Frédérique MACAREZ : une femme déterminée « Le travail finit toujours par payer ! »

 

Si la crise sanitaire s’apparente aujourd’hui à un tunnel sans fin, pas question pour Frédérique Macarez de mettre un frein à la dynamique de changement qui s’opère sur le territoire. Implantation de nouvelles entreprises, chantiers à venir, qualité de vie ou encore environnement, la présidente de l’Agglo et maire de Saint-Quentin a répondu aux principales questions qui préoccupent les habitants. Avec en arrière-plan l’espoir de retrouver au plus vite une vie « normale », faite de rencontres et d’un peu plus de légèreté…
Qu’avez-vous envie de souhaiter aux Saint-Quentinois pour cette nouvelle année ?
– F.M. : « Deux choses : la sérénité et la santé. Habituellement, à l’occasion de la nouvelle année, on souhaite à chacun une bonne santé. Une formule de politesse qui prend tout son sens avec la crise sanitaire que nous traversons aujourd’hui. J’espère sincèrement que cette nouvelle année va nous éloigner du virus et ramener dans notre vie un peu plus de légèreté… »
Malgré la situation sanitaire, l’année 2021 s’est révélée fructueuse pour le territoire saint-quentinois avec l’implantation à venir de trois grandes entreprises : Amazon, Clarins et Cité Marine. C’est quoi le secret de cette réussite ?
– F.M. : « Ce qui est sûr, c’est que la crise sanitaire ne nous a pas empêchés de travailler sur des dossiers de fond. Le secret de la réussite se résume à un constat : le travail finit par payer !
Avec nos équipes, nous sommes engagés depuis longtemps sur les implantations d’entreprises. C’est d’autant plus important qu’il y a en France une prise de conscience quant au besoin de réindustrialiser notre pays. Or, nous sommes aux avants-postes de cette phase de réindustrialisation. Concernant notre territoire, 2022 sera une année de préparation avec le démarrage des constructions d’usines au parc des Autoroutes. Dans le même temps, on va commencer à préparer les plans de formation avec la Région afin de répondre au mieux aux besoins de recrutement des entreprises. »
En tant que maire mais aussi présidente de l’Agglo, quels sont les principaux leviers que vous pouvez actionner pour rendre plus attractif notre territoire ?
– F.M. : « Dès le départ, quand une entreprise vient vers nous, il lui faut des terrains, des sous-traitants, de l’enseignement supérieur. Ça c’est le premier niveau. Mais plus généralement, les entrepreneurs ont besoin de pouvoir se projeter sur le territoire, en terme de dynamique et de services pour leurs salariés. Y a-t-il des crèches ? Peut-on se cultiver, faire du sport ? Peut-on faire ses courses à pied, se promener dans des parcs ou des jardins ? Au-delà des arguments économiques, les infrastructures présentes sur le territoire vont fortement peser dans la projection que peut faire une entreprise. La dynamique de logement est aussi essentielle. Pour ma part, je suis un ardent défenseur de la construction de nouveaux logements à Saint-Quentin. »
Pierre André avait coutume de dire qu’il mesurait le dynamisme d’une ville au nombre de grues en activité. En 2022, celles-ci vont être très présentes à Saint-Quentin avec la mise en route de nombreux chantiers…
– F.M. : « Une ville qui se bouge, ça se voit à l’œil nu ! Aujourd’hui, on aperçoit des engins de chantier aux quatre coins de Saint-Quentin. C’est toujours bon signe quand il y a des travaux dans une ville. »
Parmi tous les chantiers à venir, celui du parvis de la basilique est sans doute celui qui vous tient le plus à cœur…
– F.M. : « Il est effectivement très important. Ce chantier est au cœur du centre commercial de la ville, du centre culturel, du lieu de vie qui nous rassemble autour de la basilique. Il s’agit là d’un chantier extrêmement symbolique mais qui a aussi pour vocation d’être utile aux Saint-Quentinois, en aménageant un parvis moderne, adapté aux piétons comme aux automobilistes. Mais il va falloir se montrer patient ! En 2022, on va être intégralement sur des opérations de fouilles archéologiques. »
Ça a été difficile de faire travailler sur ce nouveau parvis un architecte de renom, en l’occurrence Jean-Michel Wilmotte ?
– F.M. : « Pas spécialement. Quand on a lancé l’appel d’offres, on a eu plusieurs signatures : Jean-Michel Wilmotte mais aussi l’équipe qui avait déjà travaillé sur le parvis de la gare. Mais quand on s’est retrouvé à la commission d’appel d’offres, on a eu le sentiment que le dessin de Jean-Michel Wilmotte était très au-dessus. Son projet était aussi le plus pertinent. Il faut dire que c’est un architecte qui aime le patrimoine et là où il est très étoffé avec son équipe, c’est dans l’aspect paysager, sur le plan graphique mais aussi dans le choix des essences végétales. Un beau dessin, c’est un dessin qui dure et avec le projet de Jean-Michel Wilmotte, on a eu l’impression de faire le bon choix. »
Quelles répercussions peut-on attendre du chantier du canal Seine-Nord Europe qui débutera en 2024 dans la Somme ?
– F.M. : « Ce qu’on se dit, c’est qu’on n’est pas très loin. Quand on prend le tracé du canal, on s’aperçoit que celui-ci est aux portes du Saint-Quentinois. Ce chantier à venir va avoir énormément besoin de main-d’œuvre. En terme d’emploi, c’est intéressant. Il va aussi falloir répondre à une demande de logements. Et puis, par la suite, on a des zones d’activités qui vont sans doute pouvoir profiter de la proximité du canal. »

Un nouveau conseil citoyen vient d’être installé, consacré à l’environnement et au développement durable. Cela fait partie de vos priorités ?
– F.M. : « à mon sens, cela doit être une priorité pour chaque citoyen, à la fois pour aujourd’hui mais aussi pour demain avec, en fil rouge, toujours la même question : que va-t-on léguer à nos enfants ? On vient en effet de mettre en route ce conseil de l’environnement, un domaine dans lequel il y a beaucoup à faire sur le plan du transport, du logement ou encore de l’alimentation. Cette instance va nous permettre de nous confronter aux besoins et aux envies des habitants, mais aussi à l’acceptabilité d’un certain nombre de mesures. Prenons l’exemple de la piste cyclable que nous sommes en train d’aménager dans la rue de Paris. Dans cette artère, nous avons la place, donc pas de problème. Mais dans d’autres rues, quand il faut supprimer le stationnement ou modifier la circulation pour privilégier l’usage du vélo, cela devient moins évident. C’est dire qu’il faut toujours prendre le temps de peser les sujets. »
Chaque année est publié un palmarès national des villes où il fait bon vivre. Quels sont à vos yeux les trois premiers critères qui permettent d’être bien classé ?
– F.M. : « Si on met de côté la question de l’emploi, la sécurité me semble extrêmement importante. Suivent la propreté et la qualité des infrastructures. De manière générale, tout ce qui est lié à la vie quotidienne est essentiel. Quand je sors de chez moi, qu’est-ce que je vois et est-ce que je me sens bien ? Voilà pourquoi, en tant que maire, j’attache beaucoup d’importance à la sécurité même si c’est d’abord le rôle de l’Etat. Nous, on vient en complément avec la police municipale. Les policiers nationaux sont pleins de bonne volonté mais manquent de moyens et de forces humaines. Je voudrais vraiment qu’on puisse bénéficier d’un renforcement au niveau du commissariat. »
Année 2022, année présidentielle. Impossible donc de ne pas parler politique. Un mot concernant la présence de Zemmour le 14 janvier dernier à Saint-Quentin. Certains élus se sont opposés à la tenue de meeting d’Eric Zemmour dans leur ville. Ça n’a pas été votre cas…
– F.M. : « La démocratie doit s’exercer. Faire preuve de sectarisme n’est jamais une solution. Chacun sait que je ne soutiens pas Eric Zemmour dans ses propos et ses outrances, qui ne font pas de bien à la France. Mais il y a des règles dans notre pays qui permettent à chaque candidat, quels que soient ses idées ou son parti, d’aller à la rencontre des électeurs. Ce que je regrette en revanche, c’est que les règles de responsabilité sur le pass sanitaire et les mesures barrières ne soient pas systématiquement appliquées dans les meetings politiques, avec l’aval du Conseil constitutionnel. »
Valérie Pécresse va représenter votre famille politique dans la course à l’Elysée. Ça vous réjouit que ça soit une femme ?
– F.M. : « Dans l’absolu, peu importe que ce soit un homme ou une femme, le plus important concerne le projet politique qui est porté pour l’avenir du pays. Maintenant, que ce soit une femme n’est pas inintéressant parce que la sensibilité est différente. Cela dit, à titre personnel, je n’ai jamais mis en avant le fait d’être une femme, tout comme je n’ai jamais été victime de discrimination dans mon parcours. »
Votre vœu le plus cher pour 2022 ?
– F.M. : « Dès que la situation sanitaire le permettra, c’est avoir de nouveau des animations dans la ville, profiter d’événements de solidarité avec les associations. Vivre en société, se rencontrer, se soutenir, partager des moments ensemble, tout cela fait partie de l’ADN de Saint-Quentin qui a toujours eu une tradition associative et de solidarité. Avec la crise sanitaire, de par les règles qui sont mises en place, on est davantage confronté au repli sur soi et à l’individualisme. Je suis très vigilante sur ces questions-là. à terme, ne pas se rencontrer, échanger, faire preuve de créativité, vivre ensemble et dialoguer, on risque de le payer sociétalement. J’aimerais qu’on puisse au plus vite renouer avec cette vie commune, y compris pour la jeunesse qui, plus que jamais, a besoin de se retrouver. »
Propos recueillis par Bertrand Duchet