Toussaint : ses rites et ses mystères

Depuis une quinzaine de jours, une affluence particulière est constatée dans les cimetières. A l’approche de la Toussaint, les familles nettoient les tombes. Chrysanthèmes et bruyères, qui sont pour l’occasion ce qu’est le muguet au 1er mai, fleurissent les sépultures. Plus de 21 millions de potées seront vendues. Et pourtant, cette fête de tous les saints au calendrier liturgique est traditionnellement confondue avec la fête des morts, consacrée le 2 novembre à la commémoration des êtres chers disparus.
Au cimetière du Nord, Pascal Ducrot, conservateur, veille à la propreté des lieux et au respect des tombes réparties sur 7 hectares. Plusieurs milliers de personnes viendront s’y recueillir ce week-end. Si Pascal Ducrot a également une mission d’accueil et de conseil, pour aider les gens à retrouver une tombe bien souvent, il est aussi pour beaucoup, plongés dans leur peine, l’occasion de se confier. « Certains ont besoin de parler, surtout des personnes âgées qui se retrouvent seules après la perte de leur conjoint. »
Au fil du temps, il connaît les habitudes des visiteurs, comme celle d’un monsieur qui, quatre fois par jour, vient  se recueillir sur la tombe de ses parents. Ou encore d’un autre qui passe des journées entières assis sur la tombe de sa maman.
Pas de routine pour autant entre les inhumations, les exhumations, la recherche de descendants pour les concessions délaissées….
« C’est différent tous les jours, je parle beaucoup avec les gens, nous rions parfois, cela leur fait du bien », confie Pascal Ducrot.

Secrets du cimetière Nord

Le cimetière Nord, créé avant la Révolution, compte 220 chapelles. Jacques Landouzy, graveur marbrier, nous a confié quelques secrets de ce lieu autrefois appelé « champ de carottes », livre ouvert sur l’histoire de la ville. On peut y découvrir, entre autres, la sépulture d’un grognard saint-quentinois, Lamouret, engagé gamin comme tambour, devenu lieutenant-colonel et qui resta fidèle à Napoléon jusque sur l’île d’Elbe. Autre tombe, celle d’un compagnon de la Libération, un des premiers à avoir rejoint De Gaulle à Londres, le général Raymond Appert.
La famille Cambronne (« Celui qui a dit merde aux Anglais ! ») est elle aussi bien représentée. Les grands industriels et les bienfaiteurs de la villes y sont légion à l’instar, de la famille Cailleret qui permit la construction de l’école de musique ; ou les banquiers Lécuyer, qui firent don de leur collection d’art. On y trouve aussi des Saint-Quentinois méconnus, qui ont pourtant laissé une trace, comme Louis Nicolas qui inventa en 1905 le téléautocopiste de la transmission des images à distance. Plus surprenant, la sépulture de  Chantal Annie Anderson, une actrice qui, dans « La mariée était trop belle », partageait l’affiche avec Brigitte Bardot et Micheline Presle ! Elle tourna ensuite dans  « Furia à Bahia pour OSS 117 », avant de disparaître des écrans et mettre un terme à sa vie à l’âge de 30 ans. Dans sa chapelle se trouvent encore des lettres d’admirateurs. Une visite guidée avec Jacques Landouzy est un moment à ne manquer sous aucun prétexte…

Cimetières :
Saint-Quentin compte trois cimetières, celui du Nord (Saint-Jean), avec ses 13 000 sépultures, le cimetière Sud près de Harly (6 000 tombes), et La Tombelle (4 000).

Concessions :
Les caveaux, autrefois attribués aux familles à perpétuité, ne le sont plus désormais que pour 10, 30 ou 50 ans. Ces délais dépassés, la ville reprend les concessions si les sépultures sont laissées à l’abandon.

Crémation :
Pour faire face à la montée en puissance des crémations, passées sur la ville de 24 % des décès en 2012 à plus de 35 % l’an dernier, le cimetière Sud, qui vient d’être étendu, dispose d’un colombarium pour y déposer les urnes dans des cases et d’un Jardin du souvenir pour la dispersion des cendres. Ces dispositifs seront mis en service au cimetière de La Tombelle début 2015. Celui-ci disposera d’une nouveauté : des cavurnes, de petites concessions individuelles destinées à accueillir les urnes.

Souvenir Français :
A l’occasion de la Toussaint, des bénévoles du Souvenir Français solliciteront votre obole dans les cimetières. Les dons serviront à l’entretien des tombes de ceux qui sont  morts pour la France, civils et militaires.

1er novembre :
Cérémonie exceptionnelle ce samedi 1er novembre à 9 h au cimetière Nord. Le Souvenir Français transférera du carré militaire à son caveau de l’ossuaire les restes de Raymond Cerf, Adolphe Devez, Fernand Folly, René Emery, Marcel Lemaire, Jean-Marie Melotte, Henri Plaideux, Mireille et Michel Valet, Germaine Marie, Robert Legrand et Louis Capon.