Adoption : son livre témoignage

A son corps défendant, Perrine Huon n’en finit plus de voir sa vie s’écrire comme un roman, avec ses drames, ses notes d’espoir et ses rebondissements… A tel point que cette jeune Saint-Quentinoise de 33 ans a décidé très tôt « d’encrer » son quotidien en s’emparant de la plume. En 2005, première publication chez Michel-Lafon : « Trop jeune pour mourir », l’histoire d’une étudiante pleine de vie qui découvre à 18 ans qu’elle est atteinte de leucémie. Un témoignage émouvant sur une maladie qui a marqué à tout jamais Perrine. « J’ai notamment dû suivre des séances de chimio et de radiothérapie qui m’ont rendu stérile. J’ai survécu à la leucémie mais au fond, je n’ai jamais vraiment fait le deuil de ma stérilité. Une femme ne peut se faire à l’idée qu’elle ne portera pas d’enfant. »
Trois mots ont depuis marqué la décennie qui vient de s’écouler : guérison, mariage et… enfant. « Pour mon mari, l’adoption était une démarche évidente. Pour moi, ça a été plus délicat. Il a d’abord fallu que je fasse le deuil de la grossesse, de l’enfant biologique. » Petit à petit, la parenthèse se referme et Perrine se lance à corps perdu dans ce nouveau combat qui consiste à adopter un enfant. « On a tous en tête l’image un peu cliché du parcours du combattant. Je peux malheureusement vous garantir que ça n’a rien d’un cliché. » Et pour en témoigner, Perrine a décidé de reprendre la plume :  » C’est pas grave, t’as qu’à adopter » vient ainsi de paraître, toujours aux éditions Michel-Lafon. Dossiers, documents, démarches administratives… La jeune femme détaille les mille et une embûches qui compliquent le parcours des parents adoptants. « On passe sa vie à courir après un document ou un tampon. C’est psychologiquement épuisant. » Allant de surprises en déceptions, Perrine et son mari comprennent très vite qu’ils ne pourront jamais adopter en France.
Débute alors une autre aventure, celle de l’étranger. « Pour les parents, il y a trois solutions, explique Perrine : y aller individuellement et là, c’est un peu le guide du routard. On peut aussi se faire aider par l’Agence française de l’adoption mais sans garanties à l’arrivée. L’idéal est d’avoir le soutien d’une association. » Dans tous les cas, la patience est de mise. Pour Timothée, originaire du Vietnam, le couple aura dû attendre plus de 18 mois. Pour Pierre-Alix, adopté en Russie, les délais auront été réduits à 9 mois mais avec de sacrées sueurs froides. En 304 pages, Perrine embarque ainsi le lecteur dans cet univers parallèle où des hommes et des femmes bataillent sans relâche pour devenir parents. En toile de fond, il y a bien sûr la volonté de rétablir des vérités et de tordre le cou aux idées reçues. Mais pour Perrine, il y avait aussi l’envie de partager une certitude : « Les liens du cœur sont définitivement les plus forts. »

Adoption : Perrine sans langue de bois…

« Dans l’Aisne, l’adoption c’est le cadet des soucis du conseil général. Il n’y a pas de vrai service adoption, tout juste une secrétaire administrative qui vous renseigne sur les démarches. Bref, aucun accompagnement. J’espère que le nouveau président du département changera la donne. »

« En France, rien n’est fait pour favoriser l’adoption. On préfère placer les enfants en foyer ou en famille d’accueil plutôt que de les proposer à l’adoption. Et le pire, c’est que les parents dont les enfants sont placés continuent à toucher les allocations familiales. »

« Adopter à l’étranger, cela revient très cher. En moyenne, 10 000 à 15 000 €. Comment voulez-vous que les familles modestes qui n’ont aucune chance d’adopter en France déboursent une telle somme ? »

« On n’achète pas un enfant. Ce qu’on paye, c’est les voyages, les hôtels, les frais d’avocat, de traducteur, le don à l’orphelinat, à l’association qui vous a aidé. Sans parler des intermédiaires véreux. »

« C’est pas grave, t’as qu’à adopter », de Perrine Huon. Paru aux éditions Michel-Lafon (16,95 €).