Benoît Delépine : un film mortel avec Michel Houellebecq !

Après Benoît Poelvoorde, Gérard Depardieu ou encore Albert Dupontel, c’est au tour de Michel Houellebecq de céder aux sirènes de Benoît Delépine. Comment le plus saint-quentinois des cinéastes a-t-il réussi à attirer dans ses filets le prix Goncourt 2010 (excusez du peu !) pour tourner, avec son complice Gustave Kervern, « Near Death Experience » ? Notre Grolandais favori a accepté d’éclairer notre lanterne.

Comment s’est faite la connexion avec Michel Houellebecq ?
Benoît Delépine : « Avec Gustave, on a toujours aimé ses livres. Cette façon qu’il a d’aborder les effets pervers du libéralisme et de mettre en scène des gens ordinaires, déclassés par le système. Mais au-delà de l’engouement littéraire, j’ai un véritable attrait pour le personnage. J’aime particulièrement ses silences à la télé, qui contrastent avec les sempiternels babillages… Il y a trois ans, on l’avait déjà contacté pour tourner dans « Le grand soir ». Il avait quasiment accepté quand la mort de son chien l’a plongé dans un état dépressif ! Finalement, c’est Depardieu qui a joué le rôle. »

Le coup du rendez-vous manqué ne s’est heureusement pas répété…
Benoît Delépine : « On n’a jamais renoncé à faire tourner Houellebecq ! L’an dernier, nouvelle rencontre dans un bar. Au bout de 4 heures, je découvre qu’il a une très belle voix et qu’il sait tout faire : chanter, danser… Avec Gustave, on s’est mis à bosser comme des fous pour lui présenter au plus vite le scénario de « Near Death Experience ». Et il a dit oui ! »

Il paraît que l’histoire de « NDE » s’inspire d’un vrai fait divers…  
Benoît Delépine : « Exact. Ça s’est d’ailleurs passé dans la région d’Aix, où on a tourné le film. Un jour, c’était un vendredi 13, un type part pour la montagne Sainte-Victoire avec la ferme intention de se suicider. Des recherches s’organisent mais il reste introuvable. Tout le monde le croit mort quand il finit par réapparaître chez lui, cinq mois plus tard. Je ne sais pas pourquoi mais ce fait divers m’a marqué. »

Dix jours seulement vous ont suffi à tourner « NDE »…
Benoît Delépine : « On voulait réaliser un film simple, en toute liberté, avec un dispositif très léger. Une sorte de retour aux sources avec, en toile de fond, l’envie de concevoir un film libre et poétique. »

Il était comment Houellebecq pendant le tournage ?
Benoît Delépine : « C’est vraiment un très bon acteur. Il a notamment la capacité de mémoriser des textes immenses en quelques minutes seulement. Un quart d’heure avant de tourner, il lisait les dialogues et quand la caméra s’allumait, il savait tout au mot près ! Et puis, il est d’un calme absolu. Un type anti-stress ! »

Avec Gustave Kervern, vous en êtes à six films réalisés ensemble. Vous êtes inséparables !
Benoît Delépine : « On s’entend tellement bien. Ça n’est pas évident au cinéma de trouver son langage. L’avantage avec Gus, c’est qu’on parle la même langue ! Pour « NDE », on a chacun écrit la moitié du scénario de son côté. Et quand on s’est retrouvé, tout s’est parfaitement emboîté. »

Pas trop déçu d’être revenu bredouille de la Mostra de Venise, où votre film était en compétition officielle ?
Benoît Delépine : « Au contraire, on était super heureux de participer à un festival. Notre film a été présenté dans des conditions uniques, devant plus de 1 200 personnes. Ça n’a pas de prix ! »

Jean Dujardin pourrait être à l’affiche de votre prochain film. Vous confirmez ?
Benoît Delépine : « Yes ! Rien n’est signé mais Jean Dujardin est effectivement partant pour tourner avec nous. Reste à boucler le scénario… »

ZOOM SUR « NDE »

  • Surtout, ne vous fiez pas au titre ! Derrière « Near Death Experience » se cache non pas un polar mais une sorte de drame psychologique aux accents poétiques. L’histoire ? Celle de Paul, 56 ans, un employé des Télécoms au bord du gouffre… Un vendredi 13, il décide de s’enfuir à vélo pour se perdre dans les montagnes, où il va vivre une expérience unique. Celle d’une NDE. Autrement dit, une EMI (expérience de mort imminente).
  • Pourra-t-on voir le film à Saint-Quentin ? Benoît Delépine est tout cas partant pour venir le présenter dans sa ville natale. Du côté du Ciné Quai 02, où le film n’est pas à l’affiche, on nous assure qu’une demande de diffusion a été adressée en ce sens au distributeur. On croise les doigts !