Emmaüs : 30 ans déjà

C’est en 1949 que sont apparues en France les toutes premières communautés Emmaüs, sous l’impulsion de l’abbé Pierre. Mais il aura fallu attendre 1989 pour qu’Emmaüs voie le jour à Saint-Quentin. Sans tambour ni trompette, la communauté vient ainsi de fêter son 30e anniversaire avec toujours le même mot d’ordre : « Construire ensemble un monde plus fraternel ».
Installée au 35, chemin de Lehaucourt, elle accueille depuis trois décennies des individus en situation de grande précarité. « Des personnes qui n’ont souvent plus rien, totalement démunies, comme abandonnées sur le bord du chemin », rappelle Didier Havot, le responsable de communauté.
Dix-neuf compagnons vivent en permanence sur place, aux côtés de quatre salariés et d’une trentaine de bénévoles. « Ils sont logés, nourris, blanchis, habillés et soignés. Mais en contrepartie, les compagnons participent à nos activités solidaires qui consistent à récupérer, trier, nettoyer et restaurer tous types d’objets pour ensuite les mettre en vente », précise Didier en rappelant au passage l’un des préceptes de l’abbé Pierre : « Retrouver sa dignité par le travail ». Une approche qui a toujours été en rupture avec les logiques d’assistanat et qui permet aux compagnons de mieux reprendre la maîtrise de leur existence.
Sont-ils rémunérés en échange du travail fourni ? « Bien sûr ! Ils sont payés à la semaine, ont droit à une allocation de congés payés et cotisent pour leur retraite. » Un système bien rodé qui ne coûte pas un centime à l’Etat. « L’abbé Pierre ne souhaitait pas qu’Emmaüs dépende des autorités en touchant de l’argent public. C’est dire que nos compagnons ne formulent aucune demande pour percevoir le RSA. Quand on sait qu’il y a 6 000 compagnons en France, cela représente une économie annuelle de plus de 34 M€ pour l’Etat ! », relève Didier Havot.
Pour mettre la main à la pâte, Emmaüs peut aussi compter sur une trentaine de bénévoles. « Ce sont pour la plupart des retraités qui ont une spécialité : menuiserie, électricité, tri des vêtements ou des bouquins… Leur rôle est essentiel pour le bon fonctionnement de notre communauté. »
En moyenne, les compagnons demeurent sur place trois ans avant de rejoindre une autre communauté. « Pour cela, Emmaüs est une super agence de voyages, sourit Didier. Mais on peut aussi rester dans la même communauté beaucoup plus longtemps. Il n’y a chez nous ni limite de temps, ni limite d’âge. »
Compagnon un jour, compagnon toujours… Sauf pour ceux qui décident de quitter Emmaüs, souvent pour des raisons professionnelles. « C’est toujours motivant d’aider l’un des nôtres qui a retrouvé un emploi et qui a décidé de reprendre le cours de sa vie », note Didier Havot. Tendre la main, encore et toujours, c’est dans l’ADN des communautés Emmaüs qui viennent en aide aux plus nécessiteux, sans oublier de donner un coup de main aux écoles ou aux associations. « Ça s’appelle être solidaire et c’est vraiment notre vocation… »

Ramasse, tri et vente

– Fidèles aux traditions des chiffonniers, les compagnons d’Emmaüs viennent gratuitement vous débarrasser des objets et meubles qui vous encombrent. Il suffit pour cela d’appeler le 03 23 51 05 99. Vous avez également la possibilité de déposer vos dons directement à la communauté, chemin de Lehaucourt.
– Tous les dons sont triés, nettoyés et réparés par les compagnons. Le produit de leur vente est naturellement destiné à financer la vie de la communauté.
– à Saint-Quentin, Emmaüs dispose de plus de 1 000 m2 d’espaces de vente ouverts à tous. Maison, brico, déco, vêtements, jouets, livres, disques, meubles, électroménager… De quoi faire de bonnes affaires mais aussi trouver la perle rare !
– C’est nouveau ! Depuis peu, les compagnons proposent un service d’aéro gommage, une technique qui permet de donner une nouvelle vie aux vieux meubles en leur offrant un look tendance.

A savoir

L’abbé Pierre
– Saviez-vous que l’abbé Pierre s’appelait Henri Groués ? Pierre était en fait son nom de résistant.
Emmaüs
– Emmaüs est le nom d’un village en Palestine, où le Christ serait apparu, au lendemain de Pâques, à deux de ses disciples désespérés depuis sa crucifixion. Emmaüs symbolise ainsi l’espoir retrouvé, la deuxième chance.
Communautés
– On compte aujourd’hui pas moins de 112 communautés Emmaüs réparties à travers toute la France. La toute première a vu le jour en 1949 à Neuilly-Plaisance.
Saint-Quentin
– Depuis son ouverture en 1989, la communauté Emmaüs de Saint-Quentin a hébergé plus de 1 000 compagnons. Si la mixité est de mise dans certains centres Emmaüs, ce n’est pas le cas localement.
Tombelle
– La notion de limite d’âge n’existe pas pour les compagnons, qui peuvent le rester à vie. à Saint-Quentin, ceux qui s’éteignent avec ce « statut » disposent de leur propre tombe au cimetière de la Tombelle.

PRATIQUE

Où ?
– La commaunté Emmaüs se situe au 35, chemin de Lehaucourt à Saint-Quentin.
Tél. : 03 23 51 05 99.
Quand ?
– Voici les horaires pour les espaces de vente :
mercredi et vendredi de 13 h 30 à 17 h. Samedi de 10 h à 12 h et de 13 h 30 à 17 h.
– Pour les dons et les dépôts d’objets, accueil du mardi au samedi de 8 h à 17 h.