L’invité de Mousset

Tout lasse, tout passe… sauf les rencontres d’Emmanuel Mousset avec celles et ceux qui façonnent l’histoire de notre ville. Première personnalité de l’année à prendre la pause café, voici Laurent Dubois, un homme d’affaires qui joue volontiers les globe-trotters. Dubois… à la pierre, il n’y a qu’un pas que n’a pas hésité à franchir celui qui, sans langue de bois, affiche un goût marqué pour l’immobilier. Mais qui se cache derrière la façade ?

« Je ne suis pas venu pour parler d’argent. » Allons bon ! Mon premier invité de l’année (meilleurs vœux à tous) est pourtant un homme d’affaires, même s’il n’aime pas ce terme. Le Saint-Quentinois Laurent Dubois a récemment inauguré sa dernière acquisition, l’immeuble de la Banque de France, rue d’Alsace. Tout un symbole ! « Je suis millionnaire en dettes », plaisante-t-il. Laurent Dubois est doté d’un solide bon sens : « L’argent ne fait pas manger plus de trois repas par jour. » Sa motivation, il faut la chercher ailleurs.
Son père était chef d’entreprise dans le Minitel. Au lycée Henri-Martin, le jeune Laurent choisit la série économique. Un peu par hasard, il étudie le russe. Puis il poursuit ses études dans une école de commerce, à Cergy-Pontoise. Où fait-il son stage ? En Russie, bien sûr ! Nous sommes en 1992, Laurent Dubois a 20 ans et le pays est en pleine « perestroïka » : l’ex-URSS s’ouvre au monde. Laurent est un réactif, un mélange d’audace et de prudence : encore étudiant, il crée sa première entreprise, qui grossit assez vite, ce qui lui permet de la revendre et d’investir dans l’immobilier. L’aventure commence, Laurent Dubois a trouvé sa voie.

« Il n’y a pas de bons patrons sans bons collaborateurs »

Mais quel est son métier exactement ? Il en a plusieurs en un seul : « développeur ». « Je fais du conseil aux entreprises, j’aide les industriels à vendre, je suis dans l’import-export. » Malgré les apparences, c’est une activité très concrète : notre développeur s’implique dans la pierre, les belles bâtisses, le patrimoine. Même s’il passe une bonne partie de son temps en avion (« jamais en première classe, je ne suis pas assez fatigué pour ça »), destination l’Europe centrale ou l’Asie, c’est un homme qui a les pieds sur terre. Il aurait pu vivre à Paris ou à Moscou, il a préféré rester dans sa ville natale et contribuer à son développement, aménageant l’immeuble Pasdeloup, l’ancien Trésor Public et la Banque de France en appartements de haut standing. Un nouveau projet est en vue, visant cette fois l’habitat des cadres et des classes moyennes. « J’aime Saint-Quentin, m’y promener, faire mon marché, conduire les enfants à l’école. »
Sa boîte, la Compagnie Française de Diffusion, emploie cinq salariés et regroupe six sociétés. « Il n’y a pas de bons patrons sans bons collaborateurs. Je suis parfois l’assistant de mon assistante. » Quelles sont les ressorts d’une telle passion ? « J’ai un problème, je me lasse très vite, j’ai besoin de repartir sur autre chose. » Laurent Dubois se définit par ce paradoxe : « Besogneux et créatif ». Sa finalité ? Prendre du plaisir, comme lorsqu’il signe un contrat en Ukraine avec l’équivalent de nos Galeries Lafayette. Quelles qualités faut-il ? « Le savoir-faire commercial, l’art de la négociation, avoir un bon réseau à l’étranger, aimer les produits qu’on vend, parler plusieurs langues… »
Très bien, très bien, mais Laurent n’aurait-il pas « le Blues du businessman », chanté en 1978 par un certain Claude… Dubois, dans l’opéra rock Starmania, repris à la télévision par Bernard Tapie ? Pas vraiment, même si « J’aurais voulu être un artiste » lui parle. Car c’est un esthète à sa façon, qui est fier de me montrer, sur son smartphone, que les portes coupe-feu de la Banque de France peuvent être belles, redessinées avec des moulures ! Et savez-vous ce qui se cache dans les sous-sols ? Des brassées de fleurs, qu’il préfère, en poète, appeler intemporelles plutôt qu’artificielles. Elles sont importées d’Asie, composées à Saint-Quentin et exportées dans le monde entier, notamment pour décorer les bateaux de croisière.
« J’aurais voulu être un artiste… » Laurent Dubois consacre régulièrement 30 minutes par jour au piano et au chant, qu’il a appris à la Ritournelle, place du marché. Il aime s’évader en famille, sur un petit voilier. « La politique, ça m’emmerde. » Mais quand ses enfants ramènent des préjugés sur les migrants, il part avec eux au Togo, pour leur montrer la misère du monde et répudier toute stigmatisation. à Tbilissi, en Géorgie, une mamie fait la manche, Laurent lui donne généreusement. Ce n’est pas parce qu’on est un homme d’affaires qu’on a un coffre-fort à la place du cœur…