Pierre André tourne la page

Elu deux fois sénateur et trois fois maire de Saint-Quentin (du jamais vu !), Pierre André vient de mettre un terme à sa carrière politique. Celui dont Jacques Chirac disait qu’il aurait pu être de gauche comme de droite a répondu à nos questions.

Quel bilan tirez-vous de vos trois élections successives ?
Pierre André : « Quand j’ai été élu maire en 1995, la ville avait besoin de sortir de sa léthargie. J’ai travaillé à sa transformation, les Saint-Quentinois ont apprécié. J’ai été réélu une deuxième fois avec 71 % des voix, puis une troisième fois avec plus de 60 %. Ma satisfaction est d’avoir fait bouger cette ville. Tout le monde est unanime pour le reconnaître. Mon regret est d’avoir été maire en période de crise économique et de n’avoir pas attiré plus d’investisseurs. »

Vous prenez votre retraite à 67 ans. La classe politique devrait-elle en faire autant ?
Pierre André : « Oui raisonnablement, c’est le bel âge pour s’arrêter. Il faut laisser la place aux jeunes pour redynamiser la France. Il faut qu’elle retrouve un souffle nouveau. Quant à moi, je vais pouvoir m’occuper de ma famille, de mes petits-enfants. »

Vous étiez élu au Sénat.  Deux Français sur trois sont pour sa suppression…
Pierre André : « Ce serait une grave erreur. Le Sénat ne communique pas suffisamment mais il représente la stabilité politique. Le président de la République ne peut pas le dissoudre. C’est une chambre de réflexion, j’y ai travaillé par exemple avec Jean-Louis Borloo sur les lois pour les politiques de la ville qui ont très bien marché. »

Le FN a aujourd’hui des députés, des sénateurs, à Saint-Quentin des élus au conseil municipal… Est-il devenu un interlocuteur crédible ?
Pierre André : « Il est aujourd’hui crédible dans la mesure où les autres partis ne le sont plus. Les socialistes ont déçu la gauche, l’électorat de droite ne se reconnaît plus dans les courants actuels. Les électeurs ont voulu donner une leçon à une classe politique incapable de se réformer, de se transformer et de répondre aux vrais problèmes des Français. »

L’affaire Bygmalion a-t-elle tué l’UMP ?
Pierre André : « Pour moi, l’UMP était morte avant. Ce qui l’a tuée, c’est cette bataille insensée entre Copé et Fillon. »

La France vient de franchir le cap des 2 000 milliards € de dettes. Votre réaction ?
« Depuis 40 ans, il y a une folie à toujours vouloir donner plus. Personne, ni à gauche ni à droite, n’a eu le courage de s’attaquer à l’endettement. Les Français sont réformateurs, si cela ne les touche pas. Je crois qu’il faudra tout remettre à plat, et pour cela, avoir un gouvernement d’union nationale comme en Allemagne. »

Quel regard portez-vous sur Xavier Bertrand ?
Pierre André : « C’est un garçon exceptionnel doté d’un talent formidable. J’ai travaillé avec lui dès 1995 en toute confiance. C’est un homme de communication qui a de l’ambition et la capacité à aller encore plus loin. »

BIO EXPRESS

  • Né le 29 juin 1947 à Buire.
  • Elu trois fois maire de Saint-Quentin en 1995, 2001 et 2008. Lors de son 3e mandat, il démissionne en septembre 2010 au profit de Xavier Bertrand.
  • Elu sénateur de l’Aisne en 1998, puis réélu en 2008 au premier tour. Son successeur au Sénat : Pascale Gruny, élue en septembre dernier.
  • Pierre André fut également président de la communauté d’agglomération de Saint-Quentin et vice-président du conseil régional de Picardie.

QUESTIONS EXPRESS

La réalisation dont vous êtes le plus fier ?
« Sans hésiter, le réaménagement du quartier Artois-Champagne en 1998-99. Avant cela, c’était une zone de non-droit. »

L’adversaire politique que vous avez le plus redouté ?
« Aucun. Face à moi, pas un n’a dépassé la barre des 42 % aux municipales. »

Celui que vous avez le plus admiré ?
« Je ne parlerai pas d’admiration, disons que j’ai eu beaucoup de sympathie pour Daniel Le Meur. »

Qu’est-ce qui vous a le plus agacé en tant que maire ?
« Rien n’est vraiment agaçant. Mais il y a des moments extrêmement pénibles, notamment lorsqu’on doit annoncer un décès. Ça, c’est vraiment le pire. »

La qualité essentielle pour un homme politique ?
« L’honnêteté. »

Hors politique, le St-Quentinois qui vous étonne le plus ?
« Il y en a tellement, à commencer par les sportifs. Mais j’ai une tendresse toute particulière pour les professions qui viennent en aide aux autres, médecins, pompiers, etc. »

De qui faut-il vraiment se méfier : amis ou ennemis ?
 « Les deux. Il faut être aussi vigilants avec les uns qu’avec les autres. »

Fini la politique ! Qu’allez-vous le plus regretter ?
« Rien. Arrêter a été pour moi un vrai soulagement. »