St-Quentin romanesque – Notre ville au cœur d’une fiction historique

Touchée au plus profond de son âme durant la Grande Guerre, Saint-Quentin a certes plié mais n’a jamais rompu. C’est précisément cette ville mise à feu et à sang par l’occupant allemand que Chérif Zananiri met en scène dans son dernier roman :
« Sœurs d’armes », paru chez Ramsay. Un ouvrage qui met à l’honneur ces héroïnes de l’ombre qui, plongées dans la noirceur de la guerre, ont permis à la cité des Pastels de retrouver des couleurs. Rencontre avec l’auteur…
Votre dernier roman, « Sœurs d’armes », a pour cadre Saint-Quentin. Pourquoi avoir choisi cette ville ?
– C. Zananiri : « La raison est très simple : en tant que romancier, je souhaite avoir de la crédibilité. Or, l’histoire que j’évoque dans « Sœurs d’armes » s’est déroulée à Saint-Quentin. Le choix s’est donc imposé de lui-même ! Par exemple, je n’ai pas inventé l’existence de ce casino dans une ville transformée en bordel pour soldats allemands. Je suis resté fidèle à tout ce qui s’est passé entre 1914 et 1919. »
En tant qu’écrivain vous semblez avoir deux sujets de prédilection : les femmes et les guerres. Pourtant, les deux ne vont pas vraiment de pair…
– C. Zananiri : « Vous savez, je suis dans une approche romanesque avec sans doute la volonté de montrer que les femmes ne sont en rien des êtres faibles. Au contraire, en temps de guerre, elles sont capables de décider et d’agir avec efficacité. Lors de la Grande Guerre, les femmes ont joué un rôle primordial, à commencer par celles qui sont restées à la maison et se sont substituées à leurs maris, notamment pour les travaux des champs ou les métiers d’artisanat. Mais en temps de conflit, les femmes peuvent se montrer de redoutables combattantes, pleines d’énergie et de détermination, sans pour autant en faire étalage… »
Justement, dans votre roman, vous rendez hommage à ces héroïnes de l’ombre, qui n’ont cherché ni les honneurs ni la reconnaissance officielle…
– C. Zananiri : « Ce qui est sûr, c’est qu’on n’est pas prédestiné pour devenir un héros ou une héroïne. Les circonstances y sont pour beaucoup, déclenchant cette envie de devenir patriote et quelqu’un de bien. Tout comme les hommes, les femmes ont besoin de reconnaissance mais je qualifierais ce besoin de collectif. Malheureusement, sur le sol français, l’ingratitude a plutôt été de mise à la fin du conflit puisque les femmes, malgré leur rôle essentiel, n’ont même pas obtenu le droit de vote. Voilà pourtant un cadeau qui aurait été collectif et aurait fait figure de reconnaissance. »
Allez, vous avez entre 14 et 18 secondes pour nous résumer votre roman…
– C. Zananiri : « Durant la Première Guerre mondiale, Saint-Quentin s’est retrouvée livrée aux mains des Allemands, qui souhaitaient la transformer en ville dédiée au repos du guerrier. Il faut dire qu’on comptait sur place pas moins de 8 000 hommes de l’armée allemande, qui n’ont pas hésité à vider les maisons et mettre les Saint-Quentinois à la rue… Mon roman évoque l’histoire d’un groupe de femmes qui travaille dans un casino, avec l’espoir d’accéder aux informations de l’état-major allemand pour les transmettre à la Résistance… »
Pour finir, une question casse-tête : dans vos romans, c’est l’Histoire qui est au service de la fiction ou plutôt l’inverse ?
– C. Zananiri : « Très clairement, c’est la fiction qui est au service de l’Histoire. Pour ce roman, j’ai découvert une somme d’éléments historiques que j’ai eu envie de mettre en scène. Mais l’Histoire est un peu aride et pour la rendre plus accessible, j’ai eu besoin de la vulgariser. C’est comme ouvrir une petit porte pour faire entrer le plus grand nombre… »  B.D.

« Sœurs d’armes », par Chérif Zananiri, aux éditions Ramsay (19 €).

 

Ce qu’en pense la Société académique

Nous avons demandé à Michel Kellner, membre de la Société académique et passionné d’Histoire, de lire le roman de Chérif Zananiri. Qu’a-t-il pensé de « Sœurs d’armes » ?
Voici sa réaction…
– « L’auteur a indéniablement une belle plume mais aussi un style théâtral qui peut être déroutant. Pour ma part, j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire. Disons qu’il m’a fallu passer les 60 premières pages pour commencer à m’attacher aux personnages et au récit. D’un point de vue purement historique, il y a quelques incohérences lorsque l’auteur évoque la Traction avant ou la mitraillette. Celles-ci n’existaient pas encore au moment de la Première Guerre mondiale. Et puis, Chérif Zananiri fait allusion au sous-sol du palais de Fervaques qui aurait été transformé en prison. Or, ce sous-sol n’existe pas, il n’y a qu’un entresol qui n’a jamais fait office de prison. Par contre, l’histoire du Kasino où se retrouvaient les officiers allemands est parfaitement exacte. Ce Kasino était alors un lieu de détente et se trouvait à l’emplacement de l’actuel Crédit Agricole, sur la place de l’Hôtel-de-Ville. Au final, j’ai apprécié ce roman, dont l’intrigue fonctionne très bien. Une histoire d’espionnage qui met à l’honneur trois combattantes. Cette façon de rendre hommage aux femmes est assez dans l’air du temps… »