Un pigeonnier contraceptif !

S’il est un volatile qui n’en finit plus de déclencher les passions, c’est bien le pigeon des villes. Autrement dit le pigeon bizet qui, depuis le Moyen Age, a trouvé à nos côtés le gîte et le couvert. Ses opposants le considèrent comme une sorte de rat volant, vecteur de parasites et dont les excréments détériorent à l’envi façades, bancs, balcons et autres cours d’immeuble… Il faut dire qu’un pigeon adulte produit en moyenne 12 kilos de fiente par an ! Du coup, ses défenseurs estiment que son solide appétit concourt à rendre nos villes plus propres, sans oublier que sa présence serait utile à la biodiversité des zones urbaines. Bref, qu’on ait ou non envie de lui voler dans les plumes, notre ami pigeon, animal ô combien grégaire, pose un indéniable problème dès lors que sa population devient exponentielle. Saint-Quentin n’échappant pas à la règle, la municipalité a décidé d’opter pour la manière douce avec l’aménagement d’un pigeonnier contraceptif au quartier Europe. Son principe est simple : chaque œuf pondu sur place est remplacé par un œuf factice. Les couvées deviennent ainsi improductives sans pour autant perturber les volatiles qui, sur ce coup-là, sont vraiment les dindons de la farce. Ou comment pigeonner un pigeon ! Une astuce qui, à terme, devrait permettre de réguler les naissances de nos amis à plumes.
Le 15 février dernier, le conseil municipal a voté l’attribution d’une subvention exceptionnelle de 10 000 € au lycée Colard-Noël. Pourquoi cela ?
« La Ville nous a confié la tâche de faire réaliser par nos élèves le pigeonnier contraceptif qui sera monté sur pilotis, explique le proviseur Jasmine Oven. Au total, une quarantaine d’élèves en CAP et en Bac Pro vont participer à ce chantier qui a démarré mi-janvier. » Deux sections ont été sollicitées pour mettre la main à la pâte : la maçonnerie et la menuiserie. La première, sous la houlette de Gilles Lejeune, sera chargée des fondations, des pilotis et de la dalle béton ; la seconde de la structure ossature bois, des murs et de la charpente. « Nous allons également réaliser, toujours en bois, 173 nichoirs et 2 abreuvoirs », précise Emmanuel Minor, prof de menuiserie. Quant à la fin du chantier, elle est prévue pour le mois de mai. Reste une incertitude : nos amis pigeons vont-ils spontanément accepter de mettre tous leurs œufs dans le même panier ?