Dosière sans langue de bois

Rene-Dosiere

A son compteur, René Dosière totalise pas moins de vingt-cinq années de vie parlementaire ! Une longévité étonnante pour ce député de l’Aisne qui, plus jeune, éprouvait un profond rejet envers la politique. Mais dès son entrée à l’Assemblée nationale, ce rocardien de la première heure s’est intéressé à des questions trop souvent délaissées : transparence sur l’usage de l’argent publique, clarification du financement de la vie politique, diminution du train de vie de l’Etat, lutte contre les gaspillages… Dans son dernier ouvrage (« Argent, morale, politique »), celui qui a décidé de ne pas se présenter aux prochaines législatives nous livre une vision à la fois sombre et pleine d’espoir de notre système politique. Rencontre.

Votre réaction à l’élection d’Emmanuel Macron ?
René Dosière : « Je suis très heureux que la France possède le plus jeune président des grandes démocraties. Un président dont le regard est tourné vers l’avenir et le progrès. Heureux que la France ait choisi quelqu’un qui croit en l’Europe et souhaite la renforcer. »

Dans votre livre, vous évoquez le « rejet massif des pratiques politiques actuelles ». Ce qui va dans le sens de cette présidentielle, marquée par le « dégagisme »…
René Dosière : « Cette élection est la démonstration de ce que je disais : les Francais ont élu un président inconnu il y a trois ans, qui n’a pas de parti organisé mais s’appuie sur un mouvement citoyen, qui n’a pas une grande expérience politique et qui veut mettre un terme à la guerre civile qui existait entre la gauche et la droite. Désormais, il faut faire travailler ensemble les progressistes de chaque sensibilité. Face au terrorisme, nous avons un devoir de rassemblement et d’unité. »

Une présidentielle également marquée par le « Penelope Gate » : comment expliquer le comportement de François Fillon, devenu l’incarnation même de ce rapport malsain des politiques à l’argent ?
René Dosière : « Le comportement de Fillon illustre l’attitude des élus qui ont toujours vécu de la politique et pendant trop longtemps. Ils finissent par ignorer la réalité de la vie quotidienne des Français et se croient au-dessus des lois. »

La France a beau être une grande démocratie parlementaire, elle n’en finit plus de collectionner les scandales politico-financiers. Y mettre un terme relève de l’utopie ?
René Dosière : « Le financement de la vie politique n’a jamais été aussi transparent qu’aujourd’hui. C’est pourquoi les journalistes sont en mesure de mener des investigations sur les dérives individuelles. En outre, contrairement au passé, les magistrats disposent des moyens juridiques pour les sanctionner,  quelle que soit la notoriété des individus. Car et c’est nouveau, le pouvoir politique a permis aux magistrats d’être totalement indépendants dans les affaires individuelles. La population n’a pas encore pris conscience de ces progrès considérables. »

Vous écrivez : « Pour faire un bon député, il n’existe ni école, ni formation spécifique ». En revanche, en matière d’argent et d’enrichissement personnel, certains députés semblent bénéficier d’une formation accélérée… Comment limiter la casse ?
René Dosière : « Beaucoup de parlementaires ont accompli leur parcours professionnel dans le cadre de structures politiques (partis, cabinets, assistants des groupes politiques) dans lesquelles les pratiques politiques sont souvent éloignées des préoccupations morales ou vertueuses. Il faut donc limiter ce recrutement. »

Vous vouez une véritable admiration pour Charles Péguy qui prônait une politique de l’exemplarité… La France y parviendra-t-elle ?
René Dosière : « Vous savez, la France a déjà fait des progrès significatifs. Mais j’attends beaucoup de la loi sur la moralisation de la vie politique. » B. Duchet