Frédérique MACAREZ sur tous les fronts « On vit une époque sans précédent ! »

Après la crise sanitaire, c’est au tour de la crise énergétique de venir bouleverser le quotidien des Français. Un défi sans précédent pour les collectivités locales, qui doivent se battre sur tous les fronts pour défendre au mieux les intérêts de chacun. En tant que maire mais aussi présidente de l’Agglo, Frédérique Macarez a pleinement conscience que la bataille ne pourra se gagner que collectivement. Sans faux-semblant ni langue de bois, elle a accepté d’aborder tous les sujets qui préoccupent les Saint-Quentinois…
La hausse exponentielle des prix de l’énergie se présente comme un défi presque insurmontable pour les collectivités…
– F.M. : « Sur la question de l’énergie, on est effectivement dans une situation dramatique dans la mesure où les collectivités ne bénéficient pas du bouclier tarifaire. Or, toutes nos activités utilisent de l’énergie, à l’image des piscines, des transports urbains ou encore du traitement des déchets ménagers. La Ville compte à sa charge pas moins de 250 bâtiments, doit gérer les activités sociales et sportives, ainsi que les écoles. Si on considère les tarifs de l’électricité, on est passé de 50 € le MWh en 2021 à 80 € en 2022, et même à 1 500 € voici quelques semaines ! On se rend compte de l’immensité du défi. Le plus important pour nous, c’est de réduire au maximum notre consommation. Et pour cela, nous avons mis en place une cellule de crise, comme nous l’avions fait pour le Covid. Cela nécessite la mobilisation des maires de l’Agglo, de la majorité municipale, mais aussi celle de tous les cadres et de tous les agents pour prendre les bonnes mesures et mieux contrôler notre consommation d’énergie. C’est à ce prix que nous protégerons le budget des collectivités et celui des contribuables. Je dois avouer que cette situation est totalement inédite, du jamais vu, avec le risque de voir se fermer certains services publics partout en France. »
Votre première mesure a été de supprimer l’éclairage nocturne d’une douzaine de bâtiments publics. D’autres mesures d’économie ont aussitôt suivi…
– F.M. : « Après la baisse du chauffage dans les bâtiments communaux et communautaires, nous avons mené une concertation avec les entreprises pour procéder à des coupures de l’éclairage nocturne dans les zones d’activités. C’est notamment le cas au Parc des Autoroutes où l’éclairage est désormais coupé de 21 h 15 à 3 h 30. Nous procédons également à une expérimentation dans tous les quartiers de la ville, où certaines rues ne seront plus éclairées de 23 h à 5 h du matin. Naturellement, nous restons très attentifs à la sécurité de nos concitoyens. à ce propos, je tiens à préciser que la très grande majorité de nos caméras de vidéo-surveillance ne sont pas calées sur l’éclairage public, elles ont un réseau à part. Pour celles qui ne pourraient fonctionner du fait des coupures, nous mettrons en place un dispositif technique pour régler le problème. Mais le sujet le plus important, c’est le chauffage et l’éclairage dans nos bâtiments, dont certains sont extrêmement énergivores, comme le Palais des sports ou le stade Debrésie.
Il faut comprendre le pourquoi du comment, fixer ce qu’on permet ou non, en concertation avec les associations et les clubs. Nous sommes tous dans le même bateau. »
Peut-on par exemple imaginer voir l’OSQ jouer ses matchs à 14 h au lieu de 18 h pour éviter d’éclairer le stade Debrésie en hiver ?
– F.M. : « C’est le sens d’une demande qui a été faite via l’ANDES (Association nationale des élus en charge du sport), dont nous faisons partie. On aimerait que le règlement évolue cette année mais on ne peut pas décider tout seul, il faut que l’ensemble du championnat puisse évoluer. De manière générale, il va falloir que le monde sportif au niveau national, sous orientation du gouvernement, participe aux mesures d’économie. à défaut, on risque de ne pas tenir le choc. »
Le président Macron a dernièrement évoqué la fin de l’abondance. Vous partagez ce sentiment ?
– F.M. : « Je n’utiliserais pas ce mot-là parce qu’il est très mal choisi pour beaucoup de gens qui ne sont pas dans l’abondance depuis longtemps ou qui ne l’ont même jamais été. Ce qui est sûr, c’est qu’on assiste à un changement de monde. à nous d’être responsables. Pour ma part, je suis là pour protéger les Saint-Quentinois et je n’accepterai pas qu’on nous fasse faire n’importe quoi. »
Puisqu’il est question de l’Etat, de nombreux élus ont tiré le signal d’alarme quant à la réforme des valeurs locatives. Une réforme voulue par le gouvernement et qui risque de se traduire par une très forte hausse de la taxe foncière pour de nombreux commerces des centres-villes. Qu’en est-il à Saint-Quentin ?
– F.M. : « Notre commission des impôts s’est réunie début juillet avec les maires de l’Agglo et après avoir fait nos calculs, nous nous sommes fermement opposés aux propositions de l’Etat. On mène aussi ce combat sur le plan national avec les élus de l’association Villes de France et d’après nos dernières informations, cette réforme serait finalement repoussée. Visiblement, nos arguments ont été entendus par le gouvernement. »
Puisqu’il est question d’impôts locaux, vous n’avez de cesse de dénoncer l’attitude de l’Etat qui, dans l’Aisne, contraint les communes à jouer les percepteurs en sa faveur. à Saint-Quentin, cela porte sur une somme de 4,8 M€. Cette situation est-elle appelée à évoluer ?
– F.M. : « Je l’espère. En tout cas, je ne lâche pas
l’affaire ! Le gouvernement a changé et j’ai écrit au nouveau ministre des Comptes publics pour lui dire que cette situation était totalement anormale, d’autant que sur la feuille d’impôt, on ne dit pas la vérité. Je ne vois pas pourquoi les Saint-Quentinois – et plus généralement les Axonais – auraient plus à payer qu’ailleurs. D’autant que le mécanisme ici appliqué défavorise les territoires les plus pauvres. Je reste vent debout contre l’Etat qui, chaque année, prend 5 M€ dans la poche des Saint-Quentinois. »
Parlons travaux… Les fouilles se poursuivent tout autour de la basilique mais à quand le coup d’envoi du chantier pour l’aménagement du parvis ?
– F.M. : « On vient tout juste de lancer l’appel d’offres dans la mesure où il nous fallait au préalable disposer du résultat des fouilles. Inutile de dire que nous serons très attentifs aux prix et aux propositions des entreprises susceptibles de mener les travaux du parvis. En attendant, nous avons créé un nouveau parking du côté de la Poste, sur la zone de fouilles qui a été libérée. Ce qui est sûr, c’est que l’aménagement du parvis débutera dans le courant de l’année 2023. »
D’autres gros chantiers sont-ils programmés l’an prochain ?
– F.M. : « Toujours beaucoup de chantiers liés à la voirie. La 2e tranche des travaux de la rue de Paris va d’ailleurs bientôt commencer. Concernant le gymnase Europe, malgré l’incendie dont il a été victime fin août, sa livraison reste prévue pour le printemps 2023. D’autres nouveautés sont attendues avec la Maison des adolescents qui va bientôt ouvrir. Parmi les gros travaux à venir, la restauration de la toiture du musée Lécuyer, tandis qu’une nouvelle façade de la basilique va être rénovée. Ce qu’il faut rappeler, c’est qu’on avait un plan d’investissement qui était totalement financé sur le mandat. On avait l’argent pour le faire mais aujourd’hui, chaque chantier coûte plus cher. Il faudra faire des choix et rester raisonnable par rapport à nos possibilités. »
De grandes entreprises ont dernièrement fait le choix de s’implanter dans le Saint-Quentinois. Quelles sont les nouveautés à venir sur le plan économique ?
– F.M. : « Ce qui est d’actualité, c’est le chantier de l’Abattoir de l’Aisne, sur la zone industrielle Le Royeux à Gauchy. Un chantier qui a bien avancé avec une ouverture prévue pour la fin du mois de janvier. Ce nouvel équipement va jouer un rôle important parce qu’il est ici question de souveraineté alimentaire, de circuits courts, mais aussi de protection de l’agriculture et des éleveurs. Autre bonne nouvelle avec le groupe Houtch qui a lancé un nouveau chantier sur le Parc des Autoroutes avec la construction d’un second bâtiment. Je viens par ailleurs de signer un permis de construire pour le groupe Aundé-Delcar. Déjà présent dans le quartier Saint-Martin, cet équipementier pour l’automobile et le ferroviaire va lui aussi s’implanter sur le Parc des Autoroutes avec un gros investissement à la clé… »
Vous avez dernièrement participé à la Journée d’accueil des étudiants, qui sont de plus en plus nombreux à faire le choix de Saint-Quentin. Une tendance que vous n’avez cessé d’encourager…
– F.M. : « C’est un des sujets les plus importants pour la vie du Saint-Quentinois, parce qu’il faut former les futurs salariés des entreprises et permettre à notre jeunesse d’avoir un avenir localement. Ce qu’on souhaite avant tout, c’est développer des formations en adéquation avec notre tissus économique. On vient d’ailleurs d’être auditionné pour la création d’une école d’ingénieurs en logistique intelligente, qui serait pilotée sur Saint-Quentin par l’UPJV (Université de Picardie Jules-Verne), un format public auquel je tiens parce que tout le monde n’a pas les moyens de se payer une école privée. Réponse au mois de janvier… »
Ces derniers mois, des adeptes du vélo se sont fait entendre pour réclamer de nouveaux aménagements cyclables. Votre réaction ?
– F.M. : « C’est important puisqu’il s’agit-là du partage de l’espace public. J’ai la volonté d’avancer sur le sujet, un schéma directeur a été défini et un comité vélo, composé d’une trentaine de personnes y participe. Ce qui est sûr, c’est que les aménagements cyclables sont extrêmement coûteux et pour l’instant peu financés. Je suis donc très attentive aux nouvelles annonces du gouvernement dans ce domaine. Quoi qu’il en soit, je n’oublie pas que nous sommes sur un secteur rural, avec énormément de personnes qui arrivent en voiture des villages périphériques pour travailler ou déposer leurs enfants. Tout est une question d’équilibre entre les uns et les autres, ce n’est pas les uns contre les autres. Plusieurs études sont en cours pour de nouveaux aménagements, avec de nouvelles voies et places de stationnement, permettant à terme un meilleur usage des deux-roues. »
Pour finir, entre le Covid, la guerre en Ukraine, la crise énergétique, les changements climatiques… On a aujourd’hui le sentiment de vivre dans un monde de plus en plus incertain et anxiogène. Vous le ressentez également en tant qu’élue locale ?
– F.M. : « C’est difficile pour tout le monde, on a l’impression d’aborder une époque sans précédent. Voilà pourquoi j’attache une grande importance aux questions de cohésion et de solidarité, le dialogue avec les habitants, se soutenir quand c’est dur… Mon équipe et moi avons une volonté intacte de servir la population, même si c’est plus difficile et qu’il faut consacrer énormément de temps pour être à la hauteur des enjeux. Le défi est d’y parvenir collectivement. »

Propos recueillis par Bertrand Duchet