Patrick Chesnais – La mémoire dans la peau…

Elle s’appelle comment déjà cette satanée maladie qui vous fusille les neurones et vous vide la boîte à souvenirs ? Ah oui ! Alzheimer. Une maladie qui sert de toile de fond à la pièce « Tu te souviendras de moi », dans laquelle on retrouve Patrick Chesnais dans le rôle d’un prof d’université ronchon, dont la mémoire ne cesse de s’effriter. En attendant de le retrouver sur la scène du Splendid, le comédien a répondu à nos questions…

Dans « Tu te souviendras de moi », il est clairement question d’Alzheimer. Pourtant, le nom de la maladie n’est jamais évoqué…
– Patrick Chesnais : « C’est vrai que le mot n’est pas prononcé dans la pièce, comme s’il y avait une sorte d’interdit. Cela traduit sans doute la volonté d’aborder avec humour et tendresse une maladie qui touche de plus en plus de monde et qui est aujourd’hui devenue un enjeu de santé publique. »

Parlez-nous de ce professeur d’université que vous incarnez dans la pièce…
– P.C. : « Edouard se présente comme un prof d’histoire haut en couleur, colérique, séducteur, star des plateaux télé où on l’invite à venir nous parler de la marche du monde. Mais c’est aussi un type qui, peu à peu, est dépossédé de ses moyens et de ce qui fait sa force. Quelqu’un qui prend conscience que sa maladie est devenue plus forte que lui… »

On est ici dans le registre du drame ou de la comédie ?
– P.C. : « L’émotion est présente, bien sûr, mais on est clairement dans le registre de la comédie. L’angle privilégié est celui de la drôlerie ! D’ailleurs, les spectateurs rient beaucoup durant la pièce. J’ai moi-même fréquenté François Périer dans les dernières années de sa vie, alors qu’il était atteint de la maladie d’Alzheimer. Quand on lui disait de partir à gauche, il partait à droite et ces scènes, pleines d’imprévus et de quiproquos, génèrent forcément le rire. Un rire spontané, qui ne relève pas de la moquerie. »

Votre personnage oublie parfois qui il est mais jamais totalement les valeurs qui l’ont construit…
– P.C. : « C’est effectivement le deuxième aspect de la pièce qui pose un regard assez sévère sur la folie des temps modernes. Edouard, mon personnage, est un type brillant qui se retrouve prisonnier de l’instant présent dans la mesure où ses pertes de mémoire gomment son passé et floutent son avenir. Mais comme lui, on est tous aujourd’hui prisonniers de l’instant présent avec les réseaux sociaux, l’info en continu, la surenchère d’images et de messages, tout ce brassage qu’on absorbe pour l’oublier aussitôt. Au-delà d’Alzheimer, c’est notre rapport à la mémoire qui est en train d’évoluer. »

Dans cette pièce, ça vous arrive d’avoir des trous de mémoire ?
– P.C. : « Pas tellement, mais ça va peut-être venir. Remarquez, c’est la seule pièce où les trous de mémoire peuvent passer complètement inaperçus ! » (rires) B. Duchet

« Tu te souviendras de moi » : vendredi 18 octobre au Splendid à 20 h. Tarifs : 35 € / 45 € / 55 €. Billetterie : 14, rue de la Sellerie. Tél. : 03 23 62 36 77.