île de Pâques le mystère résolu ?

Touche-à-tout de génie, Joseph Davidovits est surtout connu pour avoir inventé la chimie des géopolymères, une technologie permettant de réaliser des pierres artificielles. Mais en marge de ses travaux scientifiques, menés dans son laboratoire de Saint-Quentin depuis 1969, il cultive une véritable passion pour l’archéologie. Avec à la clé plusieurs ouvrages publiés sur la civilisation égyptienne, dans lesquels il démontre notamment qu’au lieu de pierres taillées, ce sont bel et bien des pierres moulées, à la manière du béton, qui ont été utilisées pour la construction des pyramides. Une hypothèse qu’il développe à nouveau dans son dernier livre, consacré cette fois à l’île de Pâques. Rencontre…
Comment avez-vous été amené à vous intéresser à l’île de Pâques ?
– J.D. : « Mon intérêt est né de ma rencontre avec Francisco Aliaga, un universitaire franco-péruvien qui s’est très vite intéressé à ma théorie de construction des pyramides d’Egypte à partir de pierres calcaires artificielles. Quand je l’ai reçu chez moi, à Saint-Quentin, il m’a dit : « Nous avons quelque chose de semblable dans notre civilisation pré-Inca en Amérique du Sud. La tradition orale indique que les monuments dressés à Cuzco, Machu Picchu, ainsi qu’à Tiahuanaco en Bolivie, ont été bâtis à l’aide d’une technique dite de la pierre molle, obtenue sous l’action d’extraits de plantes. » Plus tard, j’ai découvert que l’île de Pâques avait été peuplée par des Amérindiens venant des Andes, de la région de Cuzco et de Tiahuanaco qui ont repris sur place leurs techniques de la pierre molle. »
Les fameuses statues de l’île de Pâques n’ont donc pas été taillées dans de la roche volcanique ?
– J.D. : « Bien sûr que non ! Sur l’île, on en compte des centaines, dont 800 pesant entre 5 et 20 tonnes et mesurant jusqu’à 10 mètres de haut. Comment ces statues colossales ont pu être réalisées et surtout transportées depuis le volcan avec des techniques que chacun essaie d’expliquer sans succès ? Dans mon livre, je démontre que ces statues, au lieu d’avoir été taillées et transportées, ont été moulées sur place. »
Comment avez-vous mené votre enquête ?
– J.D. : « Il y a d’abord eu une première expédition sur l’île de Pâques en 2016, puis une seconde menée en 2017 à Tihuanaco, à 4 000 m d’altitude sur le Haut Plateau bolivien. Des expéditions qui nous ont permis d’analyser un très grand nombre d’échantillons. L’ensemble de ma recherche est le résultat d’une approche globale des différentes connaissances acquises dans le domaine de l’anthropologie et de l’archéologie, ainsi que de la chimie. Mais rassurez-vous, j’ai souhaité écrire un ouvrage de vulgarisation scientifique qui s’adresse à tout le monde. »

« Ils viennent d’Amérique pour bâtir l’île de Pâques », de Joseph Davidovits (Editions Dervy, 22 €)