Philippe Tesson Rencontre avec un enfant du pays

Journaliste polémiste, éditorialiste, chroniqueur radio et de télévision, écrivain, patron de théâtre, nonagénaire, Philipe Tesson est né à une trentaine de kilomètres de Saint-Quentin. Fils de huissier, cet esprit libre, élégant et affable, fondateur de nombreux journaux, a répondu à nos questions…
Parisien originaire de Wassigny, il vous arrive de revenir dans l’Aisne ?
– Ph. Tesson : « J’y suis né, malheureusement, il y a très longtemps. J’y ai grandi, j’y ai des amis et de la famille. Une dizaine de cousins proches, des paysans, des agriculteurs, j’en ai aussi à Saint-Quentin, à Guise… J’aime beaucoup les paysages et les gens de cette région. Je m’y sens très à l’aise, je suis très heureux quand j’y vais. J’aime énormément l’endroit où je suis né, j’y ai un attachement très profond. »
En même temps que Pierre Mauroy, vous avez fréquenté le lycée du Cateau-Cambrésis…
– Ph. Tesson : « Oui, durant trois années pendant la guerre. Pierre Mauroy était mon copain. Malgré nos contradictions, nous sommes restés très proches jusqu’à sa mort, même lorsque nous étions adversaires politiques. Même lorsqu’il était à Matignon, nous dînions souvent ensemble. Un dimanche de 1983, lors d’un débat sur Europe 1 au Club de la presse, j’avais été très agressif face à lui. Je le rejoignais un peu plus tard à Matignon pour dîner après avoir fait mon édito pour le « Quotidien de Paris ». Je titrais en manchette : « Europe 1- Mauroy 0″. Lorsque je lui ai montré l’article, au lieu de m’engueuler, il a ri et m’est tombé dans les bras. Notre amitié était très profonde. Nous étions liés par de très beaux souvenirs d’enfance… »
Lycéen, vous vous destiniez déjà au journalisme ?
« Pas du tout. Mes parents avaient des ambitions pour moi, ils m’avaient mis pensionnaire au lycée Stanislas à Paris pour que j’y fasse de brillantes études. J’ai fait Sciences Po, du droit, de l’histoire, de la philosophie, des lettres… J’ai même passé le concours de l’ENA que j’ai raté. J’ai fait des études universitaires un peu longues pour faire de l’écriture, puis commencé dans des journaux plus culturels que politiques. J’ai passé avec succès le concours de secrétaire des débats parlementaires à l’Assemblée nationale, cela m’a mis en contact avec des éditorialistes de « Combat » qui m’ont invité à les suivre. J’ai tenté l’expérience et ça a marché. Je suis resté dans la presse toute ma vie en créant des journaux politiques, culturels et scientifiques. »
Vous avez d’autres passions ?
– Ph. Tesson : « Je me suis beaucoup intéressé à la littérature et au théâtre. J’ai été critique dramatique au « Canard Enchaîné », à « L’Express » et au « Figaro Magazine » où je suis toujours depuis quarante ans. J’ai aussi repris le Théâtre de Poche à Paris que je dirige encore actuellement. Mais je continue aussi à vieillir, j’ai 92 ans passés. Je me considère comme un citoyen moyen mais tout à fait honnête. »
Vos chroniques sur les politiques sont souvent très acerbes…
– Ph. Tesson : « Sans indulgence. Je trouve que la démocratie n’est pas servie comme elle le mérite. Le contexte est difficile et les Français très difficiles à gouverner. Beaucoup d’entre eux sont des enfants gâtés qui ne se rendent pas compte de la misère du monde. Le défaut d’autorité des gouvernants et le manque de civisme du peuple, de sens des responsabilités, font que chacun des partenaires de la vie sociale n’est à pas à la hauteur. Une crise d’autorité est en train de prendre des proportions dangereuses et menace l’équilibre politique de notre pays. »
Quel regard portez-vous sur Xavier Bertrand ?
– Ph. Tesson : « Je l’ai connu quand j’étais journaliste. Je lui trouve beaucoup de qualités et un sens civique approfondi. Il est sérieux, raisonnable, doté d’une bonne volonté, il connaît bien les dossiers. Je trouve qu’il manque parfois d’un peu d’audace. Mais je suis difficile… » Erick Leskiw

Philippe Tesson, né le 1er mars 1928, président du jury du Prix littéraire Interallié, a été rédacteur en chef du quotidien « Combat », fondateur du « Quotidien de Paris », du « Quotidien du médecin », directeur des « Nouvelles Littéraires » et des éditions de la Table Ronde, collaborateur au « Canard Enchaîné ». Il écrit toujours au « Figaro Magazine », « Valeurs Actuelles » et dans « Le Point ». Enfin, il intervient régulièrement sur Radio Classique aux côtés de Guillaume Durand.