Une friche mise à terre Rue Kennedy : l’ex-usine Trèves a mordu la poussière

En mars dernier, au cœur du quartier du Vermandois, un immense bâtiment de briques, devenu l’ombre de lui-même, avait fini par mordre la poussière. Exit la friche industrielle, place à une parcelle de quelque 6 000 m2, logiquement destinée à accueillir des logements neufs. Et puis, dans le courant du mois de juin, une cohorte de bulldozers et de pelles hydrauliques s’est attaquée à une nouvelle friche, cette fois située aux confins du quartier Saint-Jean. Une parcelle carrée de près de 10 000 m2, cernée par les rues Kennedy (ex-route de Cambrai), Libergier, Henriette-Cabot et Pierre-de-Corbie. Une parcelle où s’est pleinement exprimé l’art du textile à une époque où les usines tournaient à plein régime aux quatre coins de la ville…
Prêt pour un bond dans le temps ? Nous voici en 1882, année durant laquelle la société Adolphe Trèves Fils fait édifier une usine de broderie mécanique du côté de la rue de Cambrai. Quinze ans plus tard, un tissage de coton vient compléter l’activité. Laquelle sera malheureusement stoppée net par la Grande Guerre. En 1914, l’usine compte jusqu’à 220 métiers à tisser mécaniques, 32 métiers à tisser à bras, 24 métiers à pantographe et 11 métiers à broder à fil continu. Vidés de leur matériel, les ateliers de l’usine Trèves vont être reconvertis pour servir de logement aux troupes allemandes ainsi qu’à des prisonniers russes…
A l’issue de la guerre, l’usine doit être en grande partie reconstruite. Seul le tissage de coton est reconstitué sur le site de Saint-Quentin, tandis que l’activité broderie est transférée au Cateau, à l’occasion de la création d’une nouvelle société, baptisée La Broderie Mécanique Française. Durant l’entre-deux-guerres, le tissage réoriente sa production vers la fabrication de tissus pour courroies, pour le chemin de fer et l’industrie automobile. A la fin des années 1930, l’usine prend le nom de Tissage Albris (SARL Trèves). Dans les années 1950, on fabrique sur place la toile destinée à la confection des capotes de la Citroën 2 CV. En 1960 succède la société Trémois, spécialisée dans la fabrication de produits non tissés (enduction pour l’industrie automobile et chaussures en tissu vulcanisé). L’usine finira par fermer définitivement ses portes vers 1990. Depuis, une dizaine d’entreprises artisanales et commerciales ont en partie occupé les lieux.
C’est donc une nouvelle page qui se tourne pour cette parcelle du quartier Saint-Jean. Son prochain occupant n’est autre que le groupe Aldi qui, souhaitant agrandir son magasin de la rue Kennedy, a préféré construire de nouveaux bâtiments. Dans le courant du mois de mars 2022, un magasin Aldi flambant neuf devrait ainsi ouvrir ses portes.