L’invité de Mousset

Inlassablement, Emmanuel Mousset poursuit ses rencontres avec celles et ceux qui façonnent l’histoire de notre ville. Et c’est en musique qu’il a choisi d’achever l’année avec Maxime Fabbri, le pétillant « drum major » de la Vaillante Show & Marching Band. Un chef d’orchestre qui, sans fausses notes, porte haut les couleurs de la fanfare saint-quentinoise, dont la réputation a largement dépassé nos frontières…

Finissons l’année en fanfare :
Maxime Fabbri est drum major de la Vaillante Show § Marching Band depuis début 2022. En tête du groupe, il est reconnaissable à sa plume blanche sur le shako et à sa canne à hauteur d’épaule qui lui permet de guider les musiciens : « Je suis un chef d’orchestre amélioré. » Celui qui porte l’image bleue et rouge de Saint-Quentin à travers la France et bien au-delà habite près de Valenciennes où il est né et travaille à Maubeuge, réparateur de machines dans les abattoirs. Passionné, en une heure de route il rejoint notre ville le mercredi pour les répétitions et le week-end pour les prestations.
à 6 ans, conseillé par son père, Maxime se met à la trompette et prend goût à la musique militaire. Il apprend à défiler, à se mouvoir dans la batterie fanfare. L’école de musique est près de chez lui. Mais il s’entend dire qu’il ne réussira jamais dans son instrument parce que ses lèvres sont trop grosses. à 8 ans, on l’oriente vers le tuba. Il ne faut pas toujours écouter ses professeurs : à 11 ans, Maxime se remet tout seul à la trompette, offerte par son père. Puis une opportunité se présente, cinq années plus tard : la direction de l’orchestre lui est confiée pour une décennie.

Dans un documentaire sur W9 et une publicité pour Canal +

Très vite, Maxime Fabbri comprend que la fanfare n’attire plus guère les jeunes, pâtit d’une réputation ringarde. Au Touquet, il est impressionné par un groupe qui vient de Saint-Quentin et qui s’appelle « la Vaillante ». C’est décidé : il transforme sa fanfare en showband. Mais la rencontre l’a marqué : Saint-Quentin est n°1 en France dans le genre, il aspire à rejoindre l’équipe et réalise son rêve en 2019. Trois ans après, la place de drum major se libère : Maxime Fabbri est doué et motivé, les musiciens l’apprécient, ils lui font l’honneur de les représenter.
Qu’est-ce qui pousse ce jeune homme à donner bénévolement de son temps pour la Vaillante, à s’exposer devant un public nombreux ? « Je deviens quelqu’un d’autre, je suis transcendé, les applaudissements me donnent des frissons. » Car la Vaillante est un spectacle unique qui frappe les esprits. Son secret n’est pas de jouer seulement pour mais avec le public, l’impliquer, le surprendre. Les spectateurs ne s’y trompent pas : ils en redemandent, se mêlent aux musiciens pour des selfies, se coiffent de leur shako après que Maxime Fabbri ait lancé son fameux « relax », équivalent du « repos » chez les militaires. Son chorégraphe dit de lui : « Tu es la télécommande de la Vaillante ! » Mais la spontanéité apparente est le résultat de trois heures de travail hebdomadaires. Le groupe impressionne les foules : sa démarche mécanique autant que ses mouvements inattendus, ses airs à succès étonnent et séduisent.
La Vaillante est très sollicitée et ne peut répondre à toutes les demandes. Maxime a vécu des moments inoubliables, en faisant reprendre la Marseillaise à 15 000 personnes pour la finale de la coupe de France de basket à Bercy, en participant à l’émission de Kamini sur France 3, en intervenant dans un clip de Michaël Youn ou à l’anniversaire de Cauet. Même le Qatar a voulu nos Saint-Quentinois pour le Mondial de foot, mais l’organisation ne s’y prêtait pas. Les médias nationaux sont intéressés : prochainement, W9, dans son émission « Enquête d’action », va diffuser un reportage sur la Vaillante, ainsi que Canal+ dans une publicité pour le film « Les Tuches ».
Le succès a beau être au rendez-vous depuis plusieurs années, il faut sans cesse innover, renouveler le répertoire. Pas de problème pour Maxime : « J’ai un côté créatif, même dans mon travail, l’amélioration des machines ! » Le Marching Band est une discipline qui vient des Etats-Unis et qui ne fait que commencer à se développer en France. Il n’existe pas d’école pour l’enseigner. Qu’à cela ne tienne : l’ambitieux Maxime Fabbri a créé la sienne, au sein de la Vaillante, qui accueille pour le moment une quinzaine d’élèves. « Nous donnons des cours de solfège et d’instrument. Il est possible mais pas facile d’entrer. Une fois acceptée, chaque personne est bien accompagnée. » En 2022, l’Etat a reconnu l’importance de cette activité musicale en lançant un plan fanfare assorti de subventions.
La Vaillante a un siècle d’histoire et a vécu toutes les évolutions de notre société. Créée en 1907 par deux abbés, son caractère est confessionnel. Puis elle se sécularise au fil du temps. Dans les années 60, elle intègre un groupe de majorettes qui s’arrête en 1994, parce que la mode est passée. Ces années 90 opèrent une véritable révolution dans le groupe : nouveau costume bleu et rouge, transformation en orchestre de parade ou showband, ouverture à la variété française et américaine, intégration au Tattoo.
Les 32 musiciens sont de tous âges et professions. Ils recrutent jusqu’à Amiens et comptent dans leurs rangs deux Belges. A l’étranger, leurs couleurs les associent non seulement à Saint-Quentin mais à la France. Grâce à l’internet, leur notoriété est devenue mondiale, avec des fans un peu partout. Le plus bel hommage qui leur est rendu est d’avoir été imités : Maxime Fabbri a découvert par hasard dans une vidéo un copié-collé de la Vaillante, même costume, même chorégraphie, le Banda Placido Camilo Crous en Colombie !
Maxime et ses amis n’ont pas fini de briller au milieu de leurs supporters. Qui sait si un regard parmi des milliers d’autres ne va pas s’attacher à notre drum major ? Ce célibataire de 31 ans en bel uniforme reste un cœur à prendre. La musique et l’amour vont bien ensemble…