L’adieu à Pascal Brunner

Tout s’imite. Absolument tout. Sauf la vie… A 51 ans, Pascal Brunner a tiré son ultime révérence, terrassé par le crabe qui lui rongeait le corps. Rideau sur une existence de saltimbanque qui débuta à l’aube des années 80 du côté de Saint-Quentin. Dans sa ville d’adoption, où il débarqua à l’âge de 14 ans, nombreux sont ceux qui ont croisé sa route, à l’image de Francis Drot. Adolescent, celui qui s’appelait encore Pascal François partageait la même passion : celle du ballon rond.
« C’est effectivement le foot qui nous a réunis, se souvient Francis. Quand il est arrivé dans mon quartier, à Saint-Martin, on a tout de suite sympathisé. On passait notre temps à taper dans la balle. En 1977, il m’a rejoint à l’OSQ. Chez les cadets, il a joué deux-trois ans au poste de gardien. Et faut avouer qu’il avait un excellent niveau. »
Mais le foot n’occupe pas toutes ses pensées. Car à cette époque, le jeune Pascal s’est découvert une autre vocation : l’imitation. Drôle, avec une verve sans égale, il ne passe pas inaperçu. Jean-Marc Lemaire, aujourd’hui maire d’Holnon, se souvient de sa première rencontre : « C’était dans une kermesse à Saint-Martin. Pascal y faisait des imitations très réussies et je me suis dis : ça serait pas mal de l’avoir en spectacle à Holnon, où j’étais président du comité des fêtes. »
Alors lycéen à Henri-Martin, Pascal manque naturellement de professionnalisme. Pas grave. Jean-Marc s’occupe bénévolement de tout ! « Avec l’orchestre de
Stéphane Laurent, on a concocté une bande-son pour monter un spectacle. Et puis, petit à petit, la sauce a pris. » Mieux encore, coaché par Jean-Marc Lemaire, le jeune imitateur commence à se produire dans les environs. « On avait acheté un tube Citroën pour partir en tournée. Au total, entre 1980 et 1983, on a fait 147 galas dans la région ! »
Dans la troupe, Daniel Waget s’occupe de la présentation . Et puis, il y a Laurence et Patricia, deux amies qui font office de danseuses.
« Pascal, je l’ai rencontré en 1981, se remémore Laurence Polard. J’étais inscrite à l’école de danse d’Holnon et il était venu nous voir en répétition. A la fin du cours, il nous a proposé à Patricia et moi de danser dans son spectacle, quand il imitait Joe Dassin, Claude François ou encore Julio Iglesias. On avait 17 ans et l’aventure nous a tout de suite séduites. »
Au fait, il était comment avec les filles ? « Un peu dragueur ! Faut dire qu’il était beau garçon et qu’il savait déjà jouer de sa notoriété. Il avait même des groupies ! », sourit Laurence. Le frère de cette dernière, Marc Polard, aujourd’hui patron du Loch Ness Pub, a lui aussi très bien connu Pascal :
« Quelqu’un de très sympa, jovial, mais aussi très pro dans son travail d’imitateur. A ses débuts, il avait déjà un incroyable sens du spectacle. »
Même son de cloches du côté de Thierry Ratte, aujourd’hui kiné : « On sentait chez lui cette fibre artistique. Pascal était quelqu’un qui, très tôt, nourrissait des ambitions. Il n’avait pas peur de réussir. »
Ses qualités, le jeune artiste ne va pas tarder à les exploiter sur les ondes. On est alors en pleine explosion des radios libres et Azur 100 s’est, depuis 1982, installée dans le paysage radiophonique saint-quentinois. Le patron de la station était alors Pierre André : « A l’antenne, dans les années 1982-83, j’avais deux grands rivaux :
Pascal François et Ludovic Givron. Tous deux étaient bourrés de talent et entre eux, il y avait une incroyable émulation. Mes deux poulains ! »
L’ancien sénateur-maire de Saint-Quentin conserve un souvenir attendri du jeune Pascal : « C’était un garçon adorable, très gentil, qui a été gâté par la vie. Il a connu la gloire, la déchéance. Mais au fond, je crois qu’il a eu la vie dont il rêvait. » Pour Ludovic Givron, son complice de l’époque, un mot résume Pascal Brunner : fidélité. « Même au sommet de sa carrière, il est resté hyper fidèle envers ses amis. Quand il venait à Saint-Quentin, il voulait toujours voir untel ou untel. Il ne nous a jamais tourné le dos. » Intime, Ludo connaît aussi très bien la face beaucoup plus sombre de l’artiste. « Bien sûr que Pascal abusait de l’alcool. Il était dans un tourbillon permanent et avait conscience de ses excès. Mais bon, il aimait faire la fête et il trouvait toujours un copain avec qui boire un coup. »
Faut-il le dire ? Toujours est-il que la dive bouteille a mis un frein à sa carrière. Certains évoqueront même une longue descente aux enfers… « Quand il était au fond du trou, son ex-femme a contacté Laurent Ruquier, révèle Ludo. Tous deux avaient débuté ensemble à France Inter, au début des années 90. Mais Ruquier a refusé de lui tendre la main. Pascal, lui, il avait passé toute sa vie à tendre la main aux autres.
Touché par la situation confuse de son ami, Ludovic Givron décide, en 2013, de monter la pièce « Ma femme s’appelle Maurice ». Histoire de le remettre en selle. Sur les planches, Pascal doit donner la réplique à Evelyne Leclercq. Las, le sort va en décider autrement… « En août 2013, Ludo m’appelle chez moi, à Cannes, pour me proposer de jouer dans cette pièce, explique l’ancienne animatrice de TF1. Comme Pascal habitait Nice, on décide de faire chez moi les premières lectures entre comédiens. Et là, on s’est très vite rendu compte que Pascal n’aurait jamais la force physique pour partir en tournée. On allait au casse-pipe. » La mort dans l’âme, la décision est prise de le remplacer. « Je crois qu’il a été très triste de ne pas jouer cette pièce. Personnellement, ça m’a fendu le cœur », soupire Evelyne. Son attachement pour Pascal remonte au tout début des années 80. « Il était tellement jeune, 15 ou 16 ans. Je présentais un gala du côté de Saint-Quentin, une sorte de radio-crochet, et Pascal était monté sur scène pour faire des imitations. A la fin du spectacle, j’étais allée le voir pour lui dire qu’il avait un réel talent. La suite m’a donné raison. »
La suite, pleine de paillettes et de chansons, transformera Pascal François en Pascal Brunner. Mais au fait, pourquoi ce pseudo ? Réponse de Jean-Marc Lemaire : « Je crois me souvenir que c’était en rapport avec l’acteur Yul Brynner. » Une tête brûlée du 7e art, qui aura passé sa vie à jouer les hors-la-loi…  Mercredi (4 mars), une cinquantaine de personnes, dont beaucoup d’amis, ont rendu à Pascal un dernier hommage en l’église Saint-Martin. Rideau…

BIO EXPRESS

  • Né le 18 octobre 1963 à Sarcelles (Val-d’Oise). Arrive en 1977 à Saint-Quentin, où ses parents tiennent un bazar (« La boutique ») rue de Paris.
  • Après un passage en tant qu’animateur au Club Med, il débute à la télé en 1989 dans « La classe », présentée par Fabrice.
  • En 1991, il s’essaie à la radio dans l’émission « Rien à cirer » de Laurent Ruquier (France Inter).
  • De 1994 à 1998, il anime « Fa si la chanter » sur France 3. En 1997, il reçoit le Sept d’or de la meilleure émission de divertissement.
  • Le 26 février 2015, Pascal s’éteint à Nice à l’âge de 51 ans.