L’invité de Mousset

La parenthèse estivale s’étant refermée, Emmanuel Mousset reprend ses rencontres autour d’un café avec celles et ceux qui façonnent l’histoire de notre ville. Cette fois, c’est une femme de l’ombre qui va prendre la lumière, en la personne de Christelle Chabanne, directrice de cabinet auprès de Frédérique Macarez. Une « éminence grise » qui semble savoir donner des couleurs à la vie…
Christelle Chabanne est l’objet de nombreux fantasmes : femme de l’ombre, voix de son maître, éminence grise, conseiller du prince, seul maître à bord du paquebot municipal après Dieu (c’est-à-dire le maire, Frédérique Macarez)… Elle récuse tous ces clichés, elle n’est pas la face cachée du pouvoir au sein de l’hôtel de ville, elle fait simplement son travail, avec enthousiasme, à peu près le même depuis un quart de siècle : chef de cabinet, puis directrice des grands projets, enfin directrice de cabinet, auprès de Pierre André, Xavier Bertrand et aujourd’hui « Frédérique ». Cette longévité au sommet fait sans doute d’elle l’une des personnes les mieux informées et les plus influentes de Saint-Quentin, sa fonction étant à la fois administrative et politique (même si elle n’a jamais adhéré à aucun parti).
Au départ, rien ne la prédestinait à un tel poste. Christelle Chabanne est née à Versailles, d’une famille de résistants pendant la Seconde Guerre mondiale, qui ont forgé son caractère : « Eux étaient des combattants, moi je suis une battante », nuance-t-elle. Elle connaît par cœur le Chant des partisans et n’a pas cessé de s’interroger sur la notion de courage. à 13 ans, lors d’une cérémonie patriotique, elle est invitée à la Maison-Blanche et rencontre le vice-président des Etats-Unis, non sans mettre en émoi les services de sécurité lorsqu’elle se met à courir sur les pelouses : déjà dynamique !
Ses premiers pas professionnels en tant que journaliste radio
La visite outre-Atlantique se poursuivra au Pentagone. à 16 ans, Christelle, bonne élève, obtient son bac après une scolarité au lycée français de Londres. Sa passion, c’est la littérature. De retour en France, elle vise donc la licence de lettres modernes en même temps que le concours d’entrée à l’école d’orthophonie, en suivant une copine : le goût des challenges, qui ne la quittera pas.
C’est par le journalisme qu’elle entre dans la vie professionnelle, à Blois, sur Radio Val de Loire, pendant quatre ans, carte de presse en poche. Le métier lui apprend le terrain, le contact, la communication qui lui seront utiles plus tard, ailleurs. Pour raisons familiales, Christelle Chabanne se déplace à Lyon et devient responsable marketing de la société Technomed International, qui conçoit et vend du matériel médical. Sa directrice est une Américaine qui ne connaît pas un mot de français : à ses côtés, Christelle va vite se rendre indispensable, inaugurant ainsi un type de relation qu’elle exercera avec les différents maires de Saint-Quentin, celui de brillant second, disponible et dévoué. Elle développe aussi un sens aigu de l’organisation puisqu’elle est chargée de mettre en place des congrès d’experts dans le monde entier, jusqu’au Japon.
Les hasards de la vie conduisent Christelle Chabanne à Saint-Quentin en 1993. à la recherche d’un travail, elle fait une rencontre déterminante : Pierre André, qui n’est encore que directeur général de la chambre de commerce et d’industrie de l’Aisne, à la recherche d’une collaboratrice. Ce sera elle, la bonne personne, la perle rare. Ses compétences sont appréciées : en 1995, le nouveau maire de Saint-Quentin en fait son chef de cabinet. Voilà donc Christelle Chabanne promue, à 32 ans, à la tête d’une collectivité de 60 000 habitants : 26 ans plus tard, elle est toujours là et ses responsabilités se sont élargies l’an dernier à l’agglomération. Mais la politique, même locale, n’est pas le monde du journalisme ou du commerce. Les qualités professionnelles ne suffisent pas ; un élu de premier plan a besoin d’un entourage sûr, dans un univers où les ambitions et les rivalités prospèrent. à nouveau, Christelle va exceller : à l’efficacité elle ajoute la loyauté et la discrétion, des denrées rares dans le milieu.
Si la directrice de cabinet se livre aujourd’hui, c’est sans contradiction : « Je ne suis pas là pour mettre en avant ma personne mais pour faire comprendre ma fonction. » Qui consiste en quoi, justement ? Préparer les dossiers, gérer l’agenda, faire de la médiation ; anticiper, organiser, décider. Concrètement, un exemple dont Christelle Chabanne est fière, l’aménagement du parvis de la gare : un projet complexe à monter, long à réaliser, mobilisant de nombreux partenaires, qu’elle a accompagné de bout en bout. Il y a aussi les moments tragiques, quand une mère inconsolable voit sa jeune fille mourir dans une explosion de gaz : alors les compétences sont impuissantes, mais il reste le pouvoir du geste, prendre la main de celle qui a tout perdu.
En 25 ans d’expérience, Christelle Chabanne a pu mesurer les évolutions des mentalités. Le comportement des administrés n’a pas vraiment changé, si ce n’est l’usage des réseaux sociaux. La pandémie a donné l’occasion d’une belle solidarité. Quant aux élus, les séances du conseil municipal ont perdu en polémique pour gagner en pédagogie. Quoi qu’il arrive, Christelle porte toujours un regard positif. Mais cette femme très active laisse-t-elle dans sa vie une place à la contemplation ? Oui, lorsqu’elle randonne cet été sur le GR 33, le long des côtes de Bretagne. Et puis, il y a la forme physique : elle a appris toute seule le crawl et s’entraîne pour le 1 000 mètres ! On n’imagine pas Christelle Chabanne à la retraite. Pourtant elle y songe, en directrice de cabinet ordonnée et prévoyante : elle fait défiler sur son smartphone toute une liste d’activités, dont un rêve, une année de voyages à travers le monde. Mais ce n’est pas pour demain.