L’invité de Mousset

Comme tous les mois, Emmanuel Mousset poursuit ses rencontres avec celles et ceux qui façonnent l’histoire de notre ville. Cette fois, zoom sur Jean-Luc Le Buzullier, l’incontournable président du club Pom Photo. Un insatiable touche-à-tout qui, des fourneaux à l’informatique,
s’est toujours donné pour objectif d’aller au bout de ses passions…

 

Jean-Luc Le Buzullier est né à Montivilliers, près du Havre. Elève médiocre au collège, son père, conseiller municipal, l’avertit : « Pas question de rester à la maison à ne rien faire ». L’adolescent de 17 ans cherche en vain à être mécano ou routier. C’est en passant devant une charcuterie que le sort en est jeté : embauché comme apprenti, il obtient son CAP de charcutier-traiteur en bon élève cette fois !
Vient le temps du service militaire, en 1980 : le conscrit Le Buzullier est affecté à La Fère, qu’il pense être un port de mer puisqu’il est intégré au 44ème régiment d’artillerie de marine (RAMa). Saint-Quentin ne lui évoque que la série télévisée « Quentin Durward » quand il était gamin. Mais il apprend vite à connaître la région en faisant des virées avec ses potes de chambrée dans les boîtes le samedi soir.
Jean-Luc y rencontre sa première épouse, qui l’incite à s’installer à Saint-Quentin après son armée. Dans les années 80, il y a 21 charcutiers en ville : Vitasse, rue de Bellevue, le recrute. En 1989, la boutique ferme, Le Buzullier ouvre la sienne à Etreillers et tient trois ans seulement : « La Picardie n’est pas une région à charcuterie, à la différence de la Sarthe ou de la Normandie. » Pas découragé, il passe plusieurs concours administratifs et réussit celui de cuisinier, où il finit 2ème sur 140 candidats.

Le geek apprend sur le tas et se débrouille très bien…

Travaillant en établissement scolaire, il est depuis 20 ans second de cuisine à l’EREA, chemin de Neuville. Pour fêter sa réussite au concours, Jean-Luc Le Buzullier s’offre un ordinateur. C’est le début d’une longue passion, en ces années 90 où l’internet n’existe pas encore. Le geek apprend sur le tas et se débrouille très bien. En 1996, à l’occasion de la Fête de la science, il rejoint le club informatique POM et s’investit dans la vie associative, en créant plusieurs sites sur la toile qui vient d’apparaître. « Scaramouche » est l’un d’entre eux, consacré à l’histoire du lycée Henri-Martin, où Jean-Luc a longtemps travaillé, élargi ensuite à l’origine des noms de rues. « La Voix du Nord » le contacte, croyant qu’il s’agissait du site officiel de la Ville !
Depuis, l’internet s’est développé et Le Buzullier a œuvré pour plusieurs associations, commerçants et la Municipalité. C’est un hyperactif, curieux de tout et bénévole dans l’âme, caractère qu’il doit à son père, investi dans les années 50 auprès des chiffonniers d’Emmaüs, en compagnie de Pierre Bellemare et de l’abbé Pierre. C’est plus fort que lui : en vacances à Borme-les-Mimosas, Jean-Luc compose le site du camping où il réside.
POM n’a pu que remarquer un adhérent aussi engagé, dynamique et médiatique : elle en fait son président en 2000 et renouvelle son mandat jusqu’à aujourd’hui. Au départ, l’activité informatique attirait surtout les jeunes grâce aux jeux vidéo. Jean-Luc Le Buzullier organise à Fervaques une compétition en réseaux qui attire des participants de la France entière. Aujourd’hui, l’internet se pratique à domicile et investit le quotidien : c’est un public plus âgé qui apprend à le maîtriser, par goût ou par nécessité.
L’autre passion de Jean-Luc Le Buzullier, c’est la photo. En 2004, à l’occasion de la construction du site des Miss Picardie, le président du Comité, Marc Santerre, lui demande de photographier les belles partout en France où elles défilent, jusqu’à « Studio Gabriel », l’émission de Michel Drucker. Au début, Jean-Luc s’équipe d’un bridge, qui convient aux poses. Mais pour les shootings, il achète un reflex, lorsque la Saint-Quentinoise Rachel Legrain-Trapani devient miss France en 2007 : l’œil du photographe avait repéré un an plus tôt, lors de sa sélection à Ribemont, qu’elle serait appelée à un destin national.
Du côté du club POM, le président crée en 2012 une branche « photographie », puisque le numérique touche désormais l’activité. Jean-Luc Le Buzullier ne partage pas l’avis des puristes qui refusent cette conversion : « La photographie a toujours évolué, de la plaque à l’argentique ; le numérique offre de nouvelles possibilités. » L’association s’efforce de les développer auprès de ses adhérents. « Je ne suis ni artiste, ni photographe professionnel mais un amoureux de la photo, un touche-à-tout qui s’intéresse autant aux portraits qu’aux paysages ou aux animaux », explique Jean-Luc Le Buzullier. Ne vous étonnez pas de le retrouver à quatre pattes dans le parc d’Isle, l’objectif fouillant l’herbe à la recherche d’insectes : « c’est la macrophotographie, elle nous fait découvrir un monde ignoré. »
Le Buzullier a traîné un temps son appareil dans le monde très fermé des clubs Harley-Davidson : biker sans permis ni tatouage, il a suivi, sur la selle arrière, les rassemblements de motards en Europe ou bien s’est occupé de la communication des « Americ’Aisne Show ». Ses photos ont été publiés dans un magazine international. C’était avant d’entrer dans le monde plus reposant des Miss… Le cancre du Havre a pris sa revanche sur l’école : dans sa ville d’adoption, il est parmi les premiers de la classe au sein du monde associatif. Le cuistot a su sortir de ses fourneaux, prouver qu’un homme ne se réduit pas à son métier, qu’il peut exceller dans des univers très différents.