L’invité de Mousset

freddy

Inlassablement, Emmanuel Mousset poursuit son tour d’horizon des personnalités politiques locales. Cette fois, c’est au tour de Freddy Grzeziczak de se frotter à l’exercice. S’il multiplie les casquettes (maire-adjoint, conseiller départemental, vice-président de l’Agglo), ce chevènementiste de la première heure n’a en revanche aucun parti. Une particularité singulière qui fait de lui un militant orphelin, sans couleur ni oriflamme…

Il y a dix ans, Freddy Grzeziczak n’était presque rien : militant d’un petit parti, candidat faisant à peine 3 %, jamais élu. Aujourd’hui, il est maire-adjoint aux affaires sociales, vice-président à la communauté d’agglomération, en charge de l’habitat, et conseiller départemental. En 2015, Grzeziczak réussit à faire basculer à droite le canton de Gauchy, longtemps à gauche : « C’est ma plus grande fierté ». Dans la rue, les hommes l’interpellent, les dames lui font la bise, tout le monde l’appelle Freddy et il aime ça. Comment a-t-il pu passer, en quelques années seulement, de l’ombre à la lumière ? Ses adversaires lui reprochent sa trahison, son ambition, son opportunisme : quelle est donc sa ligne de convictions ?
Pour répondre, il faut remonter loin, à 1988. Il a 23 ans, un homme le marque, qu’il admire encore aujourd’hui : Jean-Pierre Chevènement. Pourquoi lui ? Parce qu’il aime la France, croit en l’indépendance nationale, n’est pas comme les autres. Freddy Grzeziczak le suit au Parti socialiste, dans la tendance la plus à gauche, « Socialisme et République ». Avec lui, en 1992, il se bat contre le traité de Maastricht. En 1993, c’est la rupture avec le PS, parce que François Mitterrand défend l’Europe, parce qu’il participe à la guerre du Golfe.

« Freddy, ne perds pas ton temps, viens avec nous… »

Saint-Quentin, Freddy, fidèle à Chevènement, est le premier à rejoindre son nouveau parti, le Mouvement des Citoyens. Il lui faut attendre 2001 pour être candidat, au titre du MDC, lors des élections municipales, sur la liste d’union de la gauche, qui échoue gravement, n’obtient que cinq élus, alors que Grzeziczak figurait en… 6e position. Mais là où il l’a très mauvaise, c’est qu’un élu socialiste décide de ne pas siéger, privant Freddy de sa place. Il bataille dans la presse, fait parler de lui, d’autant que la gauche est absente de la scène publique.
En 2002, Grzeziczak s’enthousiasme pour la candidature de Jean-Pierre Chevènement à la présidentielle, un moment important dans sa vie politique, et une petite musique qui monte en lui : il faut rassembler les républicains de tout bord, au-delà de la gauche et de la droite. C’est aussi l’époque où il se présente sous son nom, aux législatives et aux cantonales, avec des résultats très modestes. 2007 est une année difficile : Freddy est déçu par son grand homme, Chevènement soutient Ségolène Royal, c’est un retour dans le giron du PS.
Localement, la droite locale l’aime bien : Freddy Grzeziczak est sympa, il joue au beach volley avec Xavier Bertrand sur la plage de l’Hôtel-de-Ville. XB lui confie : « Freddy, ne perds pas ton temps, viens travailler avec nous, on ne te demande pas ta couleur politique ». Ce qui devait arriver arriva : en 2008, l’ouverture est à la mode, Pierre André lui propose d’intégrer sa liste municipale. Freddy dit oui, une nouvelle vie commence. Il rompt avec son parti, devenu MRC, Mouvement républicain et citoyen. A gauche, certains refusent de lui serrer la main ou lui collent le surnom de « zigzag », à cause de son ralliement. A droite, ce nouveau venu est accueilli froidement. Il n’en a cure : « Je serai jugé sur mes actes ». Il veut être constructif. « Aujourd’hui, tout est oublié, parce que j’ai bossé, je suis resté moi-même ».
Alors heureux, Freddy ? Pas complètement : de 2008 à 2010, il n’est membre d’aucun parti, ce qui est embêtant en politique. Il fait la rencontre de celui qui n’est pas loin d’être un Chevènement de droite : Nicolas Dupont-Aignan. Séduit, il rejoint son mouvement, Debout la République, mais pas pour longtemps : en 2012, il claque la porte, parce que Dupont-Aignan se rapproche du Front national.

Pas de politique jusqu’à 70 ans

Depuis, il est seul, et un peu malheureux : « Je suis un militant, un parti politique me manque ». Freddy est un coeur à prendre, même s’il appartient à deux structures : le « Nouveau Siècle », un club qui réunit les gaullistes de toute sensibilité, « Saint-Quentin d’abord », une association qu’il a créée pour rassembler ses amis.
En attendant, Freddy Grzeziczak s’investit à fond dans ses trois mandats, qui touchent à l’action sociale. « Au Conseil départemental, j’ai pris conscience de la difficulté à gérer une collectivité locale ; et puis, on représente un canton, ça pèse sur les épaules. » Il tient aussi à prouver sa loyauté envers la majorité. Plus question de candidature sauvage : en 2012, il soutient Xavier Bertrand aux législatives, comme il sera au côté de Julien Dive en juin prochain. Une entorse en 2015 ? Il annonce vouloir succéder à XB à la tête de la Municipalité, alors que beaucoup pressentent que Frédérique Macarez est sur les rangs. « Non, j’ai été sollicité, je savais ce que je faisais. Je n’ai rien contre Frédérique. Simplement, elle et moi, on n’a pas le même profil ». Freddy se retirera la veille du scrutin, après que Xavier Bertrand eut fait part de son choix.
Au contact des responsabilités, Grzeziczak a évolué. Il a aussi reçu la lumière ; depuis, il polit sa pierre. Et demain ? « J’ai la pèche, mais je ne ferai pas de la politique jusqu’à 70 ans ». Son footing le long du canal, quatre fois par semaine, entretient ce grand sportif. Il a quelques cheveux blancs, et 50 ans : toute une vie devant lui.