Monsieur zéro faute

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En 1985, il remporta la toute première édition des fameux Dicos d’or de Bernard Pivot. Sept ans plus tard, Bruno Dewaele toucha du doigt l’Everest : à l’occasion d’une superfinale organisée à New York, face à 261 candidats issus de 108 pays, c’est lui qui décrocha le titre suprême, devenant ainsi champion du monde d’orthographe ! Depuis, cet agrégé de lettres modernes originaire d’Hazebrouck (Nord) n’en finit plus de jouer avec les mots, quitte à les imprimer pour partager sa passion. Dernier ouvrage en date : « De l’aborigène au zizi », paru chez Michel-Lafon. Drôle de titre pour ce livre dont l’humour primesautier devrait vous faire sourire. Envie de rencontrer l’auteur ? Il sera en dédicace chez Cognet ce samedi 25 mars. Rencontre…

Mais comment diable peut-on devenir champion du monde d’orthographe ?
B. Dewaele : « En travaillant, il n’y a pas de secret ! Je suis certes agrégé de lettres modernes mais pour se frotter aux dictées de Pivot, il faut forcément potasser les dicos durant des heures et des heures pour aller chercher les mots là où ils sont. A une époque, je pouvais travailler jusqu’à 13 heures par jour sur l’orthographe. Un jour, j’ai même dit à un journaliste que je préférais passer mes vacances dans le Larousse que dans le Larzac ! » (rires)

D’où vous vient cette passion pour les mots ?
B. Dewaele : « Ça remonte à loin. Enfant, je lisais déjà beaucoup, y compris des BD. Et j’avais toujours avec moi un petit dictionnaire que je consultais en cas de doute. Ce goût pour la langue s’est encore renforcé quand j’ai remporté le championnat de France d’orthographe en 1985. Disons que je me suis prêté au jeu… »

Régulièrement, un ministre nous pond une nouvelle réforme de l’orthographe. Ça vous inspire quoi ?
B. Dewaele : « Tout dépend à qui vous posez la question. Si c’est au compétiteur, ça ne m’emballe pas. En matière d’orthographe, ce sont les choses surprenantes qui sont intéressantes. Notre langue est comme un paysage : si on l’aplanit, elle perd de sa beauté. En revanche, si la question est posée à l’enseignant, je reconnais qu’il y a des règles à revoir, à rationaliser. Mais il faut à tout prix éviter de simplifier le français à outrance. L’usager doit faire l’effort de comprendre ce qu’il écrit. »

Quelle est la faute qui vous agace le plus et celle, à l’inverse, pour laquelle vous avez de l’indulgence ?
B. Dewaele : « Tenez, voici une faute fréquemment rencontrée, notamment dans les journaux : la confusion entre prêt à et près de. Beaucoup de journalistes confondent le fait d’être préparé à avec être sur le point de. J’ai envie de leur dire : ça n’est pas parce qu’on près de mourir qu’on est prêt à mourir ! Quant à mon indulgence, elle concerne surtout les fautes lexicales. Prenons l’exemple du verbe susurrer : la logique voudrait qu’on l’écrive sussurrer, avec deux s, d’où la faute régulièrement commise. »

Votre dernier livre a pour titre :
« De l’aborigène au zizi ». De quoi parle-t-il ?
B. Dewaele : « Il se présente comme une sorte de dictionnaire composé de petites chroniques qui vont de A à Z. Des chroniques dans lesquelles je raconte mes trente ans d’intimité heureuse avec la langue française. Le tout avec humour et légèreté. » n B.D.

Bruno Dewaele en dédicace : samedi 25 mars (15 h à 18 h) chez Cognet (21, rue Victor-Basch).