Voisins : la brigade anti-embrouilles

Des jeunes qui traînent, une télé trop bruyante, des talons qui claquent, une branche d’arbre qui dépasse, un chien qui aboie… Entre voisins, les occasions de s’embrouiller et se bouffer le nez sont innombrables. Parfois ça passe, souvent ça casse. D’où l’intervention de plus en plus fréquente des agents du service Médiation sociale et familiale, qui a vu le jour à Saint-Quentin en 2008.
« L’an passé, nous sommes intervenus plus de 300 fois, précise Jimmy Fakourou, le référent coordinateur qui œuvre à la médiation depuis le début. Et c’est vrai que d’une année sur l’autre, nous sommes davantage sollicités. C’est comme si les gens avaient de plus en plus de mal à vivre ensemble. On est devenu moins tolérant, plus agressif. Aujourd’hui, les rapports peuvent très vite s’envenimer, surtout entre les générations. Et puis, la peur du policier n’existe plus. »
Pas toujours facile, dans ces conditions, de jouer le rôle de médiateur. « A mes côtés, j’ai cinq agents qui peuvent intervenir pour tout type de conflit, entre voisins, entre jeunes, voire au sein d’une même famille. Mais attention, nous ne sommes pas là pour nous substituer à la police. Notre mission, c’est d’écouter les uns et les autres, d’apaiser les tensions et au besoin d’imaginer des solutions pour mettre un terme au conflit. » Grand frère, garde-chiourme, pacificateur, aide familial… Un médiateur doit endosser plusieurs costumes.
« Mais dans tous les cas, on doit faire preuve de bienveillance, insiste Jimmy Fakourou. Il faut dire que derrière les conflits se cache souvent de la souffrance, voire de la solitude. C’est pour cela que bon nombre de nos interventions se déroulent généralement en trois temps : avant, pendant et après. Le suivi est souvent indispensable. »
Selon Jimmy Fakourou, aucun quartier n’est vraiment épargné par cette difficulté à vivre ensemble. « Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les embrouilles sont bien plus fréquentes dans le centre-ville que dans les quartiers dits sensibles. »
Et l’échec ? « On doit faire avec, soupire Jimmy. On ne peut pas toujours raccorder des liens qui sont définitivement brisés. J’ai par exemple le souvenir d’un papy qui était malheureux comme une pierre parce que son fils le privait de ses petits-enfants. Malgré notre intervention, les relations n’ont pu se renouer. »
Comment gère-t-on le fait d’être en prise directe avec les petits et grands malheurs des autres ? « C’est humainement et psychologiquement usant, reconnaît Jimmy Fakourou. Mais ce métier de médiateur, je l’ai choisi et je n’en changerais pour rien au monde. »

IMG_073Du basket à la médiation

Jimmy Fakourou est loin d’être un inconnu à Saint-Quentin. Et pour cause : du haut de son 1,98 m, il a joué plusieurs saisons au SQBB. « Après Orléans, Châteaudun, la Roche-sur-Yon et Auxerre, j’ai porté les couleurs du SQBB de 1994 à 1996. Une blessure aux ligaments croisés m’a malheureusement contraint de quitter les parquets ».
Et pour rebondir, le basket a naturellement joué un rôle clé. « Mon sport m’a appris l’esprit d’équipe. Mais une rencontre a changé ma vie : Claudette Lemire, la fondatrice des Guides Soleil de Saint-Quentin, qui nous a quittés en décembre dernier. A ses côtés, j’ai travaillé en tant qu’éducateur sportif. Mais elle m’a tout appris, l’entraide, la solidarité. Je lui dois ma dimension d’homme. » Pas étonnant si, au final, Jimmy Fakourou s’est tourné vers la médiation.

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