L’invité de Mousset

Inlassablement, Emmanuel Mousset poursuit ses rencontres avec celles et ceux qui façonnent l’histoire de notre ville. Et s’il en est un qui a profondément modifié la physionomie de Saint-Quentin, c’est bien Pierre André. Maire de 1995 à 2010, il n’a cessé d’œuvrer pour redonner des couleurs à la cité des Pastels. Un homme de conviction au service de l’intérêt général…

Aquoi pense Pierre André, en retraite dans son village espagnol, où il cultive un jardin bio et auto-suffisant ? A 900 mètres d’altitude, il prend de la hauteur sur la vie et les événements. L’ancien maire de Saint-Quentin et sénateur de l’Aisne, en soignant son kaki et son olivier, songe peut-être à ses belles victoires électorales. Il tire de la terre les plantes dont il fait toute sorte de tisanes. Chaque année, Pierre André met 15 à 20 kg d’olives vertes ou noires en conserve. Il lui faut six mois pour faire un bocal. La politique exige encore plus de patience.
« Je suis né avec une croix de Lorraine », dit ce gaulliste atypique, originaire de Thiérache. Son père était cheminot, anarchiste puis communiste, résistant et déporté. « A la maison, on parlait toujours de politique. » A 20 ans, son premier acte militant est de protéger de Gaulle, en visite à la butte de Chalmont, près de Soissons : « C’est la seule fois de ma vie où j’ai été un héros ; en cas d’attentat, la balle était pour moi ! » En mai 68, Pierre André joue à nouveau les gardes du corps, boulevard Saint-Germain à Paris, en sauvant cette fois François Mitterrand d’une bande de gauchistes. En 1969, il retrouve le grand Charles, invité au palais de l’Elysée, tellement impressionné qu’il n’ose pas lui parler.

« Tu es le plus gentil garçon qui puisse exister… »

Quelle est sa première qualité ? « Je suis un homme agréable, c’est rare en politique. Ma mère me disait : tu es le plus gentil garçon qui puisse exister ». Ses administrés le confirment : « Personne ne m’a jamais engueulé dans les rues de Saint-Quentin. » L’activité politique lui a fait découvrir la nature humaine, sa petitesse, les jalousies, mais aussi l’engagement, la générosité. Quel est le secret de la réussite ? « La détermination : il faut savoir ce que l’on veut. » Et puis travailler avec méthode. Mais la politique n’est pas tout : quand Jacques Chirac propose à Pierre André de devenir ministre, il décline, privilégiant sa famille et sa santé.
Comment définit-il la politique ? « La gestion de la cité, l’intérêt général, une certaine idée de la France ; mais un politique n’est pas supérieur à un savant, un médecin ou un professeur. » Dans son esprit, les partis sont secondaires : « Ce qui compte, c’est que chaque citoyen ait sa place dans la société. » Lui-même ne sait pas trop s’il est de droite ou de gauche. Chirac ne disait-il pas : « Si Pierre André n’était pas gaulliste, il serait communiste ! »
Sa fierté, ce sont ses 35 projets municipaux, qui ont assuré sa popularité et ses succès. Parmi eux, l’ancien maire retient surtout la création du SAMU social, une première en province, le centre d’accueil pour SDF Hilaire Cordier et la suppression de la cité d’urgence rue de la Chaussée-Romaine. En visitant un appartement, Pierre André découvre des moisissures sur un berceau, à cause des infiltrations d’eau : toute la population sera relogée dans l’agréable cité Champagne Artois. Il y a aussi les ambitions qui n’ont pas pu se réaliser : l’aménagement du quai Gayant, depuis le cinéma jusqu’à la BUL, en bureaux, logements, petites entreprises et port de plaisance, avec passerelle pour rejoindre le champ de foire.
Pierre André rit facilement. Au Sénat, avec un copain, il fait une blague de gamin à Serge Dassault, endormi en séance alors qu’un ministre prend la parole : il le chatouille à l’oreille d’une mine de stylo, le collègue se réveille en sursaut. Rire, c’est nécessaire quand la maladie vous frappe et qu’on a frôlé la mort.

« Les arts martiaux vous mettent la tête à l’endroit ! »

La politique continue à l’intéresser ; il est un gros lecteur de presse, locale et nationale (deux heures par jour). Ce ceinture marron de judo est fou de sports : « Les arts martiaux vous mettent la tête à l’endroit. » Il fait ses cinq kilomètres de marche quotidienne dans cette ville qu’il aime tant et qui le lui a bien rendu.
Dans le café où nous échangeons, les dames d’un atelier tricot sont à leur ouvrage autour de nous. L’une d’elles le reconnaît, l’appelle par son prénom et lui claque la bise. Avant de partir, « Pierre » salue chacune avec attention : le maire désormais honoraire n’a pas perdu la main. Sa mère avait bien raison : homme agréable, gentil garçon.