Amélie Nothomb

Abonnée depuis un quart de siècle aux best-sellers, Amélie Nothomb a récemment publié son 25e roman au titre choc : « Frappe-toi le cœur » (Albin Michel). Un roman dans lequel elle détaille, avec une plume acide, toute la cruauté d’une relation mère-fille nourrie de jalousie. Réputée pour prendre soin de ses lecteurs, la Bruxelloise sera en séance de dédicace le 22 novembre prochain à la librairie Cognet. Mais avant cela, St-Quentin Mag est allé à sa rencontre…

 

Le titre de votre dernier roman est tiré d’un poème d’Alfred de Musset : « Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie… » Musset ajoutait : « C’est là qu’est la pitié, la souffrance et l’amour… » Il y a tout cela dans votre cœur ?
– Amélie Nothomb : « Et bien d’autres choses encore ! (rires) De la souffrance et de l’amour, oui, j’en ai dans mon cœur. En revanche, je ne suis pas sûre pour la pitié. Je m’en méfie. Comme disait Stefan Zweig, la pitié est dangereuse… »

Dans ce nouveau roman, vous mettez en scène une relation mère-fille sous le signe de la jalousie… Une fiction saupoudrée de petites touches autobiographiques ?
– Amélie Nothomb : « Pas du tout ! mes relations avec ma mère n’ont jamais été teintées de jalousie. Mais c’est tout de même un souvenir qui a motivé ce roman. Celui d’une petite fille que j’avais rencontrée à l’âge de 10 ans. Une fillette que sa mère n’aimait pas et qui en était même jalouse. Moi, ça me crevait le cœur ! Mais bien plus tard, je me suis aperçue que c’était loin d’être un cas isolé. Le sujet est un peu tabou mais la jalousie maternelle est beaucoup plus fréquente qu’on l’imagine. »

L’amour d’une mère n’est donc pas automatique ?
– Amélie Nothomb : « Hélas non. Pour ma part, j’ai eu la chance d’avoir une excellente mère. Mais j’étais une enfant goinfre d’amour qui ne cessait de réclamer de l’affection à sa maman. Je ne cessais de lui répéter : « Je veux que tu m’aimes, encore et encore. » Un jour, excédée, elle m’a répondu : « Séduis-moi ! » J’avais 9 ans et sur le coup, ça m’a choquée. Je lui ai répondu : « Mais c’est ton devoir de m’aimer ». Ce à quoi elle m’a répondu que l’amour n’était le devoir de personne et qu’il ne se commandait pas… »

« Frappe-toi le cœur » est votre 25e roman. Le tout en 25 ans ! Ce qui fait de vous l’un des auteurs francophones les plus prolixes. Vous visez des records ?
– Amélie Nothomb : « En réalité, il s’agit de mon 87e roman et depuis, j’en ai écrit trois autres ! Que voulez-vous, je ne peux pas vivre sans écrire. Mais un quart seulement de ce que j’écris sera publié. Les manuscrits qui restent dans mes tiroirs sont mes enfants secrets. Nul ne les lira jamais. »

Depuis « Hygiène de l’assassin » paru en 1992, vous accumulez les succès. Quel est donc votre secret pour séduire les lecteurs ?
– Amélie Nothomb : « Si je le savais ! Chaque fois que je publie un nouveau roman, je suis dans les affres de l’angoisse. On ne peut jamais pronostiquer si tel ou tel livre va rencontrer le succès. »

On vous reproche parfois d’écrire des romans trop courts…
 – Amélie Nothomb : « La longueur n’a aucune importance. Un bon roman est toujours trop court, un mauvais est toujours trop long. »

Une journée d’écrivain, ça ressemble à quoi quand on s’appelle Amélie Nothomb ?
– Amélie Nothomb : « Réveil tous les matins à 4 h, même quand je suis malade ! Au saut du lit, j’avale un demi-litre de thé trop fort, puis je travaille 4 heures sans interruption. Je me rends ensuite chez mon éditeur pour répondre au courrier de mes lecteurs. Activités diverses l’après-midi et le soir, je le passe en amoureux. »

Vous serez le 22 novembre en dédicace à Saint-Quentin. C’est important pour vous d’aller à la rencontre des lecteurs ?
– Amélie Nothomb : « Ah oui ! J’aime découvrir qui se cache derrière le masque des lecteurs. Et puis, j’ai hâte de venir à Saint-Quentin, une ville où je n’ai jamais mis les pieds. Je suis Bruxelloise et à une époque, avant le Thalys, le Paris-Bruxelles-s’arrêtait à Saint-Quentin. Mais je ne suis jamais descendue du train… »  B. Duchet

Amélie Nothomb en dédicace mercredi 22 novembre (à partir de 17 h) à la librairie Cognet.