Ecoutes Jeunes : l’incroyable saga

Certaines associations semblent frapper par le destin. A Saint-Quentin, c’est le cas d’Ecoute Jeunes. Remontons un instant le temps : nous voici en décembre 1996. A la sortie de la messe, trois amies conversent sur le parvis de l’église… « Les jeunes ! Tu parles tout le temps de les aider mais au fond, qu’est-ce que tu fais pour eux ? » Françoise Malherbe encaisse en silence la remarque qui lui est adressée avec, en son for intérieur, la ferme intention de réagir. « A cette époque, j’étais équipière Saint-Vincent. Quelques jours plus tard, je suis allée aider une famille dans le quartier Artois-Champagne. Dans la rue, j’ai croisé un jeune avec un doberman. La peur au ventre, j’ai entamé la conversation. Et peu à peu, la confiance s’est installée. Ce jour-là, j’ai pris conscience que l’écoute était le meilleur moyen de communiquer avec les jeunes. »
Dans la foulée, Françoise Malherbe crée Ecoute Jeunes, une association qui, contre toute attente, va connaître un succès foudroyant. A tel point que l’expérience saint-quentinoise servira de modèle à la création d’un réseau national. Son objet ? Accueillir, écouter et tendre la main à tous les jeunes qui, à un moment où un autre, ressentent le besoin d’être conseillés ou épaulés. « Beaucoup ont entre 18 et 25 ans, sont sans famille ou en situation de rupture, précise Françoise. Le manque de travail les place souvent dans une situation difficile. Pourtant, ce n’est pas la volonté qui leur manque. » Si l’association est en mesure de fournir de petites aides matérielles (tickets de pain ou d’épicerie, produits pour bébé, nuits d’hôtel, etc), ses moyens restent limités. Il faut dire qu’au fil du temps, elle s’est retrouvée victime de son succès. Les chiffres sont hallucinants : rien qu’en 2014, Ecoute Jeunes a reçu plus de 9 000 visites !
« A une époque, on recevait surtout des garçons. Aujourd’hui, les filles sont aussi nombreuses, détaille Françoise. Ce qui me frappe, c’est qu’auparavant, les familles avaient toujours un petit quelque chose pour aider les leurs. Mais de nos jours, elles n’ont plus rien. »
Pour gérer une telle affluence, outre les bénévoles, l’association dispose de quatre salariés. Tout cela a naturellement un coût. Longtemps durant, Ecoute Jeunes a pu faire face grâce à une généreuse donation. Mais l’an passé, les finances ont viré au rouge. Alors qu’elle s’apprêtait à fermer ses portes, le miracle s’est produit fin 2014. « Une amie parisienne nous a apporter son aide financière. De quoi tenir une année supplémentaire. » Françoise a toutefois conscience que les miracles ne se reproduisent pas éternellement. Près de deux décennies après avoir écrit ses premiers chapitres, la saga arrive-t-elle à terme ? Françoise Malherbe n’ose y penser. En attendant, l’association lance un appel aux dons : « Nous avons surtout besoin de jeans, baskets, tee-shirts, blousons. De quoi habiller nos jeunes… » Qui sait ? Les petits dons font parfois les grands miracles…

Ecoute Jeunes : 1, rue Charles-Gomart à Saint-Quentin. Permanences : mardi, jeudi et samedi (9 h à 11 h).