Crise : la Région fait bloc / Xavier Bertrand : « Notre ADN, c’est la solidarité ! »

Touchée de plein fouet par une deuxième vague épidémique, la France se retrouve confinée depuis le 30 octobre. Pour résister au mieux à cette tempête sanitaire et éviter le naufrage économique, la Région des Hauts-de-France est de nouveau sur le pont pour servir à la fois de phare et de rempart. Xavier Bertrand, son président, a répondu à nos questions…
Tout comme lors du premier confinement, la région des Hauts-de-France s’est rapidement mobilisée pour soutenir les soignants…
– X.B. : « Il ne s’agit pas seulement de dire merci aux soignants, il faut les soutenir par tous les moyens. Quand je dis « soignants », c’est tout le monde : hôpitaux publics, cliniques privées, EHPAD, mais aussi ceux qui travaillent dans les cabinets, les médecins, tous les paramédicaux… L’une des marques de fabrique de la Région, c’est l’unité et l’union. J’ai indiqué à l’Agence régionale de santé (ARS) que la Région était en mesure de financer du matériel ou mettre à disposition des masques. On ne peut pas être pris au dépourvu. La Région a reconstitué un stock de 20 millions de masques, ça n’est pas pour en faire collection ! Les soignants bénéficient par ailleurs de la gratuité dans les transports en trains et autocars ; d’autres aides existent pour ceux qui prennent leur voiture…L’idée est vraiment de les aider et de leur faciliter la vie parce que depuis des mois et des mois, l’effort qu’ils font est quasi surhumain. La fatigue est là. Mais franchement, heureusement qu’on les a. »
Avec ce nouveau confinement, la crise risque d’être fatale pour de très nombreuses entreprises. La Région a-t-elle encore les moyens de limiter la casse ?
– X.B. : « Oui. On avait voté un plan de relance de 1,3 milliard d’euros. Mais avant la relance, il y a l’urgence. Avant de parler des jours heureux, comme le dit le président, on va parler des jours difficiles. Et donc, toutes les aides que l’on avait prévues pour la relance, il faut qu’une bonne partie soit utilisée pour aider nos acteurs économiques. D’ores et déjà, au guichet unique de soutien aux entreprises (1) on traite tous les jours des centaines d’appels de personnes qui nous font part de leurs difficultés. L’objectif est d’être très réactif pour pouvoir les aider dans leurs démarches. Cet effort ne concerne pas seulement les entreprises fermées administrativement qui se retrouvent à la peine. Il faut faire attention à ce que personne ne soit oublié sur des critères administratifs. En plus de la baisse du chiffre d’affaires pour les uns, il y a aussi l’absence de salaires pour les autres, notamment les indépendants. Je continue de réclamer un système d’indemnisation et de formation pour les indépendants qui doivent arrêter leur activité. Il y a urgence. C’est pour eux une question de survie… »
Pour bon nombre de commerces, Internet apparaît désormais comme une planche de salut…
– X.B. : « On parle beaucoup du click & collect. Mais ça ne remplace pas l’ouverture d’un commerce ! Ce système génère quoi : 5 %, 10 % du chiffre d’affaires ? C’est pas assez. Ça permet de rester ouvert, de garder une petite partie de l’activité. Le digital est sans doute intéressant mais moi, à la sortie de la crise, je veux retrouver mes commerçants en chair et en os. Je ne veux pas d’une France où la seule librairie serait Amazon, où l’on n’aurait plus du tout de commerces en centre-ville… »
Vous êtes monté au créneau pour que le protocole sanitaire soit renforcé dans les lycées…
– X.B. : « Ça a été n’importe quoi ! Le règlement sanitaire qui a été imaginé au niveau national a été écrit par des gens qui n’ont pas mis les pieds dans une cantine scolaire depuis des années. Dans bon nombre d’établissements, la distanciation sociale d’un mètre est impossible à respecter. Le protocole doit être révisé mais il faut aussi faire plus. Dans les Hauts-de-France, nous avons renforcé les équipes dans les lycées parce qu’on ne peut pas faire plus de travail avec moins de personnel. Depuis septembre, nous avons recruté plus de 700 personnes, soit pour des remplacements, soit pour des renforts dans les lycées publics de la Région. »
Avec le reconfinement, plus que jamais l’inquiétude porte sur l’emploi…
– X.B. : « On voit bien que le chômage bondit et qu’il faut trouver au plus vite des solutions. Entre novembre 2020 et décembre 2021, dans la Région des Hauts-de-France, nous sommes en mesure de mettre à disposition des formations, de courte ou moyenne durée, pour 100 à 130 000 personnes. Je lance le message : dès ce mois de novembre, on est capable d’accueillir du monde en formation (2). Normalement, chaque année, on forme 60 à 65 000 personnes et donc là, on a décidé de former davantage. Ce dont je suis sûr, c’est qu’il faut maintenir l’ADN de la Région. Cet ADN, c’est la solidarité, le lien entre nous… La vocation de la Région qui est aussi la mienne, c’est protéger, protéger, protéger… »
Sur un plan plus anecdotique, vous avez aussi bataillé pour que la vente des sapins de Noël soit normalement maintenue…
– X.B. : « Certains se sont sans doute dit : mais pourquoi il s’occupe de ça ? Or, pour moi, les sapins de Noël, c’est non seulement une activité économique mais c’est aussi une tradition pour les Français, un art de vivre. Sur ce sujet, j’ai saisi Alain Griset, le ministre des PME, qui a réagi très vite. On a obtenu l’accord pour que la vente de sapins se fasse normalement. Un Noël sans sapin, ça n’était même pas pensable ! »
Au moment où l’espoir d’un vaccin semble se préciser, quelle leçon peut-on tirer de cette pandémie ?
– X.B. : « Que la santé est clairement l’une des vraies priorités nationales. Notre système de santé a longtemps été considéré comme l’un des meilleurs au monde, mais il faut reconnaître qu’il souffre aujourd’hui de vraies fragilités. Il faut bien évidemment revoir la question des rémunérations, c’est un des éléments clés, mais ça n’est pas le seul. Il faut que notre système de santé retrouve toute son attractivité, qu’il donne envie de l’intégrer. Je travaille à nouveau sur ces questions de santé, c’est un secteur dans lequel il faudra être prêt à investir davantage. Celui qui dit qu’en matière de santé, on doit demain dépenser moins, c’est soit Pinocchio, soit quelqu’un de très dangereux. »
Propos recueillis par Bertrand Duchet
(1) Guichet unique de soutien aux entreprises : appelez le 03 59 75 01 00 ou www.soutien.hautsdefrance.fr
(2) Infos sur les formations proposées par la Région : appelez le 0 800 02 60 80.