Ça plane pour lui ! Frank Lehot

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A travers l’Insset mais aussi Elisa (Ecole d’ingénieurs des sciences aérospatiales), la ville de Saint-Quentin n’en finit plus d’avoir la tête dans les étoiles ! D’où tout l’intérêt d’assister à la conférence du docteur Frank Lehot, prévue ce jeudi 2 mars au conservatoire de musique (20 h 30). Répondant à l’invitation de l’association Traversée, celui-ci viendra nous parler de médecine spatiale. Régulièrement chargé d’encadrer des vols en apesanteur, via une filiale du Centre national d’études spatiales, le Dr Lehot devrait nous permettre de mieux appréhender l’extraordinaire aventure que vit actuellement Thomas Pesquet, cet astronaute français qui, depuis le 17 novembre dernier, évolue à quelque 400 km au-dessus de nos têtes…

Comment le docteur en médecine que vous êtes s’est-il spécialisé dans la médecine spatiale ?
Dr Lehot : « Par passion ! J’ai toujours été attiré par l’espace. A tel point que j’ai passé une sélection en 2008 pour devenir astronaute, sans être toutefois retenu. Mais la passion est demeurée intacte ! Concernant la médecine spatiale, on ne peut pas à proprement parler de spécialité. Pour ma part, je me considère avant tout comme un praticien opérationnel en apesanteur. J’ai d’ailleurs ma qualification en médecine aéronautique et spatiale. »

L’apesanteur : un domaine que vous connaissez bien…
Dr Lehot : « C’est vrai. En 2006, j’ai découvert que le grand public pouvait avoir accès aux vols en apesanteur aux USA et en Russie. Sur les 7,5 milliards d’habitants que compte notre planète, je fais partie des 200 000 individus qui ont eu la chance de tester l’apesanteur ! »

Une expérience qu’on imagine très forte…
Dr Lehot : « C’est indescriptible ! En apesanteur, on a l’impression de ne plus rien peser. C’est totalement jubilatoire de se sentir flotter dans l’espace. Au total, je dois cumuler une bonne dizaine d’heures en apesanteur. »

Pour revenir à la médecine spatiale, peut-on mesurer l’impact que génère un séjour dans l’espace sur l’organisme ?
Dr Lehot : « Depuis qu’on envoie des hommes dans l’espace, on n’a jamais cessé d’étudier l’impact de l’apesanteur sur le corps humain. Globalement, on peut dire que les conséquences sont négatives dans la mesure où l’organisme, coupé de la gravité terrestre, doit sans cesse s’adapter. Faute d’efforts, puisqu’il n’y a plus la sensation de poids, les muscles s’atrophient peu à peu, y compris le cœur. La vision, elle aussi, a tendance à se dégrader. Le problème, c’est le retour. Pour des courts séjours, de six mois à un an, on peut gérer ces conséquences. Mais pour des durées plus longues, l’apesanteur devient problématique. »

On peut donc faire une croix sur des vols habités vers Mars ou Jupiter…
Dr Lehot : « Non parce qu’il existe des solutions techniques. Tout comme pour l’eau ou l’oxygène, on peut aussi emporter la gravité avec nous. Par exemple, en concevant des vaisseaux qui tournent sur eux-mêmes et qui créent ainsi une gravité artificielle. »

Pour le grand public, ça coûte cher de tester un vol en apesanteur ?
Dr Lehot : « La société Novespace, avec laquelle je collabore, organise six vols par an à destination du grand public. Le vol en lui-même dure 2 heures mais les phases d’apesanteur n’excèdent pas 5 minutes. Si le cœur vous en dit, rendez-vous à l’aéroport de Mérignac, près de Bordeaux, moyennant un chèque de 6 000 € ! »

Hum… Sinon, vous pensez  que l’espace deviendra un jour une vraie destination touristique ?
Dr Lehot : « Ah oui ! Dans les années 2020-2030, le tourisme spatial va vraiment se développer avec les vols suborbitaux. Ça restera cher mais tout de même abordable pour une partie du public. »  B. Duchet