L’invité de Mousset

Nouvelle rencontre pour Emmanuel Mousset qui, tous les mois, invite une personnalité de la ville à se dévoiler. Cette fois, c’est au tour de Jean-Paul Lesot, alias Monsieur Micro, de revenir sur son parcours. Un chemin volontiers sinueux, marqué par la foi, le scoutisme, l’humour et la vie de palace ! Qui l’eût cru ? En sa prime jeunesse, notre Bouffon fut même un « rebelle » épinglé par le Figaro…

C’est la voix la plus connue de Saint-Quentin, l’été sur la plage de l’hôtel de ville, l’hiver au marché de Noël. C’est aussi le bouffon qui règne pendant trois jours de fêtes à la Pentecôte : Jean-Paul Lesot, bien sûr, alias monsieur Micro (monsieur Sucette, à l’origine). Mais qui connaît la vie de l’homme qui rit ? Allons voir ce que son humour cache.
Son enfance est heureuse et pieuse, entre des parents aimants, Lucien et Louise, qui tiennent une station-service en bas de l’avenue Faidherbe, et une scolarité à Saint-Jean, avec les conseils de l’abbé Marchandise. Sa foi chrétienne est en béton, jusqu’à aujourd’hui : « J’ai la chance d’être un garçon assez simple », explique-t-il. Qui imaginerait, d’emblée, le bouffon de la ville en homme de prières ? Dévot mais pas bigot : quand il rate un office, il n’en fait pas tout un foin. « Aider quelqu’un, ça vaut une messe. » Ce qu’il reproche aux catholiques ? « Dans l’église, on n’a pas des gueules de ressuscités, on fait peur. » Le rire est pour lui une preuve de l’existence de Dieu.

Assistant de direction au Plaza Athénée

Le goût de la plaisanterie n’empêche pas le drame. à 11 ans, le petit Jean-Paul frôle la mort, frappé par une péritonite aiguë. Ses parents font venir des Etats-Unis un coûteux médicament. Mais l’enfant ne se départit pas de sa bonne humeur : « Quand on est gravement malade, tout le monde s’occupe de vous. » Le malheur s’invite à nouveau, beaucoup plus tard : deux AVC font craindre à monsieur Micro de perdre la parole. Il s’en sort : « L’optimisme, c’est la moitié d’une ordonnance. »
La foi religieuse de Jean-Paul Lesot passe par l’engagement dans le scoutisme, où il gravit tous les échelons, devenant en 1992 responsable départemental d’un millier de jeunes garçons. Ce n’est pas qu’une passion de jeunesse : il porte le chapeau et la culotte courte jusqu’à 50 ans. « Scout un jour, scout toujours ! » Que lui a appris le mouvement de Baden-Powell ? « à vivre ensemble et à se démerder. J’ai beaucoup donné, mais ça m’a beaucoup apporté. »
Son meilleur souvenir, c’est le jamboree au Canada, en 1955, à l’âge de 16 ans. Dans ce rassemblement mondial de 10 000 scouts qui dure un mois, il campe près des chutes du Niagara, participe à des jeux de piste le long du Saint-Laurent : un bonheur total, qu’il évoque 63 ans plus tard avec les yeux qui brillent. Et puisqu’ils se trouvent à 600 km, lui et quelques copains font une virée à New York visiter les gratte-ciel ! à la veillée, autour du feu, chaque troupe entonne son hymne national. Quand les petits Anglais commencent le God save the Queen, les petits Français et leurs amis Québéquois chantent très fort l’hymne canadien, que Jean-Paul Lesot connaît encore par cœur. Le scandale est énorme, les meneurs sont renvoyés en France, le Figaro titre : « Mauvaise conduite des scouts français ». Qui savait que notre bouffon avait été un rebelle ?
Après sa scolarité, Jean-Paul Lesot entre à l’EDHEC, la grande école de commerce, qui le conduit à devenir assistant de direction dans le palace parisien Plaza Athénée, pendant quatre ans : « Les plus belles années de ma vie professionnelle. » Il croise le président américain Gerald Ford, une chaussure à la main, à la recherche d’un cordonnier, ou bien le couple Burton-Taylor dans un triste état, non loin du bar. De retour à Saint-Quentin, en 1969, Lesot entre à la clinique Saint-Claude pour s’occuper du personnel. Dix ans plus tard, il revient à la restauration, chargé de l’accueil au « Pichet », en bas du boulevard Gambetta (actuellement « Chez Georges »). Un soir de Saint-Sylvestre, le chansonnier Jacky Tabar lui passe le micro : un ancien scout, ça sait se débrouiller, doit-il penser. Gagné ! Jean-Paul Lesot entame une nouvelle carrière, qui le conduit à la tête des Fêtes du Bouffon et en fait l’animateur quasi officiel de la Ville.

« Docteur » pour les hommes, « Ma cousine » pour les dames

L’humeur à froid lui vient de son père Lucien. Il se sent proche de Laurent Gerra. Son gimmick pour accrocher les passants : « Docteur » pour un homme, parce que le titre est flatteur, « Ma cousine » pour une dame, parce qu’on a tous une cousine quelque part. Au final, que cache cet éternel blagueur ? Une timidité d’enfant, jusque dans ses 79 ans. « Bonne journée, docteur », lâche Jean-Paul Lesot en me quittant. Le mot pour rire, c’est plus fort que lui.