Le ministre des PME face aux petits patrons

Répondant à l’invitation de Frédérique Macarez, Alain Griset, ministre délégué aux Petites et Moyennes Entreprises (PME), s’est déplacé le 29 octobre dernier à Saint-Quentin, au palais de Fervaques, pour rencontrer le patronat local. Si son nom ne dit rien au grand public, ce Nordiste de 67 ans est loin d’être un inconnu dans les Hauts-de-France, où il a notamment été président de la Chambre de métiers et de l’artisanat du Nord-Pas-de-Calais. « Vous connaissez très bien Saint-Quentin et c’est un peu à la maison que nous vous accueillons », a souligné Frédérique Macarez, entourée d’une trentaine d’entrepreneurs axonais. « Ici, les entreprises de petite taille pèsent de façon importante dans l’emploi local, a insisté le maire. Avec la crise économique que nous traversons, beaucoup de questions se posent concernant le chômage partiel, les charges ou encore le remboursement des prêts garantis par l’Etat (PGE). » Répondre à ces interrogations, c’était précisément l’objet du déplacement d’Alain Griset qui, dans un premier temps, a rappelé qu’il fallait « tout faire pour que cette cochonnerie de virus puisse un jour nous lâcher et permettre à l’économie de retrouver le niveau qu’elle avait en février dernier. » Soit avant la période de confinement qui s’est révélée désastreuse pour bon nombre d’entreprises.
Qu’ils œuvrent dans l’automobile, le bâtiment ou l’industrie, qu’ils soient travailleurs indépendants ou qu’ils exercent une profession libérale, les chefs d’entreprise ont tour à tour fait part de leurs préoccupations au ministre qui, dans l’ensemble, a voulu se montrer rassurant : « Au 30 septembre, on n’a pas plus de défaillances que dans une année normale. On a même enregistré davantage de créations d’entreprises. » Et le ministre de rappeler que le plan de relance de 100 milliards d’euros lancé le 3 septembre dernier par le gouvernement allait largement profiter aux PME. A condition toutefois que celles-ci résistent à la crise, comme l’a rappelé Charles Colvez, le patron de Duperrier Industrie : « On parle d’une reprise non pas en 2021 mais en 2023. Si le chômage partiel n’est pas reconduit, on va fermer. » Une épée de Damoclès qui, aujourd’hui, menace bon nombre d’entreprises.
Loin de faire l’objet de toutes les critiques, l’Etat apparaît désormais comme le principal allié des entrepreneurs. A l’inverse, d’autres acteurs économiques ont été la cible de violentes critiques, à commencer par le secteur bancaire. Un doigt accusateur, en l’occurrence celui d’Eric Norel, est venu remuer le couteau dans la plaie : « C’est difficile d’entreprendre en France. Quand les jeunes vont voir les banques, ils obtiennent une fin de non-recevoir. La position attentiste des banquiers est à l’opposé de l’action du gouvernement, des élus régionaux et locaux. Le PGE, c’est fantastique. Mais quels risques ont pris les banques ? Aujourd’hui, ce sont juste des comptables qui privilégient le risque zéro. » Refusant de tirer à boulets rouges sur le secteur bancaire, Alain Griset s’est en revanche lâché contre l’assurance-crédit : « Un assureur qui se contente d’assurer quand tout va bien, ça ne sert à rien. » De fait, rares sont les entreprises en France à avoir été indemnisées pour leur perte d’exploitation. Un constat accablant pour les assureurs, qui ont notamment « lâché beaucoup d’indépendants », comme l’a souligné le député Julien Dive.
Egalement présent, Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France, a pour sa part demandé au ministre que « la médiation du crédit intervienne comme tiers, notamment pour traiter le moratoire bancaire. » Une demande à laquelle semble avoir été sensible Alain Griset, d’autant qu’il y a urgence : depuis la mi-mars, les banques avaient accordé un moratoire sur les crédits des entreprises. Lequel a pris fin en septembre, entraînant de nouvelles difficultés pour les structures les plus fragiles.
Xavier Bertrand est également monté au créneau pour défendre le sort des indépendants : « Pour eux, le système d’assurance chômage, c’est une blague ! Ce sont des gens qui n’ont rien. Il est impératif de mettre en place un réel système d’indemnisation et de formation pour les indépendants qui ont dû cesser définitivement leur activité. » Sera-t-il entendu ? La balle est dans le camp du gouvernement…