Gaspard PROUST – L’humour revolver

Une pointe de causticité désenchantée, un soupçon d’ironie acide… De retour sur scène avec son « Nouveau spectacle », Gaspard Proust cultive avec brio son personnage de narcissique nihiliste. Un humour qui fait toujours mouche, même si l’intéressé se défend d’être un sniper du rire. Mais attention : avec lui, on n’est jamais à l’abri d’une balle perdue ! On vient d’en faire les frais avant son passage ce samedi 10 février sur la scène du Splendid…

Votre ami Frédéric Beigbeder vous a un jour qualifié de « Droopy houellebecquien ». Ça vous correspond bien ?
– Gaspard Proust : « Ça prouve surtout qu’il ne me connaît pas si bien ! (rires) Dans la vie, je n’ai rien d’un Droopy pessimiste. Sur scène, peut-être un peu plus, même si dans mon « Nouveau spectacle », je suis davantage en colère que désabusé. Cela dit, me comparer à Houellebecq, que je considère comme le plus grand écrivain français, est plutôt flatteur. »
Dans votre jeunesse, vous avez vécu dans deux pays en guerre. C’est pour ça que vous êtes devenu un sniper… de l’humour ?
– Gaspard Proust : « Sniper, vous trouvez ? Je ne sais pas… Ça, c’est vraiment une question de journaliste qui a voulu faire son petit effet. Une question qui n’appelle pas de réponse… »
Parlons donc des cibles… heu… disons des thèmes abordés dans votre spectacle…
– Gaspard Proust : « Ce qui m’inspire, c’est le monde contemporain, la dérive molle vers la victimisation, la fragilité qu’on cultive à toutes les sauces, la bêtise démocratisée qu’on rencontre dans la vie de tous les jours et dans laquelle on se complaît. Moi, pour y échapper, je ne vais pas sur les réseaux sociaux et j’éteins la télé. »
Qu’est-ce qui vous agace le plus au monde ?
– Gaspard Proust : « Il y a tellement de sujets qui me mettent en colère… En ce moment, c’est surtout Paris qui m’agace. J’ai hâte de quitter cette ville et de trouver un nouveau point de chute. »
Un jour, vous avez déclaré : « C’est plus intéressant de jouer un connard de droite qu’un gentil de gauche ». C’est-à-dire ?
– Gaspard Proust : « Ce que je déteste par dessus tout, ce sont les gentils humoristes de gauche qui pensent qu’ils vont changer le monde. Si Moïse et Jésus n’y sont pas arrivés, je ne vois pas en quoi ils vont y contribuer. Le but du métier d’humoriste, c’est de proposer un point de vue, pas d’imposer une morale. On a une fonction beaucoup plus modeste que certains veulent le croire. »
On ne vous voit plus sur les plateaux télé. Vous avez vraiment décidé de tourner le dos au petit écran ?
– Gaspard Proust : « J’ai cette chance inouïe de voir le public venir à ma rencontre sans avoir à me prostituer à la télé ! Je ne vais donc pas lui faire l’injure d’aller sucer tel ou tel animateur. Et puis, on est tellement dans le zapping… »
Au fait, Gaspard Proust, êtes-vous vraiment si méchant ?
– Gaspard Proust : « Ma méchanceté à moi, elle est fictive et les gens sont libres de la subir ou non. La vraie méchanceté, c’est celle qu’on rencontre au quotidien et dont on doit s’accomoder. » n B. Duchet

– Gaspard Proust dans « Nouveau spectacle » : samedi 10 février à 20 h au Splendid. Tarifs : 41 € / 38 €.