L’invité de Mousset

Nouvelle rencontre autour d’un café pour Emmanuel Mousset, dont la curiosité naturelle le pousse à s’entretenir chaque mois avec une personnalité de la ville. Cette fois, c’est au tour de Joseph Davidovits de se prêter à l’expérience. Un homme de science qui se reconnaît volontiers dans le personnage d’Indiana Jones, dont il partage le courage et le goût pour l’aventure…

Qui est Joseph Davidovits ? Ingénieur, chef d’entreprise, exégète ? Historien, chimiste, archéologue ? Un peu de tout ça : un homme de sciences tel qu’on en faisait encore au XIXe siècle, refusant le cloisonnement des spécialités. Plus qu’un chercheur : un découvreur. Et quelle découverte, qui l’a fait mondialement connaître ! Un mystère aussi vieux que les pyramides d’Egypte : celui de leur incompréhensible construction ! « Je suis doué pour résoudre les problèmes », résume notre savant qui maîtrise sept langues, dont celle des hiéroglyphes, bien sûr.
Au départ, rien ne prédestinait Joseph Davidovits à se pencher sur l’énigme des pharaons, qui intrigue pourtant les enfants. Il voit le jour il y a 84 ans, à Villers-Saint-Paul, dans l’Oise, d’une famille d’immigrés hongrois venue en France deux ans plus tôt. Son père est manœuvre dans l’usine de produits chimiques. Le petit Joseph a un rêve : « Je voulais étudier la chimie pour devenir directeur de l’usine ! » En 1958, il le réalise à moitié, obtenant son diplôme d’ingénieur chimiste.

Son obsession : inventer des matériaux qui ne brûlent pas

Mais il fera beaucoup mieux, en enseignant sa matière à l’université de Miami, en étant expert auprès de la Commission européenne, en recevant une haute distinction d’une université chinoise, parmi ses nombreuses récompenses internationales.
Et Saint-Quentin ? Davidovits s’y installe il y a tout juste 50 ans, appelé par un copain de régiment qui travaille dans l’industrie textile et qui a besoin d’un chimiste pour créer de nouvelles fibres. L’ingénieur est alors marqué par une tragédie, en 1970, l’incendie de la discothèque le 5-7, dans l’Isère, qui fait 146 victimes, des jeunes. Depuis, Joseph Davidovits n’a plus qu’une idée en tête : inventer des matériaux qui ne brûlent pas. Il crée une nouvelle science, la chimie des minéraux, les géopolymères. « A l’époque, on nous prenait pour des fous », sourit-il.
Nous sommes loin des pyramides, mais on y vient : dans ses travaux, notre scientifique collabore avec le Muséum d’histoire naturelle de Paris et son département de minéralogie. C’est là que la pomme de Newton lui tombe sur la tête, qu’il peut s’écrier à l’instar d’Archimède dans son bain : Eurêka ! j’ai trouvé ! « Ce que nous faisons en laboratoire, la pierre artificielle, ressemble à la pierre naturelle. » Alors pourquoi les pyramides d’Egypte n’auraient-elles pas été construites dans une sorte de béton, un calcaire moulé ? Adieu l’impossible explication de blocs gigantesques venus on ne sait d’où, traînés au fouet par des milliers d’esclaves ! Joseph Davidovits a conçu sa théorie révolutionnaire en trois mois ; il va passer le reste de sa vie à la démontrer.
Dans ces années 70, la mode est à l’ésotérisme. Le mystère des pyramides passionne. Certains auteurs évoquent des pouvoirs surnaturels ou l’intervention des extraterrestres ! Davidovits lit, réfléchit mais ne suit pas : « Ils posaient de bonnes questions mais apportaient de mauvaises réponses. » Avec lui, place aux faits, à la science, pas à l’imagination. Pour cela, il lui faut affronter les experts patentés, qui jugent sa théorie intéressante mais irréaliste. S’opposer aussi au gouvernement égyptien, qui n’autorise pas les prélèvements. Du bas de ces pyramides, 40 siècles ne l’écrasent pas : Joseph Davidovits va extraire en 1991 un échantillon et le ramener dans son laboratoire de Saint-Quentin pour analyses et confirmer son hypothèse.
Mais Davidovits ne s’arrête pas là : son intérêt pour l’Egypte le conduit à s’intéresser au peuple hébreu et au onzième commandement de la Bible, qui interdit la pierre taillée (donc en faveur de la pierre agglomérée). En réaction au best-seller « La Bible dévoilée » qui réduit le texte religieux à des légendes, il publie en 2005 « La Bible avait raison », qui fait la part du vrai et du faux. Aujourd’hui, Joseph est en quête d’un autre mystère : celui de la cité antique de Tiahuanaco, en Bolivie, qu’il compte bien lever en lui appliquant sa théorie. Ni professeur Tournesol, ni Géo Trouvetou, Joseph Davidovits se reconnaît en Indiana Jones, dont il partage l’audace… et le chapeau. Notre savant qui bouscule la science habite rue Galilée, mais il n’est pas prêt d’abjurer.