L’œil de Mousset

Pages à la plage
Il faut profiter de l’été pour lire. Ne prenez que des valeurs sûres, des bouquins épais, qui tiennent le parasol et la serviette de bain. « Robinson Crusoé », de Daniel Defoe, nous fait comprendre qu’on ne s’ennuie jamais dans la vie, même tout seul sur une île, pendant de très longues vacances. « Don Quichotte », de Cervantès, nous apprend que nous avons raison de jouer au chevalier, y compris en nous battant contre des moulins à vent, parce que le ridicule ne tue pas. Enfin, « Le comte de Monte-Cristo », d’Alexandre Dumas, nous fait goûter à la vengeance, un excellent plat, à consommer froid, très tard et bien saignant. Bonnes lectures.

Bonjour chez vous
A cause du désastreux Facebook, la carte postale est tombée en désuétude : c’est toute l’année qu’on donne de ses nouvelles, dans les aspects les plus insignifiants de la vie privée. Je tiens, en cette période estivale, à réhabiliter la carte postale. Elle est un exercice d’humilité : s’effacer devant les paysages et les monuments, au lieu d’afficher sa bobine. C’est aussi un petit travail d’écriture, qui tranche avec la paresse des échanges sur le réseau social. La carte est enfin d’une délicate attention, à l’opposé de la vulgarité qui s’épanche sur le Net. Envoyez-moi donc une carte postale, à l’adresse du journal. Bonnes vacances.

Patine du temps
Nous sommes en congés, mais il faut déjà penser à la rentrée. Cette année encore, dans le plus grand magasin de notre ville, un ancien cartable rendu donne droit à un bon d’achat pour un nouveau. Mais allez voir dans le bac des vieux sacs : ils sont comme neufs ! Nos écoliers sont de parfaits consommateurs, pour la bonne cause, puisque les cartables usagés sont distribués aux petits nécessiteux. Je ne ferais pas un bon client : ma serviette d’enseignant est tout usée, j’y tiens depuis 20 ans !

Les paysans voient rouge
Les agriculteurs votent à droite, mais ce sont des gauchistes qui s’ignorent. Les éleveurs se révoltent contre le marché mondial et la concurrence européenne : ce sont des antilibéraux. Ils se dressent contre le système financier, qui les écrase de dettes : ce sont des anticapitalistes. Leur adversaire, c’est la grande distribution, qui casse les prix de vente : nos paysans contestent la société de consommation. Leur meilleur ami, c’est l’Etat, dont ils réclament l’aide, l’intervention. Des gauchistes, je vous dis.

Retrouvez Emmanuel Mousset sur son blog : jaitantdechosesavousdire.blogspot.com