L’invité de Mousset

Inlassablement, Emmanuel Mousset poursuit ses rencontres avec celles et ceux qui façonnent l’histoire de notre ville. Cette fois, c’est Alexis Grandin qui s’est prêté au jeu. Tout à la fois président de l’office de tourisme et maire-adjoint en charge des relations internationales, l’intéressé joue volontiers pour Saint-Quentin le rôle de ministre des Affaires étrangères. Un « job » qui nécessite un brin de diplomatie…

Alexis Grandin est président. La moitié des Français l’est, le plus souvent dans le monde associatif ; l’autre moitié rêve de l’être, dit-on. Mon invité, lui, est président de l’office de tourisme. « Et des congrès », ajoute cet homme précis, qui est aussi maire-adjoint chargé des relations internationales, ce qui en fait un peu un ministre des Affaires étrangères à l’échelle de notre ville. Il porte bien le costume présidentiel. Une petite mèche rebelle ajoute une touche de fantaisie. Alexis Grandin marche et s’affaire beaucoup, entre Speedy Gonzales et Monsieur 100 000 volts. Un jour, il tient sa permanence dans le faubourg d’Isle, dont il est l’élu référent ; le lendemain, il saute dans un avion pour Pékin. Ce Saint-Quentinois fait le tour du monde pour « vendre » Saint-Quentin, dont il rêve de faire un « village planétaire », selon sa propre expression.
D’où lui vient cette motivation ? Il faut, comme toujours, remonter à l’enfance. Son père était artisan brodeur, l’un des derniers. Sa grand-mère lui transmet une passion : l’histoire. C’est parti, jusqu’à aujourd’hui : art et histoire, le petit Alexis a trouvé son inspiration. Après le lycée, il entreprend des études d’histoire à la fac de Reims, qu’il poursuit à la Sorbonne, à Paris. Son projet : devenir conservateur de musée, une bonne façon de conjuguer l’art et l’histoire. Alexis Grandin prépare donc le concours pour entrer à l’Ecole nationale du patrimoine. Mais le destin l’en détourne : Pierre André veut faire du jeune étudiant son adjoint… au patrimoine historique, évidemment. Il dit oui et la vie le ramène à Saint-Quentin, où il fera trois mandats dans l’équipe municipale, dont un en cours (nous ne parlerons pas de son engagement politique, ce n’est pas le sujet).

Le tour du monde d’Alexis le Chinois

‘art, Alexis connaît depuis l’âge de neuf ans, où il se met au piano, puis se dirige vers l’orgue. Il donne régulièrement des concerts à la basilique. A cinq ou six ans, il pratique la danse. Plus aujourd’hui. Mais son pas leste, sa démarche svelte et rapide dans les rues de Saint-Quentin ne sont-ils pas quelques restes de cet exercice ? Sa profession épouse ses deux passions, puisqu’Alexis Grandin devient professeur d’histoire-géographie et d’éducation musicale au collège Saint-Jean, où il a été élève. « Mais j’ai fait ma terminale dans le public, à La Ramée », tient-il à préciser. Dans l’établissement privé, il anime aussi la chorale.
Le tourisme, il le découvre au lycée, avec son correspondant russe, qui lui fait connaître l’URSS. « C’était mon premier voyage en avion, j’ai eu peur. » A 21 ans, cap sur le Mexique, où Alexis Grandin séjourne un mois et demi. « J’ai la passion des voyages, des contacts humains, des échanges entre les cultures. » Il fait des virées en Europe, notamment en Italie, qui satisfait son désir d’art et d’histoire. Son loisir s’est transformé en travail, celui d’élu et de président de l’office de tourisme, qui l’a amené à Chicago, à Melbourne et plusieurs fois en Chine. « Attention : je vole en classe économique, loge au Novotel et bosse dès ma descente d’avion jusqu’à la fin du séjour. » Par les temps qui courent, ces indications ne sont pas superflues.
Et Alexis en revient avec des résultats : il me montre sur son smartphone, non sans fierté, le programme d’un tour operator rédigé en chinois, où apparaît, au milieu des sinogrammes, le nom de Saint-Quentin. Notre ville est inscrite dans un périple asiatique de 13 jours à travers l’Europe. « Les Chinois ont envie d’autre chose que la tour Eiffel ou le Mont Saint-Michel ; le Village des métiers d’antan et le petit train du Vermandois, ça les intéresse aussi. » Le pittoresque mieux que les clichés : voilà la stratégie.
Saint-Quentin à la conquête d’un milliard de Chinois, Alexis Grandin y croit tellement qu’il s’est mis au mandarin. C’est du sérieux, puisqu’il va faire valider son niveau par l’université (il parle couramment l’anglais et l’espagnol, maîtrise des notions d’allemand et de russe). En octobre, un week-end de la Chine sera organisé dans le Saint-Quentinois. Les princes d’autrefois avaient leur surnom ;
pourquoi pas notre président ? Après Pépin le Bref et Charles le Chauve, voici Alexis le Chinois, qui veut faire parler de notre ville à l’autre bout du monde.
Alexis Grandin a une autre ambition. Le touriste en bob, bermuda et mollets poilus ne doit pas avoir l’exclusivité. Sur notre territoire marqué par la Grande Guerre, le tourisme de mémoire est un atout capital. Et puis, l’office de tourisme et des congrès tient à être un partenaire économique qui concourt à l’essor de la ville, contribue à la création d’emplois, notamment dans l’hébergement. « Il manque à Saint-Quentin un hôtel quatre étoiles, style Sofitel. » Et l’emplacement de l’office ? Va-t-il changer ? « C’est toujours en réflexion, pour une superficie et une visibilité plus grande », dit avec prudence son président.
Alexis Grandin s’enthousiasme : « Ma directrice [Cécile Millet] est fun, l’équipe aussi. » Il n’y a qu’à voir leur carte de vœux de cette année ! Fun à coup sûr sera le week-end « Année folles » des 13 et 14 octobre prochains : la ville entière, habitants et véhicules, va se transformer en cité 1920-1930. « Comme dans Hibernatus », rigole-t-il (le film avec Louis de Funès).
Celui qui a commencé par être guide-conférencier avant d’atteindre les sommets doit sa réussite à une dernière qualité : la diplomatie, qui est tout le secret des bonnes relations internationales. Alexis Grandin m’apprend qu’il a travaillé auprès d’une ministre des Affaires européennes, qu’il a fréquenté le Quai d’Orsay et le monde des ambassades. Son souhait, c’est que chaque Saint-Quentinois endosse à son tour ce rôle d’ambassadeur, au service du tourisme local. Je laisse sur cette intention notre homme pressé : allez savoir s’il n’a pas un avion à prendre, direction les States ou l’Extrême-Orient !