Logement social : DANGER

Réunion de crise mardi 17 octobre au siège d’Habitat Saint-Quentinois. Autour de la table, l’inquiétude est palpable. En cause, le fameux article 52 du projet de loi de finances 2018, qui prévoit une baisse des APL (Aides personnalisées au logement). Pour compenser celle-ci, les bailleurs sociaux sont « invités » (pour ne pas dire « contraints ») par le gouvernement à réduire le montant des loyers perçus.Avec pour conséquence un manque à gagner évident qui, à terme, pourrait sonner le glas du modèle français en terme de logement social.
Entourée de Frédérique Macarez, du député Julien Dive, de représentants des locataires et du personnel, ainsi que de divers partenaires, Sylvie Robert, présidente d’Habitat Saint-Quentinois, prend la parole pour lire la motion qu’elle entend remettre à la sous-préfecture. Le ton est grave, justifié par un avenir qui s’annonce sombre :
L’article 52 va mettre notre organisme en grande difficulté financière. La somme des réductions de loyer à appliquer en 2018 s’élève pour Habitat Saint-Quentinois à 2,2 millions d’euros. La conséquence directe est un résultat d’exploitation négatif privant notre organisme de ses fonds propres et donc de sa capacité à investir, tant dans la construction de logements neufs que dans la réhabilitation de ses logements anciens. » Privé d’une bonne partie de ses ressources, Habitat Saint-Quentinois pourrait ainsi faire une croix sur son programme d’investissements. Avec à la clé un impact catastrophique pour les entreprises locales en charge des travaux d’entretien et de rénovation.
Comment expliquer un tel aveuglement du gouvernement, qui risque de mettre à mal l’avenir du logement social ? Julien Dive fustige pour sa part « une vision comptable et budgétaire, qui ne tient pas compte des réalités territoriales. » Un jugement conforté par les propos d’Emmanuel Macron qui, le 15 octobre sur TF1, a déclaré sans sourciller que « dans le monde HLM, il y a des acteurs qui ont beaucoup d’argent. » C’est sans doute vrai dans les Hauts-de-Seine ou les Yvelines mais certainement pas à Saint-Quentin.
Pour Frédérique Macarez, « l’incompréhension est totale. » Le maire rappelle que dans notre ville, Habitat Saint-Quentinois loge plus de 5 000 familles, auxquelles viennent s’ajouter les 3 000 logements de la Maison du Cil. C’est dire qu’un quart environ de la population saint-quentinoise risque d’être impactée par l’article 52. « Je défends le modèle de logement social, martèle le maire. Grâce à ce modèle, les plus fragiles d’entre nous disposent de logements entretenus. Sans opérateur social public, c’est toute une population qui risque de se retrouver livrée à elle-même, auprès de marchands de sommeil. »
A l’assemblée nationale comme au Sénat, nombreux sont les élus qui se mobiliseront pour amender le projet de loi de finances 2018. Mais rien n’est gagné. Frédérique Macarez cite une anecdote :
récemment, elle a rencontré Jacques Mézard, le ministre de la Cohésion des territoires qui a en charge le portefeuille du logement. Dans son fief, Aurillac, l’homme connaît bien la problématique du logement social. Interpellé au sujet de l’article 52, il répond à Frédérique Macarez : « Ce que vous me dites, je le sais bien. Encore faut-il que je sois entendu ! » Navrant ? Sans nul doute.
En première ligne face à cette réforme, les OPH (Offices publics de l’habitat) sont plus que jamais menacés. « Si l’article 52 est maintenu, c’est la disparition assurée de près de 130 OPH en deux ans sur les 256 que compte notre pays », estime Marc Voisin, le directeur d’Habitat Saint-Quentinois. La levée de boucliers observée un peu partout en France suffira-t-elle à faire plier le gouvernement ? Il faut l’espérer. A défaut, c’est notre modèle de logement social qui pourrait s’effondrer comme un château de cartes…