L’invité de Mousset

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Après Julien Dive (Les Républicains) le mois dernier, c’est au tour d’Olivier Tournay (PCF) d’être l’invité
d’Emmanuel Mousset. Professeur des écoles mais aussi et surtout conseiller municipal d’opposition, l’homme est connu pour son engagement politique. Il faut dire que chez les Tournay, on a le militantisme chevillé
au corps. Une tradition familiale teintée de rouge vif… Communiste un jour, communiste toujours !

De l’avis général, y compris chez ses adversaires, Olivier Tournay, conseiller municipal et élu au conseil d’agglomération, membre du PCF, est l’opposant le plus talentueux, opiniâtre et précis. Quand il était mon élève au lycée Henri-Martin, il y a 23 ans, l’aurais-je imaginé en leader politique, n°1 de l’opposition ?
Pas vraiment. Pourtant, Olivier Tournay avait des prédispositions familiales : Emile, Claude, Jean-Luc, son grand-père, son père et son oncle, ont été des élus eux aussi, de fortes figures du Parti communiste à Saint-Quentin. Quand un centre social, celui de Neuville, porte le nom de Tournay, ce sont des choses qui marquent. D’ailleurs, à 14-15 ans, Olivier a rejoint la JC, Jeunesse communiste, son premier engagement politique.
Olivier Tournay est devenu professeur des écoles, comme sa mère Josette, et sur les bancs du conseil municipal, il a retrouvé certains de ses enseignants d’autrefois, dans la majorité aussi bien que dans l’opposition. Mais c’est un instituteur pas tout à fait comme les autres, puisqu’il a choisi de travailler auprès des élèves en difficulté, notamment en situation de handicap. Olivier Tournay est aussi un homme investi dans le syndicalisme : en lui, l’élu et le militant sont une seule et même personne.

De la magie et du rock avec les « Chevaucheurs de bison »

Mais il a une autre vie, des passions très différentes. D’abord la photographie : on le voit souvent un appareil à la main, shootant à tout-va. L’acteur de la scène publique se transforme alors en spectateur. Olivier Tournay ne se veut pas artiste, mais témoin : ce sont les visages qu’il cherche à immortaliser. La musique est son plaisir collectif, au sein d’un groupe au nom prometteur, The Buffalo Riders, les chevaucheurs de bison ! Après tout, une séance de conseil municipal, c’est aussi un rodéo. Il exerce ses talents au piano et à la basse. Son style, c’est le stoner, du rock lourd, grave, au gros son.
Et puis, il y a aussi cette passion d’enfance : la magie, avec laquelle il enchante parfois ses élèves. Olivier Tournay connaît une centaine de tours. D’où lui vient ce goût ? Du célèbre magicien Gérard Majax, de la curiosité d’apprendre. « Y’a un truc ! », c’était le nom de l’émission télévisée du prestidigitateur. Dans son travail d’élu municipal, Olivier continue à rechercher le « truc » qui cloche au milieu des épais documents qu’il étudie.
Mais Olivier Tournay pratique aussi la magie, qui est un art de la transformation, sur lui-même. En conseil municipal ou dans les manifestations locales, son look est en perpétuel changement : avec ou sans barbe de hipster, cheveux ras ou fourni, casquette ou tête nue, T-shirt et jean ou bien veste et cravate, si Olivier n’était pas un père de famille de 39 ans, je dirais que c’est un adolescent qui se cherche. Mais non : c’est un communiste coquet, qui ne rechigne pas à plaire. La politique n’est jamais bien loin : l’habit fait le moine, le costume renforce la crédibilité.
Et il en faut, quand on est depuis neuf ans élu d’opposition ! « C’est un travail frustrant, ingrat mais intéressant, qui exige du sérieux et de la motivation », me dit-il, prenant comme exemple ces centaines de pages au terrible jargon administratif, qu’il doit décortiquer à quelques jours seulement d’un conseil municipal. Comment conçoit-il son rôle ? « Critiquer et proposer, être présent quand je le peux dans les manifestations locales. » Il ne vote pas systématiquement contre les mesures de la majorité. Dans la rue, il arrive qu’on le reconnaisse, qu’on l’encourage ou qu’on le sollicite.

Drapeau rouge, faucille et marteau

Mais être tout le temps conseiller municipal d’opposition, est-ce une vie pour Olivier Tournay ? Sûrement pas !
Son espoir, c’est de devenir un jour majoritaire, comme l’ont été avant lui, il n’y a pas si longtemps, ses illustres parents. « On fait de la politique pour gagner, pas pour perdre », affirme-t-il sans hésitation. Et le nouveau Daniel Le Meur, l’ancien maire communiste, si un jour c’était lui ?
Avec ses collègues de droite, les relations humaines sont cordiales. Mais l’élu communiste ne salue pas les membres du Front national.
Communiste, oui, Olivier Tournay l’est totalement, l’assume, le revendique. En cette année 2017, la carte de vœux de la section locale du PCF célèbre le centenaire de la révolution russe, en mettant en avant Lénine. Olivier est tellement communiste qu’il ne peut pas soutenir Jean-Luc Mélenchon, qui reste à ses yeux un ex-socialiste, pas vraiment révolutionnaire. La lutte des classes, la révolte ouvrière, un monde meilleur, Tournay y croit ferme. Drapeau rouge, faucille et marteau, manif, c’est son univers. Au sein du PCF, il est très contestataire, mais jamais il ne quittera le Parti, les camarades. L’an dernier, il a passé quinze jours de vacances à Cuba. S’il ne méconnaît pas les défauts du régime, celui-ci demeure pour lui une référence en matière de société communiste.
A l’issue de notre rencontre, j’ai le sentiment qu’en politique, 23 ans après nous être rencontrés, l’élève a dépassé le maître. Il m’annonce qu’il est candidat à la candidature, aux prochaines législatives, comme suppléant, avec Corinne Bécourt en titulaire. Je serre la main d’Olivier Tournay, son poing n’est pas levé, mais c’est tout comme.