il arrêtera :
« Place aux jeunes ! », lance-t-il. Quand la succession de Xavier Bertrand au poste de maire commence à se poser, en 2013, Paul Gironde tente sa chance : « Je me sentais apte, c’était mon 18 brumaire », plaisante-t-il aujourd’hui. Mais il n’est pas allé jusqu’au bout, en Bonaparte à Arcole qui ne franchirait pas le pont. « Le repli a aussi son importance », explique-t-il maintenant.
Son engagement politique repose sur la bonne volonté et sa foi en les circonstances, qu’il illustre en citant Jean Racine :
« Tout Picard que j’étais, j’étais un bon apôtre. »
Qu’est donc venu faire à Saint-Quentin ce Parisien d’origine, il y a 35 ans ? « Dans les années 80, la jeune chambre économique était en pleine effervescence, c’est ce qui m’a attiré ici. » Plus que la politique, c’est l’entreprise qui l’intéresse. Cadre chez Péchiney, formé dans la métallurgie, il crée sa propre boîte en 1987, Espace Aluminium du Vermandois, qui emploie aujourd’hui 23 personnes et qu’il va bientôt laisser à sa fille et à son gendre.
Au MoDem comme à la chambre de commerce, où il a exercé deux mandats, Paul Gironde trouve des occasions d’apprendre, lui qui n’a pas fait d’études supérieures. Ses loisirs sont marqués par cette curiosité d’autodidacte : il est un lecteur assidu du « Courrier International ». Pour se détendre, il se balade tout un dimanche en baie de Somme. « Je parle avec les mouettes », me dit-il. Paul Gironde a aussi une passion cachée, dans son sous-sol :
un plateau de 12 mètres carrés qui supporte un réseau ferroviaire de trains, de tunnels et de gares miniatures. Le patron et l’élu se transforment alors en grand enfant au jeu sérieux.
Qui est Paul Gironde ? « Je suis un Girondin. » Il assume le jeu de mots, un clin d’œil à ces républicains modérés qui ont fait la Révolution française, centristes avant l’heure. Sans doute aussi en pensant à l’actuel maire de Bordeaux.