Souvenirs de Bébel

La France pleure Jean-Paul Belmondo parti le 6 septembre à l’âge de 88 ans. Mais l’Incorrigible, l’As des As, le Marginal, le Magnifique… était non seulement cette star mondiale du 7e art, mais aussi le meilleur ambassadeur du noble art qu’il avait lui-même pratiqué. S’il en est un qui l’a très bien connu, c’est Wladis Kopec, qui boxa sous la houlette de Madame Odette et fut tout à la fois adversaire de Paul Roux sur le ring et entraîneur de son fils Jean-Paul Roux, sous les couleurs du Ring Olympique Saint-Quentinois. Il nous confie ses souvenirs… « L’amour de Bébel pour la boxe remonte à 1948, à l’occasion du combat pour le titre mondial des poids moyens opposant Marcel Cerdan à l’Américain Tony Zale. Je me rappelle de ce combat comme si c’était hier… » L’élégant puncheur polonais rencontre Bébel à l’Avia Club, une salle parisienne dirigée par Pierre Dupain. Dans un livre paru en 2009 (« Belmondo » par Gilles Durieux, aux éditions Le Cherche Midi), la star du grand écran déclarait : « Chez Dupain, il y avait une terreur dont les apprentis boxeurs, une fois aux vestiaires, ne se lassaient pas d’écouter les exploits. Un certain Wladis Kopec, un mi-lourd de 1,90 m pour près de 90 kg qui, après 75 combats amateurs pour 70 victoires, dont 40 avant la limite, comptait déjà chez les pros 10 victoires en 10 combats, dont 9 par K.O. » Entre les deux hommes, le courant passe immédiatement. « C’était un copain, je m’entraînais avec lui, il venait me voir boxer. Nous croisions souvent les gants. Il a choisi de devenir acteur, mais Il était bon, avait un excellent jeu de jambes et une méchante droite. Il aurait pu devenir boxeur professionnel. Il rêvait d’emboîter le pas de Cerdan, le Bombardier Marocain comme on le surnommait. » à 85 printemps, Kopec ne tarit pas d’éloges sur Belmondo. Les souvenirs fusent, emprunts d’émotion. « C’était un type formidable, un marrant, toujours simple. Malgré les films à succès qu’il avait déjà tournés à cette époque, dans les années 1955-1960 (« A bout de souffle », « Classe tous risques » avec Lino Ventura, « La Ciociara » avec Sophia Loren…), il se comportait à la salle comme tous les apprentis boxeurs. Je parle de lui, j’ai les larmes aux yeux… »
Après dix années sans se voir, devenu une star, Bébel n’a pas oublié. « J’étais allé l’applaudir dans une pièce de théâtre. à la fin, il m’avait vu dans la salle, il m’a envoyé son frère Alain, alors régisseur, pour m’emmener dans sa loge. Nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre, on s’embrassait comme deux frangins. Il était aussi ému que moi », se souvient Kopec. Des souvenirs avec Bébel, Wladis en a plein la tête. Les tournées de bars, les virées nocturnes… »C’était notre jeunesse, le bon temps, l’insouciance, toute une époque », conclut l’ancien champion avec nostalgie. « Bébel, c’était quelqu’un… » Erick Leskiw