Quand les chiens mènent l’enquête

Si le chien est le meilleur ami de l’homme, il est aussi le meilleur allié de l’homme qui porte l’uniforme… Et pour nous en convaincre,  nous sommes allés à la rencontre du groupe d’investigation cynophile qui, depuis 2008, niche dans les hauteurs de Saint-Quentin. Des bâtiments discrets et grillagés, où l’on doit nécessairement montrer patte blanche avant de franchir l’entrée. En guise d’accueil, un concert d’aboiements qui donne le ton. Mieux vaut éviter la moindre boulette…
Trois maîtres-chien et un suppléant composent cette unité d’exception qui, au sein de la gendarmerie nationale, fait un peu bande à part. « La vie d’un maître-chien n’est pas celle d’un gendarme classique, confirme l’adjudant-chef Wiplier. Un chien, ça n’est pas comme une moto ou une fourgonnette qu’on remise au garage. Ça suppose un engagement supplémentaire et ça impacte forcément un peu sur la vie familiale. »
Autant de contraintes largement compensées par la variété des missions confiées à l’unité cynophile. « Avec nos chiens, nous servons d’assistance aux enquêteurs. Parmi nos principales missions, il y a naturellement la recherche de personnes, souligne Hugues Wiplier. Nous pouvons intervenir suite à une disparition inquiétante mais aussi dans un cadre judiciaire, par exemple lorsque des malfaiteurs se sont enfuis à pied. » Dans ces deux cas de figure, ce sont les chiens de piste qui entrent en scène.
« Nos autres chiens sont, quant à eux, formés à la recherche de toutes sortes de produits, à commencer par les stupéfiants, y compris les drogues de synthèse », détaille l’adjudant-chef. Plus surprenant, cette capacité à dénicher les billets de banque. « Les billets ont une odeur spécifique que nos chiens peuvent effectivement détecter. La Banque de France nous fabrique même de vrais-faux billets qui aident à leur formation. » Mais qui a dit que l’argent n’avait pas d’odeur ?
Enfin, pour compléter la palette d’activités de l’unité cynophile, soulignons la présence dans ses rangs d’un chien spécialisé dans la recherche de produits accélérateurs d’incendie. « Dès qu’il y a une suspicion d’incendie criminel, ce chien intervient pour retrouver sur place les produits qui ont servi à mettre le feu ou accélérer les flammes. » Bref, de redoutables truffes. Mais à quelles races appartiennent-elles ? « Nous avons à nos côtés un berger allemand, un springer anglais, deux bergers belges malinois et un berger belge tervueren. » Bienvenue au chenil sans frontières !
« Si nous choisissons ces races, c’est parce qu’elles sont facilement dressables, précise Hugues Wiplier. Les chiens sont sélectionnés selon leur capacité de concentration, leur endurance et leur aptitude au travail. » Un travail de sélection essentiel avec à la clé une drôle d’exception : « De 2008 à 2014, nous avons eu avec nous le plus petit gendarme de France ! C’était Chucky, mon jack russel que j’avais formé aux stups », sourit l’adjudant-chef. Un enquêteur de poche qui, après six ans d’investigation, a pris une retraite bien méritée…

En chiffres

Voici le bilan chiffré du groupe d’investigation cynophile de Saint-Quentin de 2009 à 2015 :

  • Interventions : L’unité compte à son actif 3 335 interventions, dont 95 % pour la gendarmerie, et 5 % pour la police et les douanes.
  • Billets : 487 000 € ont pu être saisis grâce aux chiens de l’unité.
  • Stupéfiants : 149 kg de stupéfiants ont été saisis. Il s’agit à 84 % de cannabis et d’herbe, 8 % de drogues de synthèse, 7 % d’héroïne et 1 % de cocaïne.
  • Pistage : 506 missions de pistage ont été menées, dont 9 % avec un résultat positif.
  • Incendies : 123 missions de recherche de produits accélérateurs d’incendies ont été menées.

Caro : un palmarès exceptionnel

En janvier dernier, Caro, un berger allemand de l’unité cynophile de Saint-Quentin, a été décoré de la médaille de la Défense nationale. Une distinction prestigieuse qui vient récompenser un palmarès exceptionnel, établi avec le chef Jupin, de 2009 à fin 2015. Durant ces six années d’activité, Caro a en effet retrouvé 32 personnes, dont 9 malfaiteurs. A l’actif de ce chien de piste, 3 vies sauvées d’une mort certaine. 14 de ses interventions ont également permis de découvrir des indices ou de confondre l’auteur d’un crime ou d’un délit. Bravo Caro !