Le patron du splendid tire sa révérence

Après avoir veillé sur près de 2 000 levers de rideau, Axel Dunesme s’apprête à tirer sa révérence. Fin de partie pour celui qui, vingt-trois ans durant, aura dirigé d’une main de velours le Splendid. C’est en 1999 qu’a débuté l’aventure avec, cette année-là, l’ouverture à Saint-Quentin de la plus grande salle de spectacle de l’Aisne : 1 131 places assises et jusqu’à 1 394 places en configuration assis-debout. Une fierté pour le maire de l’époque (Pierre André) mais aussi un nouveau départ pour Axel qui, après des années passées dans l’univers du spectacle en tant que technicien intermittent, va enfin pouvoir poser ses valises. « C’est Colette Di Marco qui m’a recruté. Elle était alors directrice de la culture et on se croisait très souvent sur des manifestations régionales, notamment le festival des cathédrales. »
Nommé directeur technique du Splendid, Axel Dunesme va tout de suite prendre très à cœur sa nouvelle mission : « Pour mener à bien un spectacle, il faut être prêt le jour J, à l’heure H. Chaque spectacle est un challenge et on doit pouvoir faire face à toutes les situations. L’avantage, c’est qu’il n’y a jamais de monotonie dans notre métier. » Ce qui n’empêche pas Axel d’avoir ses préférences : « J’aime les spectacles de danse et de cirque qui nous demandent de vraies compétences techniques. Même chose pour les pièces de théâtre. Par contre, le showbiz, c’est souvent moins intéressant. » Mais qu’entend-il par showbiz ? « Tous ces artistes de variétoche qui arrivent le matin et repartent le soir même. Ils t’envoient leur fiche technique qu’il faut suivre à la lettre, un point c’est tout. Disons que cela manque un peu de fantaisie et d’improvisation. » S’il reconnaît avoir très peu d’atomes crochus avec la variétoche, le rock continue à le faire vibrer. Et puis, il y a ces artistes avec qui il a, au fil des années, noué une relation privilégiée : Thiéfaine, Bénabar ou encore Jane Birkin. Chanteurs, comédiens, humoristes, musiciens… Il en a vu passer des centaines avec à la clé de bons et de moins bons souvenirs. Au rayon des anecdotes, voici Eric et Ramzy qui, pour avoir un peu trop fait la fête la veille, ont dû annuler à la dernière minute leur spectacle à Saint-Quentin. « Pas facile d’expliquer ça au public qui était déjà dans le hall du Splendid. »
Axel se souvient aussi de ce chanteur pour dames qui avait exigé qu’on place dans sa loge deux bouteilles de Bordeaux. Mais pas n’importe lesquelles ! « Comme on ne trouvait pas à Cora ou Monop’ le vin qu’il réclamait, on s’est renseigné auprès d’un caviste. Chaque bouteille valait 1 000 € !
Mais on ne s’est pas laissé faire. » Et c’est ainsi que notre chanteur à l’italienne a dû se contenter de deux bouteilles à 20 balles qui ont dû lui rester en travers de la gorge… Vingt-trois ans après avoir organisé son tout premier spectacle au Splendid (« c’est Pascal Brunner qui avait été chargé d’essuyer les plâtres »), Axel Dunesme prendra officiellement sa retraite en avril prochain. De quoi le rendre plus présent auprès des siens, à commencer par ses petits-enfants. Mais à 62 ans, Axel reconnaît volontiers avoir gardé une âme d’enfant. Ce qui fait briller ses yeux ? « Les trains ! A tel point que j’ai décidé de rejoindre l’association du P’tit train de la Haute-Somme où je vais m’occuper de la maintenance du matériel. » Mais d’où lui vient cette passion pour les rails ? « J’ai eu un grand-père qui a été chef de gare en Meurthe-et-Moselle mais aussi en Afrique. C’est peut-être lui qui m’a transmis le goût des trains. »
Après les velours rouges du Splendid, place donc aux chemins de fer. Nul doute qu’Axel est déjà prêt pour un nouveau départ…