Nos lecteurs face à Xavier Bertrand

Le 6 décembre, les Français seront invités à se rendre aux urnes à l’occasion du 1er tour des élections régionales. Picardie et Nord-Pas-de-Calais fusionneront pour devenir la 3e plus importante région française, forte de 6 millions d’âmes. Moins d’un an après les Départementales, ce sera le dernier rendez-vous électoral avant la présidentielle de 2017. C’est dire que ce scrutin sera riche d’enseignements. Le 23 novembre, Saint-Quentin Mag et Le Petit Mag 02 ont convié leurs lecteurs à une rencontre avec Xavier Bertrand. L’ancien ministre, député-maire de St-Quentin, tête de liste pour l’Union de la Droite aux Régionales, a répondu à leurs questions…

Dominique Capes (61 ans, directeur d’une unité de production, Saint-Quentin) : « La région va devenir une grande composante géographique qui va s’inscrire dans l’Europe, comment va-t-elle vivre et  s’organiser ? »
Xavier Bertrand : « La région sera le chef de file du développement économique. Aujourd’hui, le pays est bloqué par le haut. L’argent public ne coulera plus jamais à flots. Je propose de mettre le paquet sur le travail, l’économie et l’emploi, les emplois qui existent, les offres et les emplois de demain. Nous avons dans la région plus de 500 000 demandeurs d’emplois, mais 120 000 offres non pourvues, 14 000 demandeurs d’emplois dans le grand Saint-Quentinois, où plus de 2 400 offres n’ont pas trouvé preneurs. La région n’a besoin de personne, il faut qu’elle se bouge. »

Elise Cervoise (22 ans, étudiante, Saint-Quentin) : « Pour suivre leurs études ou effectuer des stages, les jeunes sont obligés de quitter leur ville et souvent la région. Comment y remédier ? »
Xavier Bertrand : « Je ne vais pas mentir, il n’y aura pas de fac de médecine ni de fac de droit à Saint-Quentin. Nous n’avons pas vocation à entrer en concurrence avec Amiens ou Lille. La réglementation des stages est trop compliquée et beaucoup d’entreprises y ont renoncé, il faut la modifier. Je vais pour les six ans du mandat multiplier par trois l’aide de la Région pour la formation. Et faire en sorte que tous les jeunes qui font une demande de stage ou d’emploi reçoivent une réponse, même négative. Nous mettrons aussi en place sur le Net une bourse des stages par bassin d’emploi et pour les formations, la région devra indiquer le nombre de débouchés prévus à la fin des études et à 5 ans. Il faut aussi mettre un terme aux formations sans débouchés. »

Patrick Bizzaro (51 ans, cadre supérieur, Saint-Quentin) : « Quelle sera dans la grande région la politique des transports : routiers, ferroviaires ? »
Xavier Bertrand : « Par la route, si dans cinq ans un contournement de Lille n’est pas mis en place, cette capitale régionale sera paralysée. Avec la SNCF, une des priorités sera de faire Saint-Quentin/Lille en 1 h 15 au lieu de 2 h. Je veux également de la vidéo-protection et des agents de sécurité dans ces trains. La région est cliente de la SNCF, celle-ci devra respecter les 3 A : voyager assis,  arriver à l’heure et être averti en cas de problème. Il va falloir négocier avec la SNCF. Le projet de RER grand Lille n’est intéressant que si on peut s’y raccorder. Quant au canal Seine-Nord, il ne décongestionnera pas la route mais sera une vraie voie de communication environnementale. »

Emilie Normand (45 ans, mère au foyer, Gauchy) : « Environnement et développement économique sont-ils compatibles ? »
Xavier Bertrand : « Des choses très concrètes peuvent être faites, comme le « zéro déchet » à Roubaix. Si elle n’est pas ennemie de l’économie, l’écologie me va très bien. Il y a aussi la 3e révolution industrielle : récupération d’énergie, capture du carbone, construction et rénovation de bâtiments intelligents qui permettent de baisser la facture de chauffage, comme on l’a fait au quartier Europe. L’agriculture n’est pas ennemie de l’environnement, elle est aujourd’hui raisonnée. Les agriculteurs ne sont pas des pollueurs. »

Jean-Paul Buis (63 ans, retraité, Saint-Quentin) : « Ce qui se passe à Calais avec les migrants est affreux… Que peut-on faire ? »
Xavier Bertrand : « L’Etat doit faire appliquer la loi pour ceux qui n’ont pas le droit de rester en France. Tant que l’on pourra travailler outre-Manche sans papier et sans être déclaré, le problème persistera. Si les Anglais ne veulent rien entendre, il faudra leur rendre leur frontière, qui n’est pas à Calais mais à Douvres. Mais tant que l’on n’aura pas ramené la paix en Syrie et éliminé Daech, il y aura des gens qui fuiront. Les pays arabes devront intervenir au sol si l’on veut éradiquer et exterminer l’Etat islamique. Nous devons aussi jouer le développement économique, comme le préconise de projet le Jean-Louis Borloo avec l’électrification de l’Afrique. »

Jean-Louis Moussy (57 ans, chef d’entreprise, Travecy) : « Quels potentiels de rapprochement avec les départements du Nord pourront déterminer de nouveaux marchés pour nos petites entreprises ? »
Xavier Bertrand : « L’action sera de mettre en relation l’ensemble des entrepreneurs. Les gens ont pris l’habitude de se parler sur un territoire, via des clubs, le BNI… C’est de l’économie circulaire. Je veux encourager cela dans la grande région. Nous allons permettre de découvrir des potentialités. Il faut décloisonner tout ce qu’il y a pu avoir de frontières administratives. Nous allons travailler par filières, entreprises existantes et  émergentes. Nous avons de la chance car nous avons plus de terrains disponibles en Picardie que sur Lille. Nous avons une carte à jouer. »

Myriam Oubuih (24 ans, infirmière sans emploi, Saint-Quentin) : « La région favorisera-t-elle l’emploi médical ? »
Xavier Bertrand : « Il y a des besoins, mais aujourd’hui, certains hôpitaux ont restreint leurs dépenses et le nombre de personnels soignants alors qu’il aurait fallu serrer les postes administratifs. L’hôpital est fait pour soigner, pas pour devenir une administration. Toute personne qui aura à bouger pour reprendre un emploi sera les premiers mois aidée par la région pour le transport. Nous allons aussi permettre aux gens d’utiliser gratuitement les transports scolaires quand ceux-ci ont des places disponibles. Avec l’augmentation de l’espérance de vie, les services à la personne vont se développer. »

Josiane Bau (56 ans, assistante familiale, Bourguignon-sous-Coucy) : « D’un département à l’autre, il existe des disparités de prise en charge pour les enfants inadaptés. Pour le statut des assistantes familiales, un nivellement est-il prévu ? »
Xavier Bertrand : « Cela est une compétence des conseils départementaux. Je peux intervenir, mais s’ils ne veulent pas, ils ne le feront pas. Chacun voit midi à sa porte et c’est logique, mais il y a des situations où vous vous dites qu’il y a des gens qui méritent d’être aidés et cela n’a rien à voir avec l’assistanat, cela s’appelle la justice, la solidarité et parfois le secours. »

Daniel Strozyk (67 ans, travailleur indépendant, Bray-sur-Somme) : « Le RSI est une véritable catastrophe pour les travailleurs indépendants. Que comptez-vous faire ? »
Xavier Bertrand : « Je tiens d’abord à signaler que le père du RSI est Renaud Dutreil, qui occupait à l’époque le poste de ministre du Commerce. Moi, j’étais ministre de la Santé. Madame Le Pen raconte des conneries pour essayer de me flinguer à un mois des élections, ce sont les sales méthodes de l’extrême-droite. Je pense qu’aujourd’hui, le RSI est mort, il faut rebâtir quelque chose, notamment sortir l’Urssaf, ne plus demander quand les difficultés surgissent des cotisations sur l’année N-2 quand tout allait bien. »

Jason Perchey (24 ans, responsable commercial, Lehaucourt) : « Je travaille à Saint-Quentin dans un centre d’affaires, boulevard Léon-Blum. Où en est le projet pour le quai Gayant ? »
Xavier Bertrand : « Nous avons plusieurs projets, mais je ne ferai pas de Palais des congrès, car s’il n’est pas rempli régulièrement, c’est un gouffre financier. Nous avons besoin d’une salle qui puisse accueillir des rencontres sportives, des spectacles de variétés, de grandes AG et des grands salons. Une sorte d’Aréna, un petit Zénith, comme à Orchies pour le basket. Si je suis à la tête de la région, je suis prêt à financer l’investissement de ces équipements en confiant leur gestion aux collectivités locales. »

Marie-Christine Duault (59 ans, assistante de direction, Saint-Quentin) : « Que comptez-vous faire pour le logement et le pouvoir d’achat ? »
Xavier Bertrand : « Je vais relancer la politique créatrice d’emplois, d’aide à la construction. Je suis aussi très intéressé par les maisons à 1 € comme à Roubaix et Manchester. Des maisons en très mauvais état, vendues avec obligation de faire au minimum  70 000 € de travaux, financés par des prêts avec les banques. Il faut essayer de rendre du pouvoir d’achat en aidant ceux qui utilisent leur voiture pour aller travailler ou pour la garde des enfants, des aides financées par des économies. Nous mettrons aussi en place une mutuelle régionale. Enfin, pour tout nouvel emploi créé, la région prendra en charge une partie des charges sociales patronales. »

Henri Kafé (74 ans, pneumologue, Saint-Quentin) : « Quels sont vos projets en matière de santé ? »
Xavier Bertrand : « Nous ne pouvons pas continuer à être la région où l’on vit le moins longtemps, où l’on a le plus de maladies cardio-vasculaires, de cancers… Il n’y a pas de fatalité. Il faudra financer des maisons de santé pluridisciplinaires avec des loyers symboliques et des systèmes informatiques pour le développement de la télémédecine. Pour les étudiants, la région participera à leur loyer pour une durée égale à celle où ils s’engageront ensuite à exercer dans la région. Il y a des choses à mettre en place pour la prévention, pour les maladies neurodégénératives… Nous aurons un budget régional de 3,3 milliards d’euros. Selon les spécialistes, il est possible d’économiser 600 millions en gérant bien, j’ai fixé comme objectif 300 millions. »