DIVINE… BIRKIN

 

Gainsbourg et Birkin… Un couple de légende à la « je t’aime moi non plus » qui a marqué de son empreinte si élégante toute une décennie musicale. Le dandy pygmalion n’est plus, mais sa muse so british n’a jamais lâché le flambeau pour porter haut et fort une œuvre singulière. Cette fois, c’est dans une version symphonique, accompagnée d’un orchestre philharmonique, que Jane Birkin revisite sur scène les chansons de Gainsbourg. Un récital d’une infinie tendresse où les notes mettent en relief les mots… Avant son concert au Splendid, prévu le 30 novembre prochain, Jane Birkin a accepté de lever le voile sur « Gainsbourg le symphonique »…

Comment vous est venue l’idée d’interpréter les chansons de Serge Gainsbourg en version symphonique ?
– Jane Birkin : « En fait, par pur hasard. à la mort de ma fille Kate (en 2013, NDLR), je ne savais plus quoi faire. J’avais arrêté ma tournée « Arabesque » et je me suis retrouvée à la maison à tourner en rond… Et puis un jour, Philippe Lerichomme, mon directeur artistique, qui fut aussi celui de Serge, m’a proposé de monter sur scène avec Michel Piccoli et Hervé Pierre pour lire des textes de Gainsbourg, avec pour seul accompagnement un piano. Des paroles d’une extrême poésie tirées de « L’homme à la tête de chou », « Melody Nelson »… On a fait quelques dates en France et à l’étranger. Et puis, au Canada, une amie journaliste m’a dit : pourquoi tu ne fais pas ces lectures avec un orchestre philharmonique ? J’ai trouvé ça un poil prétentieux étant donné ma voix ! (rires) Malgré tout, l’idée a fait son chemin et j’ai participé à un premier concert aux Francofolies de Montréal, accompagnée d’un philharmonique. »

Pour concevoir ce récital, vous avez fait appel à l’arrangeur japonais Nakajima. Pourquoi lui ?
– Jane Birkin : « Je l’ai connu au Japon après le tsunami et c’est un arrangeur qui compose également de merveilleuses musiques de film. Or, depuis mon premier mariage avec John Barry, je suis une fan absolue de musiques de film ! Je ne regrette pas mon choix. Nobuyuki a su concevoir un récital qui est tout sauf monotone, malgré la tristesse des paroles de Serge qui évoquent parfois ma relation avec lui… Et puis, dans les orchestrations de Nobuyuki, il y a une telle majesté que les musiciens qui m’accompagnent sont fous de bonheur ! »

Gainsbourg s’est souvent inspiré de grands compositeurs, avec un net penchant pour Dvořák et Chopin. La musique classique faisait partie de son quotidien ?
– Jane Birkin : « Oh non ! Quand je vivais avec lui, ça n’était pas vraiment le cas. On faisait que déconner, aller dans les boites de nuit ! (rires) Franchement, je ne l’ai jamais vu au piano jouer du Chopin. Au quotidien, la musique classique n’était pas présente. Mais quand il composait pour des interprètes qu’il aimait, moi, Charlotte, Bambou ou Bardot, il disait vouloir mettre le paquet en s’inspirant de compositeurs classiques. »

Gainsbourg, c’était de la musique mais aussi des paroles. En leur donnant un cadre symphonique, vous en offrez une autre lecture ?
– Jane Birkin : « Absolument ! Moi-même, lorsque je chantais les morceaux de Serge, je ne me rendais pas du tout compte de la beauté de ses paroles. Dans ce récital, les mots sont formidablement mis en avant avec une mise en relief des émotions évoquées par Serge. »

Votre morceau préféré de Gainsbourg et à l’inverse, celui que vous aimez le moins ?
– Jane Birkin : « Mon préféré ? Sans hésiter, « Les dessous chics ». Pour moi, cette chanson, c’est vraiment de la haute-couture. En revanche, des morceaux plus rapides comme « Asphalte » me laissent froide. Mais peut-être que je me trompe. »
Vingt-sept ans après sa disparition, si vous deviez garder une seule image de Gainsbourg…
– Jane Birkin : « Une photo de profil représentant Serge avec son chien Nana qui a sur la tête un foulard de paysanne. Les deux profils sont tellement drôles et tellement majestueux. Vraiment un beau souvenir… »

Bertrand Duchet
Concert de Jane Birkin : « Gainsbourg le symphonique » : vendredi 30 novembre à 20 h au Splendid.
Tarif : 28 €. Billetterie : 14, rue de la Sellerie. Tél. : 03 23 62 36 77.