Les culottes à l’assaut de Matignon

Jean Castex serait-il devenu un kilotaphile ? Autrement dit, un collectionneur de petites culottes ? Voilà une information qui pourrait prêter à sourire si Matignon l’avait confirmée. Or, c’est bien évidemment à son corps défendant que le Premier ministre s’est retrouvé en possession d’une ribambelle de sous-vêtements féminins ! A l’origine de cette situation insolite, un collectif de magasins de lingerie qui, courant avril, a décidé via les réseaux sociaux de monter une opération coup de poing baptisée « l’action culottée ». L’objectif ? « Faire entendre notre voix en rappelant au Premier ministre que les boutiques de lingerie, et plus généralement de prêt-à-porter, n’en peuvent plus d’être désignées comme non essentielles », explique Mélinda Locheron, gérante depuis vingt ans d’Elodie Lingerie, une enseigne établie à Laon. Pour marquer le coup, pas question de faire dans la dentelle ! Et c’est ainsi que nos vendeuses de dessous chics et chocs ont décidé d’envoyer des petites culottes à Jean Castex qui, aux dernières nouvelles, en a reçu plus d’une centaine en provenance de toute la France. « La plupart des boutiques de lingerie sont tenues par des femmes qui, avec les fermetures obligatoires, se sont retrouvées du jour au lendemain privées de revenus, déplore Mélinda Locheron. Non seulement les commerçants n’ont pas droit au chômage mais ils doivent faire face à toutes leurs charges fixes : loyer, fournisseurs, électricité… En plus, dans le domaine de la lingerie, nous sommes obligés de disposer d’un stock important, généralement entre 150 000 et 170 000 € de marchandises. Ce qui pèse lourdement sur notre trésorerie. » Le 19 mai, tous les commerces qualifiés de non essentiels ont poussé un « ouf » de soulagement en obtenant l’autorisation de rouvrir leurs portes. Mais tous savent qu’une épée de Damoclès va continuer à menacer leurs têtes en cas de rebond de la pandémie. « Ce qu’on souhaite, c’est que le gouvernement tire des leçons de la crise sanitaire en prenant conscience que dans nos magasins, nous sommes à même de faire respecter les gestes barrières. Le risque n’est certainement pas plus élevé dans une petite boutique comme la mienne que dans une grande surface, d’autant qu’on peut aussi recevoir sur rendez-vous », insiste Mélinda Locheron.
Au fait, que sont devenues les dizaines de culottes envoyées à Matignon ? A condition d’être « made in France », peut-être ont-elles été transférées au service du Mobilier national, comme c’est le cas pour tous les « cadeaux » reçus par les ministres…