XAVIER BERTRAND : « Le masque va devenir incontournable »

Les Hauts-de-France restent une des régions les plus touchée par le Covid-19. L’Aisne enregistre un taux de mortalité de 46,6 % pour 100 000 habitants, contre 45,1 % dans l’Oise. Xavier Bertrand, président de la Région, a répondu à nos questions.
Comment évolue la situation dans les Hauts-de-France ?
– X. Bertrand : « L’Aisne est avec l’Oise les départements où le virus circule encore le plus. Nous sommes aussi en rouge par rapport au nombre de lits de réanimation. Sur le Saint-Quentinois, la coopération entre le public et le privé a été remarquable, nous leur devons une fière chandelle, il ne faudra pas leur dire seulement merci. La qualité de notre système de santé, c’est son personnel. »
Alors ministre de la santé, vous aviez comme principe de prévoir le scénario du pire, « même si ça coûte », et vous aviez créé l’Eprus. Pourquoi ?
– X. Bertrand : « En créant l’Eprus (Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires), je voulais avoir un organisme indépendant de la bureaucratie du ministère. Nous avions 1,4 milliard de masques d’avance. Le problème de la France, c’est sa bureaucratie, à un moment les chiffres deviennent plus importants que les gens. La vision comptable l’emporte sur la santé. Avec Chirac, la santé est toujours passée en premier, Sarkozy était dans la même logique. J’ai eu carte blanche pour préparer le pays, lors de la crise H1N1, nous n’avons manqué de rien. Malheureusement, l’Eprus a plus tard été supprimé. »
Où en sommes-nous en terme de masques ?
– X. Bertrand : « Le masque va devenir incontournable dans la vie des Français, on va changer d’habitudes. C’est pour cela que j’ai voulu que chaque habitant de la Région dispose d’un masque. En une semaine, nous avons mis à disposition des communes 8 millions de masques chirurgicaux et 5 millions en tissus pour commencer. Ce sont des masques gratuits. C’est une opération gigantesque. A Saint-Quentin, des couturières à domicile ou encore des bénévoles de la ligue d’athlétisme font des masques. Toyota Valenciennes fabrique aussi des masques. Une commune de moins de 1 000 habitants peut couvrir en masques 115 % de sa population. Pour les plus de
1 000 habitants, c’est 90 % de leur population. Cela s’explique parce que les enfants de moins de 6 ans ne peuvent pas porter de masques et représentent à peu près 10 % de la population. Il y a toujours la possibilité pour les maires de demander un réassort gratuit à la Région. Au total, j’ai commandé 6 millions de masques en tissus made in Hauts-de-France. »
Cette crise va-t-elle accélérer la mise en chantier du canal Seine Nord Europe qui pourrait créer des milliers d’emplois ?
– X. Bertrand : « Le canal reste une priorité absolue, les crédits sont sanctuarisés, protégés. J’ai absolument besoin de ce canal pour la relance économique. On ne peut pas aller plus vite, les premiers travaux auront lieu l’an prochain. C’est pour moi un projet stratégique pour créer de l’activité et de l’emploi. » Erick Leskiw