L’eau, l’Aisne, la vie Le département mise gros sur le tourisme fluvestre

Le 1er octobre dernier, c’est dans un salon de la préfecture qu’a été signé le « plan d’action 2020-2024 en faveur du développement du tourisme fluvestre dans l’Aisne », en présence notamment de Nicolas Fricoteaux, le président du conseil départemental. Une initiative qui devrait rapidement trouver son rythme de croisière mais qui, au préalable, mérite qu’on sorte compas et sextant pour bien comprendre le mot « fluvestre ». Imaginé par l’administration des VNF (Voies navigables de France), ce curieux néologisme est né de l’association des termes « fluvial » et « pédestre ». Un terme qui, désormais, englobe l’ensemble des activités touristiques et de loisirs se pratiquant sur et le long des fleuves et canaux :
tourisme fluvial, rando pédestre ou à vélo, paddle, kayak… »Le fluvestre s’inscrit dans l’aspiration croissante à des formes de tourisme plus douces, proches de la nature et respectueuses du patrimoine », nous indiquent ainsi les services de la préfecture.
Insuffisamment exploité, excepté peut-être en Thiérache, l’Aisne dispose d’un très fort potentiel dans le domaine fluvestre avec le deuxième réseau navigable de France après le département du Nord ! Au total, ce sont pas moins de 315 km de voies navigables qui sillonnent le département, réparties entre quatre canaux, dont celui de Saint-Quentin, et deux rivières (l’Aisne et la Marne). A cela s’ajoutent 118 écluses, 3 tunnels fluviaux et 153 maisons éclusières.
Le hic, c’est que ce réseau est par endroit vieillissant, à l’image du tunnel de Riqueval qui, à terme, devra nécessiter des travaux pour maintenir la navigabilité sur le canal de Saint-Quentin. En outre, les sites touristiques sont disséminés sur le territoire sans logique de parcours ni véritable cohérence d’ensemble. Autre point faible : le département ne compte qu’une dizaine de haltes fluviales et deux ports fluviaux (Saint-Quentin et Soissons), dont les niveaux d’entretien et d’équipement sont très hétérogènes. Peu de bases nautiques, une seule offre de bateau-promenade, hébergements insuffisants sont autant d’écueils qu’il faudra surmonter pour parvenir à développer le tourisme fluvestre. D’où l’intérêt du plan d’action qui vient d’être signé et qui, porté par un comité de pilotage, vise à mettre en réseau l’ensemble des projets portés à l’échelle départementale. Au total, trois axes d’action ont été définis. Il s’agit ainsi d’améliorer la qualité des infrastructures fluvestres, renforcer l’intérêt et la visibilité touristique de l’Aisne fluvestre, et enfin développer les équipements et activités touristiques. Quinze actions concrètes ont été définis à travers ces trois axes, dont deux concernent directement notre territoire. Il est ainsi question de réaménager le port de Saint-Quentin, pour l’instant très peu valorisé. Il est également question de raccorder le canal de Saint-Quentin au canal de la Somme, permettant le déploiement de véritables boucles touristiques.

Trois questions à Frédérique Macarez

Le développement du tourisme fluvestre, vous y croyez ?
– F. Macarez : « Bien sûr, d’autant que cela peut devenir un véritable atout pour l’Agglo du Saint-Quentinois. On a trop souvent tendance à oublier que l’Aisne est le deuxième département en nombre de voies d’eau et de canaux. Cela peut devenir un véritable élément identitaire attractif pour les touristes. La Thiérache est d’ailleurs en avance dans ce domaine. Mais de manière générale, toutes les intercommunalités ont envie de travailler sur le développement du tourisme fluvial, fluvestre et vert. Au sein de l’Agglo, nous avons la chance d’avoir Stéphane Linier, vice-président en charge du domaine fluvial, très en pointe dans ce domaine. »

A Saint-Quentin, le tourisme fluvial passera nécessairement par l’aménagement du port…
– F. Macarez : « Il faut impérativement que le port soit en mesure d’accueillir davantage de bateaux de plaisance, dans un cadre agréable, avec des espaces beaucoup plus verdoyants. Ni l’Agglo, ni la Ville n’étant propriétaire des lieux, des négociations sont en cours avec les VNF. Se pose la question de la dépollution du site et de la démolition d’espaces qui sont aujourd’hui très abîmés. La question du financement reste importante. Cela va être long. Disons qu’on est dans le moyen terme avant qu’un projet n’aboutisse. »

Autre projet d’envergure : le raccordement du canal de Saint-Quentin à celui de la Somme…
– F. Macarez : « C’est un très beau projet porté par le conseil départemental de la Somme, qui devrait permettre de rallier Saint-Quentin à Saint-Valéry-sur-Somme et donc à la Manche. Un projet qui devrait largement profiter à notre territoire, mais aussi aux communautés de communes du Pays du Vermandois et du Val de l’Oise… »