Du vin made in Hauts-de-France

Les Hauts-de-France vont-ils bientôt devenir une toute nouvelle région viticole ? C’est en tout cas le souhait de la société Ternoveo, qui vient de lancer la plantation de 16 hectares de vignes réparties dans l’Aisne, la Somme, le Nord et le Pas-de-Calais. Un projet ambitieux puisqu’à terme, Ternoveo entend créer un vignoble de 200 hectares avec, à la clé, la valorisation de plus d’un million de bouteilles par an. Pour l’heure, ils sont déjà une dizaine d’agriculteurs à avoir répondu à l’appel pour prendre part à la création et au développement de cette nouvelle filière viticole.
Parmi eux, Nicolas Pinchon, une jeune agriculteur de 36 ans installé à Dallon, à une poignée de kilomètres de Saint-Quentin. « Jusqu’alors, je cultivais uniquement du blé, de la betterave et du colza. Mais en famille, on s’est toujours dit qu’il serait intéressant de planter des vignes. Tout simplement parce qu’on peut faire du bon vin partout, avec des cépages qui savent s’adapter à chaque terroir. » Pas facile toutefois de franchir le pas à titre individuel : « La vigne nécessite de maîtriser trois métiers : il faut d’abord produire du raisin, le vinifier, puis commercialiser le vin. Tout cela demande des compétences qu’on ne peut acquérir du jour au lendemain. Voilà pourquoi la proposition de Ternoveo m’a tout de suite intéressé. En créant une véritable filière viticole, on est assuré d’obtenir un produit fini qui touchera le consommateur. »
Le 8 mai dernier, Nicolas Pinchon s’est donc lancé dans la plantation de pieds de vigne sur une jolie parcelle qui domine le village de Dallon. « En deux jours, j’ai planté sur un hectare quelque
5 000 pieds qui, si tout va bien, auront une durée de vie d’au moins 40 ans ! » Mais au fait, de quel cépage s’agit-il ?
« Suite aux conseils d’un cabinet d’œnologie, Ternoveo a opté pour un cépage Chardonnay, parfaitement adapté à la région et qui devrait permettre de produire un très bon vin blanc. » Pour en avoir le cœur net, un peu de patience s’impose puisque les premières vendanges n’auront pas lieu avant 2022. En attendant, Nicolas Pinchon ne cache pas sa fierté de coiffer une nouvelle casquette :
celle de viticulteur. « On a conscience de participer à une très belle aventure humaine qui offre en plus l’avantage de proposer de nouveaux débouchés. » Une aventure qui, très vite, devrait séduire d’autres agriculteurs locaux : d’ici trois ans, ils devraient être ainsi pas moins d’une vingtaine à faire pousser des vignes autour de Saint-Quentin. Reste à souhaiter un joli succès à ce futur petit blanc des Hauts-de-France, qui devra sans doute jouer des coudes pour se faire une place au soleil dans le paysage viticole français. B. Duchet

Trois questions à Xavier Harlé, DG de Ternoveo

Spécialisée dans le négoce agricole, la société Ternoveo est une filiale du groupe Advitam. Implantée à Saint-Quentin, elle regroupe 220 collaborateurs, plus de 90 points de collecte et 5 000 clients agriculteurs. Xavier Harlé, directeur général de Ternoveo, a répondu à nos questions…
Comment est né ce projet de plantation de vignes dans les Hauts-de-France ?
– X. Harlé : « Voici deux ans, nous sommes partis du constat qu’il était temps de renouveler le modèle économique agricole avec, notamment, la création de nouvelles filières, plus en phase avec la société civile. Un premier projet a porté sur l’implantation de ruches dans le milieu agricole, puis nous avons décidé de développer la culture du pois chiche, rendue possible dans les Hauts-de-France grâce au réchauffement climatique. Troisième filière innovante à voir le jour, celle du vin. »
Pour Ternoveo, c’est aussi l’occasion d’offrir de nouveaux débouchés aux agriculteurs locaux…
– X. Harlé : « Absolument ! Chez Ternoveo, nous avons une vraie volonté de concourir à maintenir et développer le chiffre d’affaires des agriculteurs. C’est dire que ce projet de production de vin dans les Hauts-de-France a vraiment pour vocation d’être rentable pour tous les acteurs de la filière, à commencer par les agriculteurs qui ont accepté d’investir pour être aussi viticulteurs. »
Vous avez déjà prévu de donner un nom à ce vin des Hauts-de-France ?
– X. Harlé : « C’est un peu tôt. Nous n’en sommes qu’à la première phase, celle de la plantation des vignes. Suivront le travail de vinification, puis de marketing pour la commercialisation. A terme, nous espérons pouvoir écouler plus d’un million de bouteilles par an. »

Nicolas Pinchon a planté 5 000 pieds de vigne à Dallon !

Champagne !
– Le saviez-vous ? Chaque année, la production de champagne est assurée à hauteur de 10 % par les vignerons axonais, pour la plupart établis dans la région de Château-Thierry. Dans ce secteur, 35 000 hectares de vignes bénéficient de l’appellation champagne.
Raisin sans vin
– Plantés au milieu des années 90, pas moins de 1 500 pieds de vigne font désormais partie du paysage dans les hauteurs de Coucy-le-Château. Un clin d’œil à la tradition viticole d’antan qui n’a toutefois jamais débouché sur la production de vin.
« Charbonnay »
– C’est en 2001 qu’a débuté l’aventure des vignes sur le terril d’Haillicourt, dans le Pas-de-Calais.
2 000 pieds ont été plantés qui produisent aujourd’hui quelque 800 litres d’un vin baptisé « Charbonnay ». Le jeu de mot s’imposait au pays du charbon !