Le BREXIT vu par un St-Quentinois

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Le 29 mars dernier, la Grande-Bretagne a activé l’article 50 du traité de Lisbonne, amorçant du même coup le processus de sortie de l’Union européenne. Messieurs les Anglais, tirez-vous les premiers ! Reste toutefois à savoir si les quelque 300 000 Français établis outre-Manche ne vont pas payer les pots cassés. Parmi eux, Benoît Dudebout. Cet avocat de 30 ans, originaire de Saint-Quentin, travaille et vit à Londres.  Il nous livre son analyse sur les conséquences du fameux Brexit…

Comment avez-vous été amené à vous établir à Londres pour y travailler ?
Benoît Dudebout : « Je travaillais jusqu’alors à Paris dans un cabinet d’avocats international lorsqu’un groupe suédois, spécialisé dans les jeux et les paris en ligne, m’a proposé en juin dernier un poste à Londres. Je n’ai pas hésité longtemps parce qu’il s’agissait-là d’une très belle opportunité professionnelle. Au mois de septembre, j’ai donc traversé la Manche pour occuper un poste d’avocat fiscaliste au sein de ce groupe. »

Et ce, malgré le Brexit qui date du 23 juin…  
Benoît Dudebout : « Ma décision d’aller vivre et travailler en Grande-Bretagne est effectivement intervenue après le Brexit. Je suis pour ma part un Européen convaincu mais j’ai vu dans cette décision des Britanniques un formidable pari à relever d’un point de vue professionnel et intellectuel. Je m’explique : dans ma partie, la fiscalité des entreprises, cette sortie de l’Union européenne revient à un grand saut dans le vide. Tout va être à reconstruire et professionnellement parlant, ça s’annonce passionnant. Au lieu de m’effrayer, le Brexit m’a donc plutôt stimulé. »

Le 29 mars dernier, Theresa May a lancé le processus de sortie de l’Union. Comment était l’ambiance à Londres ?  
Benoît Dudebout : « Je peux vous dire que ça n’a pas été un jour comme les autres ! Il y avait comme une sorte de « Brexit blues » dans l’air. Il faut dire aussi que Londres n’est pas l’Angleterre et que les Londoniens se sont largement prononcés en faveur du maintien au sein de l’Union européenne. Pour eux, le Brexit a été un véritable choc. Au sein de mon entreprise, des collègues britanniques ont clairement exprimé leurs regrets de voir leur pays lancer cette procédure de divorce. »
Ressent-on déjà les effets du Brexit ?  
Benoît Dudebout : « Ce qui est surtout visible, c’est la stigmatisation des pays de l’Est et de leurs ressortissants. Je pense aux Polonais, aux Roumains ou encore aux Bulgares. Pourtant, toutes les études démontrent que ce sont de véritables acteurs économiques et non des profiteurs du système. Cette stigmatisation est vraiment regrettable. »

Et la communauté française, comment vit-elle le Brexit ?  
Benoît Dudebout : « Pour l’heure, tant que la Grande-Bretagne n’a pas quitté de manière effective l’Europe, il n’y a pas de souci à se faire. En revanche, une fois le divorce consommé, on sait que les conditions de résidence au Royaume-Uni seront renforcées. Ce qui pourrait nous compliquer la vie. Tout dépendra sans doute des accords que signeront Londres et Paris. »

Pour finir, qu’est-ce qui vous plaît chez les Britanniques ?
Benoît Dudebout : « J’aime leur façon de travailler et leur capacité d’équilibrer vie professionnelle et vie personnelle. Ils sont très exigeants mais savent aussi vous donner votre chance, en tout cas beaucoup plus qu’en France ! A l’inverse, je trouve qu’ils sont difficiles à cerner, on ne sait jamais trop ce qu’ils pensent. Autre différence notable : les pauses déjeuner. A Londres, elles se font seul, devant son ordinateur ! »  B.D