L’œil de Mousset

MOUSSET-2

– Liberté chérie
Ce 14 juillet à Saint-Quentin, les pétards étaient interdits, l’alcool à emporter était interdit, la circulation sur le pont de la gare était interdite, la pêche dans le canal était interdite. Mon chat, qui a horreur des feux d’artifice, voulait même le faire interdire. Pourtant, on est en République : liberté ! A quoi a-t-il servi de prendre la Bastille ? Et puis, comment faire la fête sans bruit, sans mouvement et sans ivresse ? « Il est interdit d’interdire » : mais c’était un slogan de 1968, pas de 1789. Pour le 50e anniversaire du joli mois de Mai, il faut attendre l’an prochain. Et tant pis pour les chats.
– J’ai les noms
Vous vous souvenez ? C’était il y a à peine quelques semaines les élections législatives. Tous les candidats étaient très actifs, dans les manifestations culturelles, les événements sportifs et les cérémonies patriotiques. Ils serraient des mains, discutaient avec les citoyens, se préoccupaient de leurs problèmes. Mais depuis le scrutin, la plupart ont disparu :
on ne les voit plus nulle part. Vous avez compris : la présence, l’écoute, les risettes, c’était pour prendre nos voix. Je vous parie que ces fantômes reviendront solliciter nos suffrages dans cinq ans. Alors, de droite ou de gauche, nous leur dirons : NON ! Mais total respect pour les quelques candidats, élus ou pas, qui continuent à faire le job.
– Attention les poissons
Le dernier week-end de juillet sera terrible pour nos amis à écailles et à nageoires. Un championnat de pêche va rassembler les plus fines gaules du monde entier sur les berges de notre canal, 500 redoutables tueurs. La carpe ne pourra pas paresser, le goujon frétiller, ni le brochet chasser : malheur à eux s’ils passent devant le quai Gayant. Même si le poisson est remis à l’eau, ça ne fait jamais plaisir d’en être tiré avec un hameçon dans la gueule.
– Ne pas oublier
C’est la commémoration la plus émouvante de l’année et pourtant la moins fréquentée. Chaque 16 juillet, nous nous retrouvons près du monument aux Morts, pour nous souvenir de la rafle du Vél d’Hiv et des persécutions antisémites. Le président de l’association israélite Paul Elkaim rappelle l’importance de cette mémoire. Autour, des joggeurs essoufflés venant du parc d’Isle s’arrêtent, des cyclistes en sueur regardent, des promeneurs de chien prennent des photos, curieux, un peu étonnés. Savent-ils que des gens sont morts pour qu’ils soient libres ?

Retrouvez Emmanuel Mousset sur son blog : jaitantdechosesavousdire.blogspot.com