La fin du calvaire pour l’église Sainte-Thérèse

C’est un long, très long chemin de croix que doit endurer l’église Sainte-Thérèse, condamnée à jouer les belles endormies depuis une dizaine d’années. Construite dans un style Art déco en 1934 par l’architecte Narcisse Laurent, elle a fait durant des décennies la fierté du faubourg d’Isle avant de voir les paroissiens déserter ses travées. C’est en 2010 que le couperet est tombé, sur décision des autorités ecclésiales : non seulement l’église est fermée au public, mais elle est aussi désacralisée et ne peut donc plus être affectée au culte catholique. Fermez le ban, la messe est dite… Pourquoi une telle décision ?
Le diocèse de Soissons, propriétaire des lieux (*), s’en explique : « Dans les années 2000, l’édifice s’est dégradé de manière conséquente, nécessitant des travaux d’entretien à la charge du diocèse, environ 144 000 € en six ans. Après un audit, le montant des travaux de sécurisation et de mise aux normes a été estimé à cette époque à 350 000 €. »
Trop cher pour le diocèse qui, bon gré mal gré, se résout à jeter l’éponge. Adieu Sainte-Thérèse, bienvenue aux acquéreurs providentiels, susceptibles d’offrir une seconde vie à l’église. Las, l’enfer est bien souvent pavé de bonnes intentions. « En dix ans, de nombreuses visites ont été menées, des compromis de vente ont été signés sans toutefois pouvoir aboutir, essentiellement pour des raisons financières », avance le diocèse. Parmi les potentiels acquéreurs, certains se souviennent de cette cantatrice au tempérament de feu qui souhaitait transformer l’endroit en espace culturel. Las, faute d’argent, son projet est parti en fumée, laissant tout le monde sans voix… Pour l’église Sainte-Thérèse, la perspective d’être réduite en poussières semble de plus en plus se rapprocher. Ce que reconnaît bien volontiers le diocèse : « Ces derniers mois, un promoteur (Edouard Denis Immobilier, NDLR) a manifesté son intérêt pour acquérir le terrain et l’église en vue de construire un immeuble collectif et des maisons individuelles, dans le cadre d’un programme HLM. Projet qui impliquerait la destruction de l’église. » Une date est même fixée pour clouer Sainte-Thérèse au pilori et laisser ces satanées pelleteuses passer à l’offensive : février 2022. Mais d’ici là, autant sauver ce qui peut l’être ! C’est ainsi qu’une vente aux enchères devait se dérouler le 30 novembre pour céder aux plus offrants les vitraux de l’église Sainte-Thérèse. Des œuvres originales datant des années 30 et réalisées par le maître verrier F. Schutze.
Alertés par un lecteur, nos amis de La Tribune de l’Art sont récemment montés au créneau pour dénoncer cette vente mais aussi la destruction à venir de Sainte-Thérèse : « Va-t-on enfin arrêter de démolir des églises en France ? Va-t-on enfin interrompre les démolitions des bâtiments Art déco ? », s’indigne ainsi notre confrère Didier Rykner. Un appel qui n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd puisque la mairie de Saint-Quentin ainsi que la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) ont rapidement manifesté leur désir de sauver Sainte-Thérèse (lire ci-contre). Mais pas à n’importe quel prix ! De son côté, le diocèse préfère jouer la carte de l’apaisement en glissant ce message un brin subliminal : « Tels des bâtisseurs des temps anciens, les pierres d’hier deviendront les pierres de demain… »
(*) Tous les édifices religieux construits après 1905 (loi de séparation des Eglises et de l’Etat) appartiennent aux associations diocésaines.
Frédérique Macarez opposée à sa destruction
– « La ville a beaucoup fait ces dernières années pour valoriser le patrimoine Art déco. Pas moins de 20 M€ ont ainsi été investis pour les rénovations autour du monument aux morts, le buffet de la gare, le pont d’Isle ou encore le Casino du faubourg d’Isle. Ce sont des investissements lourds et nous devons rester vigilants pour mettre en valeur notre héritage », souligne Frédérique Macarez.
– Concernant l’église Sainte-Thérèse, le maire rappelle qu’il s’agit « d’une propriété privée appartenant à l’évêché, qui a travaillé ces dernières années pour trouver un acheteur. Plusieurs projets se sont dessinés mais n’ont pas abouti. La Ville, qui a des moyens financiers limités, ne peut pas porter toutes les opérations et surtout pas seule, ce ne serait pas raisonnable pour les finances publiques. Jusqu’à présent, la ville n’était pas intervenue dans le mesure où il n’était pas question de démolition. Laquelle est aujourd’hui envisagée. Nous nous y opposons et engageons une mobilisation générale pour conserver ce patrimoine. »
– Le maire entend ainsi mener « une recherche de financements publics et privés, avec les partenaires institutionnels, la Fondation du patrimoine et toutes les bonnes volontés. L’élaboration d’un projet sérieux, réaliste, chiffré, va demander du temps. Plusieurs types de dépenses vont se présenter : l’achat, les travaux de réhabilitation, la destination et le coût de fonctionnement, quel que soit le repreneur. »
– Bref, si la nécessité de sauver Sainte-Thérèse s’impose aujourd’hui à tous, pas question de faire de cette église le tonneau des Danaïdes. Espérons donc que des mécènes, via une éventuelle souscription, vont concourir à donner une seconde vie l’édifice.