Précarité alimentaire Le député Julien Dive montre les dents

Peut-on accepter que des millions de Français ne parviennent pas à manger à leur faim ? Certainement pas pour Julien Dive, député de la 2e circonscription de l’Aisne, qui a fait de la précarité alimentaire l’un de ses chevaux de bataille. Il s’en explique à Saint-Quentin Mag…
Le 12 janvier, vous êtes intervenu à l’Assemblée nationale pour dénoncer l’inaction du gouvernement face à la précarité alimentaire…
– J.D. : « L’inaction est un mot un peu fort. Je souhaitais surtout faire réagir Olivier Véran, le ministre des Solidarités et de la Santé qui, ce jour-là, était présent au banc. Mon souhait était de le placer face à ses responsabilités en lui rappelant que la précarité alimentaire ne cesse de s’accroître dans notre pays depuis les années 80. Moi, je suis né en 1985, l’année où Coluche lançait les Restos du Cœur. Trente-cinq ans plus tard, on a l’impression d’être encore au point mort. On est en 2021 et on compte en France 8 millions de personnes qui ont des problèmes d’accès à l’alimentation. »
La crise sanitaire a accentué ce phénomène de précarité. Pire encore, elle a affaibli les associations qui œuvrent dans le domaine de l’alimentaire…
– J.D. : « Absolument. Dernièrement, je suis allé à la rencontre des Restos du Cœur et de la communauté Emmaüs à Saint-Quentin. Deux associations emblématiques qui ont été affectées par la crise à plusieurs titres :
d’abord au niveau des bénévoles qui, prudence oblige, ont pris un peu de recul et ont été moins nombreux à s’investir ; ensuite au niveau des dons, qui sont en net recul. A cela s’ajoute une recrudescence de 15 % de nouveaux inscrits. Des gens de tous horizons qui, jusqu’alors, n’avaient jamais mis les pieds aux Restos du Cœur. »
Parmi vos propositions, vous suggérez l’instauration d’un chèque alimentaire pour les ménages les plus précaires…
– J.D. : « C’est effectivement une idée que je soumets au débat public. Ces chèques alimentaires pourraient avoir un double intérêt : permettre à des personnes bien ciblées de remplir leur frigo tout en privilégiant une alimentation de qualité avec des produits locaux. »
Autre proposition : étendre à davantage de commerces l’obligation de redistribuer les invendus alimentaires…
– J.D. : « L’idée est de lutter plus fortement contre le gaspillage alimentaire. Des efforts ont été menés dans ce domaine grâce à la loi Garot instaurée en 2016, qui oblige les grandes surfaces de plus de 400 m2 à nouer un partenariat avec des associations caritatives pour leur donner leurs invendus alimentaires. Mais aujourd’hui, il y a encore 10 millions de tonnes d’aliments consommables qui, chaque année, partent à la poubelle. Du coup, je souhaite qu’on passe le seuil de 400 m2 à 200 m2 pour toucher un plus grand nombre d’enseignes. »
Vous militez également pour geler le prix d’un panel de références alimentaires…
– J.D. : « On a pu constater, notamment lors du premier confinement, que sur certains produits, il y a eu une inflation des prix. De manière provisoire, le temps de la crise sanitaire mais aussi de la contre-crise économique à venir, il serait effectivement souhaitable de geler le prix d’un certain nombre de produits alimentaires essentiels. Idem pour des produits d’hygiène de base, qui sont devenus inacessibles pour beaucoup de Français. »
Le gouvernement vient de s’opposer à la prise de contrôle de Carrefour par un groupe canadien. Votre réaction ?
– J.D. : « Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie et des Finances, a sans doute raison de s’opposer à cette prise de contrôle. Après, il ne faut pas oublier que Carrefour est d’abord et avant tout une multinationale. En matière de grandes surfaces, je préfère pour ma part d’autres modèles. Celui de Leclerc Harly, par exemple, qui est la propriété de Laurent Prache, un patron local qui dispose d’une certaine liberté. S’il veut commercialiser des myrtilles cultivées à Sommette-Eaucourt ou des framboises de Germaine, il peut le faire et il le fait. Là, on est vraiment dans une émulation locale. » B. Duchet