Laïcité : La France en danger ?

Tour à tour secrétaire général de l’Elysée (1982 à 1991), puis deux fois ministre dans les gouvernements Cresson et Bérégovoy, Jean-Louis Bianco reste une figure marquante de l’ère Mitterrand. En 2013, il a été nommé président de l’Observatoire de la laïcité. Un sujet particulièrement sensible aujourd’hui et sur lequel l’association Traversée l’a invité à débattre ce jeudi 24 janvier au conservatoire de musique (20 h 30). En marge de cette conférence (« La laïcité en France, enjeux et perspectives »), Jean-Louis Bianco a répondu à nos questions…

Vous êtes depuis six ans président de l’Observatoire de la laïcité. à quoi sert précisément cet organisme ?
– J-L. Bianco : « Notre mission est triple. La première consiste à dresser un état des lieux de la laïcité en France à travers un rapport annuel, remis au président et au Premier ministre, et disponible sur notre site Internet. Nous menons également un travail de formation auprès des collectivités, entreprises, syndicats, associations avec, régulièrement, la publication de guides pratiques. Enfin, dernière mission, conseiller et aider nos concitoyens sur la gestion du fait religieux avec, au besoin, l’élaboration d’une charte ou d’un règlement intérieur. Peu importe la structure, tout le monde peut faire appel à l’Observatoire de la laïcité. »

On a coutume de dire que la laïcité est aujourd’hui en danger en France… Votre sentiment ?
– J-L. Bianco : « Il ne faut surtout pas noircir le tableau. Le principe de laïcité fait l’objet d’une très grande adhésion dans notre pays, ce qui est une force. Mais il existe effectivement des tensions plus ou moins fortes autour des faits religieux et de la laïcité. Dans certains quartiers, où il y a peu de mixité sociale, il peut y avoir la tentation de substituer le religieux au principe de laïcité. Des points de crispation existent mais je vous rassure, la France n’est pas dans une situation de péril. »

Qui sont les vrais ennemis de la laïcité ?
– J-L. Bianco : « Ceux qui refusent son principe avec la volonté d’imposer une loi religieuse. Mais aussi ceux qui oublient trop souvent que la laïcité n’est pas une loi anti-religieuse. Ceux-là oublient aussi que c’est l’Etat qui est neutre, pas la société. Or, au sein de notre société, chaque citoyen est libre d’exprimer ses convictions. »

Face à la montée du radicalisme, qui doit jouer le rôle de premier rempart : la famille, l’école, la République ?
– J-L. Bianco : « C’est un ensemble, une chaîne de bonnes volontés et d’actions. Les familles sont en première ligne avec aujourd’hui la possibilité d’être épaulées pour mieux prévenir des cas de radicalisation. L’école reste incontournable avec un travail de connaissances des religions, l’éducation morale et civique. Au sein de notre République, chaque citoyen doit apprendre à penser par lui-même en s’affranchissant de ses préjugés. La laïcité concourt à cette émancipation. »
Jacques Attali, ex-conseiller de Mitterrand, est lui aussi présent à Saint-Quentin ce 24 janvier pour une conférence. Vous irez boire un verre ensemble ensuite ?
– J-L. Bianco : « Le même jour ? Quel hasard !
Avec Jacques, on est resté très copains. Alors oui, je suis partant pour trinquer ensemble à Saint-Quentin… »  B.D.

Conférence J-L. Bianco sur la laïcité : jeudi 24 janvier à 20 h 30 au conservatoire de musique (51, rue d’Isle). Entrée libre.