Napoléon à St-Quentin

Le 5 mai 1821, cela fait 200 ans que Napoléon Bonaparte s’est éteint, laissant brûler derrière lui une flamme qui semble éternelle… Mais dans un pays où la notion de concorde sent la poudre et la cendre, le personnage se retrouve pris entre deux feux mémoriels. à droite, voici la figure historique préférée des Français, célébrée dans le monde entier. à gauche, voilà l’Empereur sanguinaire, coupable d’avoir pris la guerre pour maîtresse et rétabli l’esclavage que la Révolution avait aboli… Entre les deux visions, une vraie guerre des tranchées, un bras de fer de grognards, un bigornage de baïonnettes qui expédie les uns à Austerlitz, les autres à Waterloo. « Quel roman que ma vie », avait soupiré au soir de son existence celui qui, parti de rien, était devenu le maître de l’Europe…
Sans nécessairement tourner le dos aux polémiques, allons donc jeter un œil à l’exposition présentée sur le parvis de la gare : six panneaux recto-verso sur le thème de « Saint-Quentin au temps de Napoléon Ier ». L’occasion de découvrir que l’illustre personnage a séjourné à deux reprises dans la cité des Pastels. La première fois du 9 au 12 février 1801, en tant que Premier Consul. Pour la petite histoire, celui qui n’a pas encore été sacré Empereur est hébergé au n°16 de la rue des Canonniers, chez un certain Pierre Louis Samuel Joly de Bammeville. Bâtisseur dans l’âme, Napoléon est venu s’assurer de la reprise des travaux du canal de Saint-Quentin, abandonnés depuis 1775. Destiné à relier la Somme à l’Escaut, le canal nécessitera le percement de deux souterrains : le premier entre Lesdins et Lehaucourt (1 098 m), le second entre Bellenglise et Vendhuile (5 6740 m). Des travaux de titan qui ne semblent pas effrayer Napoléon !
Le 10 février au matin, il se rend à Lesdins rencontrer Laurent de Lyonne, en charge du creusement du premier souterrain. Le soir venu, la ville est illuminée en l’honneur de Napoléon. Un bal est donné dans la salle des spectacles de la Grand Place, tandis que des habitants lui offrent des toiles de lin, des fleurs et même un brochet de l’étang d’Isle ! Le 12 février, il quitte Saint-Quentin pour Paris. Son départ est annoncé par 50 coups de canon.
Il faudra attendre 1810 pour retrouver Napoléon à Saint-Quentin. Et sa venue ne manque pas de piquant ! Empereur depuis six ans, il s’est depuis peu marié avec Marie-Louise d’Autriche. « C’est un ventre que j’épouse ! », avait confié le jeune marié, conscient que cette union, éminemment politique, était surtout destinée à apaiser les relations entre la France et l’Autriche après dix-huit ans de guerre. Mais l’Empereur, finalement séduit par sa jeune épouse, avait révisé son jugement, confiant à son aide de camp Savary : « Mon cher, épousez une Allemande, ce sont les meilleures femmes du monde, douces, bonnes, naïves et fraîches comme des roses… » Une épouse qu’il décide d’emmener au printemps en voyage de noce à Anvers. En route pour la cité flamande, le cortège impérial fait étape à Saint-Quentin les 27 et 28 avril 1810. Au soir de leur arrivée, l’illustre couple et sa cour se rendent au grand bal auquel sont conviés 375 invités, parmi lesquels les grandes familles de négociants, les avocats et membres des tribunaux, l’ingénieur du canal Gayant, l’architecte Védie, le peintre Pingret ou encore le musicien Jumentier… Le lendemain, le cortège se rend au port du canal où les attendent des gondoles pour rejoindre Omissy. Plus tard dans la matinée, le couple pénètre dans le tunnel de Riqueval, parcourant les 6 km de voie d’eau illuminée avant de mettre le cap sur Cambrai. Plus jamais Napoléon ne remettra les pieds à Saint-Quentin…
 
L’homme vaut bien deux expositions !
– Délégué départemental du mouvement France Bonapartiste, Kévin Coquelet entend bien commémorer en grande pompe le bicentenaire de la mort de Napoléon. Et pour cela, il a créé l’association « Mémoire Napoléoni’Aisne » avec laquelle il prépare une expo consacrée à toutes les facettes de cette grande figure de l’Histoire. Une expo à ciel ouvert, visible dans la rue Saint-André du 9 novembre au 9 décembre. Patience donc.
– Autre rendez-vous du 19 au 26 août : cette fois, l’association investira la Galerie 115 pour une présentation de Napoléon à travers des objets ou des œuvres. Et pour cela, Kévin lance un appel aux artistes locaux, mais aussi aux éventuels collectionneurs ou fans de l’Empereur qui, d’une manière ou d’une autre, pourrait concourir à monter cette exposition.
– Contact : 06 74 83 12 93.